M'INSCRIRE
DONNER

Joignez-vous au mouvement

CQV défend la personne humaine, de la conception à la mort naturelle.

ou

×
×

Campagne de financement automne 2019

Mère et fils

1871 $ recueillis -- Objectif : $7500 -- Il reste 13 jours -- Merci de votre générosité !

Georges BuscemiCher ami, chère amie de la Vie,

Merci de nous aider, en ce début d'automne, à promouvoir la foi, la famille et la vie, de la conception à la mort naturelle. Donnez généreusement.

Georges_Signature-transparent.png
Georges Buscemi, Président

Donner à Campagne Québec-Vie

Analyse : quelques réflexions à propos du texte de Benoît XVI sur les abus sexuels

Par Jeanne Smits (Le blog de Jeanne Smits) — Photo : Max Pixel

Le texte du pape émérite, Benoît XVI, sur la crise des abus sexuels, suscite des critiques à « droite » comme à « gauche ». Il me semble que ni à droite, ni à gauche, on n’en a perçu la véritable portée qui va bien au-delà des abus sexuels du clergé, point de focalisation d’une désagrégation sociétale qui dépasse l’entendement.

A gauche, on reproche à Benoît de prendre le contre-pied du pape François. Comment, il ose accuser l’idéologie de Mai 68 ? Le tweet d’Isabelle de Gaulmyn de La Croix est emblématique : « Abus sexuels, un texte troublant de Benoît XVI : au final, le P. Marie-Dominique Philippe serait un dangereux soixante-huitard. »

A droite, on lui reproche plutôt de ne pas en faire assez, de se borner à des réflexions théologiques qui ne vont pas au cœur du sujet, et de ne pas s’opposer assez frontalement à la confusion semée par le pape François – même si l’explication de celui-ci sur les agressions sexuelles, le « cléricalisme », est remarquablement absente du texte du pape émérite.

D’autres, plus iréniques, jugent qu’il y a une complémentarité entre l’un et l’autre : si François aborde l’affaire des agressions de la part des prêtres depuis l’angle du pouvoir, Benoît le fait depuis la perspective théologique.

A moins que son texte n’ait été dans une certaine mesure manipulée par d’autres — c’est ce que semble croire Louis Daufresne à propos de la dénonciation de « cliques homosexuelles dans différents séminaires » (en fait Benoît XVI a évoqué des « clubs homosexuels » dans le texte d’origine), qui écrit : « Benoît XVI emploie un vocabulaire inhabituel qui pourrait laisser penser que ce texte n’est pas de lui, même si on ne peut pas le prouver. »

×

Campagne de financement automne 2019

1871 $ recueillis -- Objectif : $7500 -- Il reste 13 jours -- Merci de votre générosité !

Donner à Campagne Québec-Vie

En Italie, le théologien Massimo Faggioli est allé plus loin : « Si l’entourage de Benoît XVI n’est pas démantelé ou mis dans la condition de ne pas faire de mal après ce qui s’est passé dans les deux derniers jours, je ne sais pas quel genre d’incident il faudrait. »

Cela rejoint cet autre tweet d’Isabelle de Gaulmyn : « L’intervention de #BenoîtXVI pose la question du statut du pape émérite. Si on veut que les papes démissionnent alors ils doivent ensuite observer un devoir de réserve. Sinon on va au schisme. » Cette analyse se distingue par l’adhésion à la thèse selon laquelle le pape émérite a voulu faire un rappel à l’ordre quant aux causes de l’immoralité qui a sévi dans le clergé, liées à la révolution sexuelle plutôt qu’au « cléricalisme », et en ce sens je l’estime intéressante, car elle reconnaît l’insatisfaction de tout un pan de l’Eglise face aux réponses officiellement apportées.

Le risque serait de voir certains s’accrocher à un pape qui ne l’est plus. Risque réel, fomenté à la fois par la renonciation du pape Benoît et la confusion semée par le pape François qui à l’inverse du précédent, n’a pas abordé les questions morales avec clarté.

Il faut lire à tout prix la note de Peter Butler sous l’article consacré par mon confrère Yves Daoudal à l’affaire qui propose la traduction d’une information donnée par Sandro Magister en italien : Benoît XVI destinait ce texte aux participants à la rencontre des évêques réunis à Rome pour évoquer la crise des abus du 21 au 24 février, mais François n’a pas consenti à ce qu’il fût distribué. Une autre lectrice du blog d’Yves Daoudal commente : « C’est bien ce que j’avais compris en lisant son introduction, mais comme personne ne semblait l’avoir remarqué, j’ai cru m’être trompée… »

La relecture des premières lignes du texte de Benoît XVI semble lui donner raison ; cette interprétation permet en tout cas une lecture cohérente.

*

Les explications proposées par Benoît XVI de l’explosion des agressions sexuelles méritent qu’on s’y arrête. Il ne s’agit évidemment pas de trouver une cause unique à tous les crimes commis : les comportements immoraux de la part de prêtres ne datent ni d’hier, ni de 1968. Il semble clair que le pape émérite se soit intéressé à la soudaine montée des cas répertoriés et du nombre de prêtres impliqués, d’après les statistiques des Etats-Unis : la courbe augmente visiblement dès le début des années 1950, pour s’élever très vite à partir de 1960 à un pic atteint en 1980 ; la courbe descend ensuite encore plus brusquement.

Que s’est-il donc passé ? On s’amuse de ce que Benoît XVI évoque la révolution de mai 1968, date à laquelle la multiplication des abus avait déjà commencé, et de fait il évoque d’emblée les « films d’éducation sexuelle » réalisés en Allemagne à la demande du ministre des Affaires familiales, Käte Strobel — c’était en 1967, 1968 et 1969. Mais il souligne bien que « tout commence » avec l’éducation sexuelle promue par l’Etat.

Sous sa forme radicale elle a commencé dans les écoles en 1919 en Hongrie à la faveur de la révolution bolchevique de Béla Kuhn. La première révolution sexuelle, il ne faut pas l’oublier, date de la révolution communiste en Russie qui prônait l’amour libre et rejetait le modèle familial — et qui dépénalisa l’homosexualité et l’avortement dès ses premières années.

Quant à la justification de tous les comportements possibles — y compris ceux liés à la sexualité infantile — elle a été (frauduleusement) apportée par Alfred Kinsey, dès la fin des années 1940, dans plusieurs best-sellers dont le but était de montrer que tout ce qui était considéré comme déviant par la morale traditionnelle et judéo-chrétienne était pratiqué par le plus grand nombre.

Autrement dit, la révolution sexuelle qui a éclaté si visiblement à Paris en Mai 68 était en gestation depuis des décennies. Et elle était soutenue par la culture populaire : le cinéma d’après-guerre ne prônait sans doute pas systématiquement l’adultère et le libertinage, mais il montrait avec une insistance croissante l’intimité physique — fût-elle légitime, dans le cadre du scénario — qui apparaissait comme le passage obligé pour un couple amoureux.

Qu’on me permette une anecdote personnelle : mes parents, qui ont vécu au Portugal entre 1946 et 1959, allaient volontiers au cinéma à cette époque-là… qui nous semble aujourd’hui bien innocente. Ils ont cessé de fréquenter les salles au cours des années 1950, ne supportant pas la mise à l’écran de plus en plus d’images sensuelles — qui à la différence des images de violence, par exemple, ne permettent pas la distanciation.

Je relis les pages de la Réclamation au Saint-Père de Jean Madiran ; elles datent de 1974 ; elles montrent que le diagnostic était déjà posé. Il dénonce l’éducation sexuelle des enfants à laquelle l’Eglise ne s’opposait plus depuis Pie XII.

Mais depuis 1958, et plus encore depuis 1963, le Saint-Siège n’a plus opposé une ferme résistance au mouvement clérical, se développant à l’intérieur de l’Eglise, en faveur de la manipulation sexuelle des enfants. La nouvelle mode était qu’il ne fallait plus de digue contre les courants modernes. Ma réclamation, ici non plus, ne se trompe donc pas d’adresse. C’est la non-résistance de l’Eglise, ici aussi, qui a entraîné la débandade universelle. Aucune autorité politique, législative ou judiciaire n’aura le courage, ni même ne croira justifier de paraître plus « rigide » ou « réactionnaire » que l’Eglise elle-même, spécialement en matière de mœurs ; de paraître plus catholique que le pape, surtout quand on n’est même pas catholique…

Ce pourrissement dans la luxure qui toujours accompagne et accélère la fin des civilisations, des sociétés, des nations, ne peut être considéré comme un phénomène marginal ni par l’autorité politique ni par l’autorité religieuse. C’est un phénomène central dans toute décadence religieuse et politique. La luxure, dès qu’elle est publiquement suscitée, ou seulement tolérée, envahit tout, corrompt tout. Nous voyons bien qu’elle a tout envahi et tout corrompu autour de nous, les travaux et les jours, les rues et les chansons, le commerce et les loisirs, la littérature et l’art ; elle a envahi jusqu’aux livres d’enfants et jusqu’aux livres de prières. Une infection généralisée n’est pas un problème simplement moral, au sens d’ailleurs erroné ou un problème moral relèverait de la conscience individuelle en son particulier, à l’intérieur de la vie privée. C’est une affaire politique ; c’est une affaire religieuse. La contagion universelle de la luxure est un fléau social. Le devoir politique s’impose au gouvernement, aux institutions et aux lois de la réfréner au lieu de la faciliter. Les pouvoirs temporels ne peuvent évidemment pas la guérir : ils peuvent et doivent la faire reculer, et salutairement la contraindre au moins à se cacher. C’est là une vérité très certaine, qui devrait être très courante : les pouvoirs responsables ont cessé de l’enseigner, de la défendre, de la faire respecter, de la mettre en œuvre. Répétée par tous les siècles, c’est aujourd’hui seulement qu’elle se tait, par la trahison des pouvoirs temporels et spirituels.

Mais guérir la luxure n’est possible qu’à la sainteté, selon le théorème de Chesterton : « L’humanité est déséquilibrée à l’endroit du sexe, et la santé véritable ne lui est permise que dans la sainteté. »

Madiran poursuivait :

Toute hérésie, quel que soit son degré d’abstraction, tend à devenir révolution. Toute révolution, si sanglante soit-elle, tend à être une révolution culturelle. Et toute révolution culturelle aspire à la révolution sexuelle. Non que le sexe soit l’unique ou le principal secret de la vie, même dans l’ordre de la révolution et chez les révolutionnaires ; il n’est pas vrai non plus que le motif ou le moteur des hérésies soit forcément et toujours le désir de la licence sexuelle. Chez les grands de ce monde, et chez les grands révolutionnaires, les péchés les plus graves et les plus profonds ne sont pas les péchés de la chair, lesquels se rattrapent en étant la damnation du plus grand nombre. Mais chez les uns comme chez les autres, pour prendre le corollaire du théorème de Chesterton, l’obturation ou la rupture des canaux de la sanctification laisse sans recours contre le déséquilibre du sexe. Et ce déséquilibre, plus encore qu’un déséquilibre d’essence, est un déséquilibre de l’imagination. La sexualité autonome, la sexualité séparée du mariage et de l’ordre des fins du mariage, est un irréalisme, qui se crée un monde imaginaire. Et de même que la démocratie moderne et la mise au pluriel du péché originel, comme je l’ai expliqué ailleurs, de même, mais je ne l’expliquerai pas plus avant, car le papier ne supporte pas tout, la culture audiovisuelle du monde moderne et la mise en commun du péché de la chair au niveau de l’imagination.

« A ce point, l’histoire humaine semble s’achever. »

Pourquoi ? Parce qu’elle n’accepte plus de normes, répond Jean Madiran dans les lignes qui suivent.

Ce lien entre ce que l’on pourrait appeler l’explosion publique de la sexualité et l’irruption de la violence, entre révolution sexuelle et Révolution tout court, caractérisé par son rejet de toute norme inscrite au cœur de l’homme, Benoît XVI le met également en évidence dans son texte. Cet effondrement moral caractéristique de ces années-là était également étroitement lié à une propension à la violence. 

<>Et il est même allé jusqu’à oser la mise en cause d’« excès dans le domaine de l’habillement » : l’indécence, la disparition de la modestie — concept devenu largement incompréhensible et même rarement évoqué depuis les années 1970 — ont contribué à changer les regards et les comportements.

Aujourd’hui, les médias se focalisent sur les abus sexuels commis par des prêtres, et il est vrai qu’ils sont particulièrement répugnants dans la mesure où le prêtre est supposé communiquer la grâce confiée à l’Eglise par le Christ et conduire ceux dont il a la charge vers Lui. Il semble que ce type de comportements soit aujourd’hui moins fréquent ; on peut dire en tout cas que le cardinal Ratzinger lui-même, alors qu’il était à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, a beaucoup fait pour que l’impunité ne fût plus de mise.

Mais le climat de licence, lui, n’a fait que progresser et s’aggraver. Les statistiques relatives aux contacts sexuels non désirés — allant de la caresse à la sodomie — dans les écoles américaines font état de 3 300 victimes entre 2013 et 2014, et encore sont-elles incomplètes, n’étant basées que sur les signalements d’une partie des Etats. Plus de la moitié des étudiants britanniques — 56 % ! — disent avoir fait l’objet d’avances explicites non désirées et d’agressions allant jusqu’au viol, au terme d’une enquête réalisée auprès de 5 649 personnes, dont les résultats ont été publiés au début de 2019. Près de la moitié des femmes précisaient qu’elles avaient déjà été touchées de manière déplacée ; les deux tiers des étudiantes interrogées ont avoué qu’elles n’osaient pas dire non à des avances ou à des actes sexuels de peur de subir des violences.

Où est le tollé ? Où est la mise en cause des autorités éducatives ?

Le curseur a été déplacé : aujourd’hui, on se focalise sur le consentement, même si à l’évidence ce consentement peut être faussé. Tout est permis, pourvu qu’on soit d’accord. C’est en ce sens que la révolution sexuelle évoquée par Benoît XVI est véritablement entrée dans les mœurs du plus grand nombre. C’est une victoire du démon autrement plus grande et insidieuse que celle des « agressions cléricales », pour abominables qu’elles soient. Et même celles-ci ne pourront véritablement être évitées, signalées, punies que dans un contexte où l’exercice de la sexualité humaine sera remis à sa juste place ; où la promiscuité ne sera plus favorisée par les pouvoirs publics ; où la prévention ne se bornera plus à l’évitement de la grossesse ou des infections sexuellement transmissibles. C’est l’éducation à la chasteté qui est urgente.

*

Dans la deuxième partie de cette réflexion sur l’état de la morale, le pape émérite évoque l’effondrement de la théologie morale catholique. Benoît XVI désigne une volonté qui s’est traduite notamment par les efforts du concile Vatican II de fonder la morale sur la Bible plutôt que sur la loi naturelle.

Il me semble qu’il faut notamment voir ici le rejet d’une « morale de l’interdit » — c’est la morale du Décalogue qui fulmine : tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne feras pas de faux témoignages, tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin, tu ne feras pas d’impureté… Morale qui est inscrite au cœur de l’homme et qui constitue son bien et donc son bonheur.

Et il est vrai qu’on nous a parlé d’une morale plus « positive », axée sur la bienveillance, plus ouverte, fondée sur les valeurs. J’ai entendu des exégètes opposer la négativité du Décalogue au Sermon sur la montagne. Mais la morale des béatitudes, chemin de sainteté et de ressemblance à Dieu, n’abolit pas la loi et les interdits. La morale chrétienne à sa dimension propre mais elle assume la loi naturelle.

L’idée de revenir à ce socle indispensable qu’est la loi naturelle est une préoccupation de longue date du cardinal Ratzinger, puis de Benoît XVI. Dans notre monde déchristianisé elle est même un préalable à tout redressement moral et intellectuel. La loi naturelle s’oppose radicalement au relativisme moral, par lequel on en arrive à proclamer que les interdits fondamentaux peuvent varier selon les civilisations, les époques, les religions.

Benoît XVI écrit, décrivant l’époque qui a suivi le concile Vatican II et la pensée d’une majorité de théologiens d’alors : « Finalement, c’est dans une large mesure l’hypothèse selon laquelle la morale devait être exclusivement déterminée en vue des fins de l’action humaine qui devait prévaloir. La vieille expression “la fin justifie les moyens” n’était certes pas affirmée sous cette forme grossière, mais la manière de penser qui y correspond était devenue déterminante. Par voie de conséquence, plus rien ne pouvait désormais constituer un bien absolu, pas plus qu’il ne pouvait y avoir quelque chose de fondamentalement mauvais, mais seulement des jugements de valeur relatifs. Le bien n’existait plus, mais seulement le mieux relatif, dépendant du moment et des circonstances. »

Le pape émérite décrit comment il s’est battu à l’époque, avec Jean-Paul II, contre cette idée selon laquelle il n’y a pas d’acte qui soit toujours et en toutes circonstances mauvais. Cette question est au cœur des « Dubia » présentées, à ce jour sans réponse, au pape François, à la suite des interprétations relativistes d’Amoris Lætitia.

On peut dire que ce relativisme moral est au cœur de la culture mondiale aujourd’hui, après l’avoir été dans le communisme pour qui la vérité et le bien intrinsèque n’existent pas, n’étant bon que ce qui sert la Révolution où le Parti. L’avortement ? Cette mise à mort d’un petit d’homme est aujourd’hui légalement tolérée voire proclamée comme un droit, quand elle n’est pas une obligation, dans un grand nombre de pays : l’Europe, l’Amérique du Nord, la Russie, la Chine… Peu de pays osent encore interdire ou compliquer l’accès au divorce. L’homosexualité jouit d’une nouvelle « normalité », elle est même considérée comme une espèce de plus-value dans les sociétés occidentales. Contester tout cela vous classe irrémédiablement parmi les ringards, les inquisiteurs, les coupables de discrimination, crime suprême de notre époque. Il n’y a plus de norme généralement acceptée. Il n’y a plus de vérité.

On a pu gloser sur le fait que Benoît XVI, abordant la douloureuse affaire des abus sexuels de la part de prêtres, se soit égaré dans une sorte de hors sujet qu’il apportait à déplorer le relativisme moral, y compris au sein de l’Eglise. Mais c’est le cœur du sujet. Ce relativisme est avant tout une manière d’ouvrir les vannes. Notre époque est particulièrement sensible aux abus commis par des prêtres majeurs sur des mineurs, et il s’agit de fait d’un scandale sans nom. Mais elle permet d’attenter à l’innocence des petits par une multitude de moyens, et comme le dit Benoît XVI, cette réalité est aussi le fait des pouvoirs publics. Des organismes publiquement subventionnés sont autorisés à inciter à la débauche dans les salles de classe. Et cela forme un tout.

A cet égard un passage particulièrement intéressant du texte du pape émérite est celui-ci :

La foi est un voyage et une façon de vivre. Dans l’Eglise ancienne, le catéchuménat fut créé comme un lieu de vie face à une culture de plus en plus démoralisée, où les aspects particuliers et nouveaux de la manière de vivre chrétienne étaient mis en pratique, et en même temps protégés de la manière de vivre ordinaire. Je pense qu’encore aujourd’hui il faut quelque chose qui ressemble à des communautés catéchumènes, de telle sorte que la vie chrétienne puisse s’affirmer à sa propre façon.

Comment comprendre cela : comme un appel à vivre dans des réserves ou des ghettos communautaristes ? A défaut de précision, on peut au moins répondre à cette question en soulignant que dans une culture relativiste et hypersexualisée comme celle qui nous entoure, il importe de créer des environnements moralement sains, à la fois du point de vue de la simple morale naturelle et de la pratique ordinaire de la religion, pour protéger l’innocence et la vie droite. Cela vaut évidemment particulièrement pour les plus jeunes, pour les institutions de formation.

On pourrait objecter que c’est souvent dans de telles institutions religieuses ou organisations pour jeunes que les abus cléricaux ont été perpétrés. Ce qui est sûr, c’est que la prise de conscience à leur égard pourrait permettre une meilleure protection de la jeunesse.

*

La deuxième grande partie du texte de Benoît XVI évoque les « réactions ecclésiales initiales ». De manière intéressante, il évoque un « processus, préparé de longue date est toujours en cours de réalisation, de la liquidation de la conception chrétienne de la morale ».

On comprend qu’il y a eu selon le pape émérite une démarche délibérée visant à détruire la morale chrétienne, y compris à l’intérieur de l’Eglise.

Voilà qui fait penser, au moins indirectement, à la volonté des marxistes « de corrompre la jeunesse, à la focaliser sur le sexe, à l’éloigner de la religion » évoquée par un ancien du KGB, Youri Bezmenov, passé à l’ouest en 1970, et pour ce qui est de l’Eglise catholique elle-même, à Bella Dodd, convertie en 1952 grâce à Fulton Sheen, qui a témoigné devant le Sénat américain de l’infiltration de plus de 1 000 membres du Parti dans les séminaires dans les années 1930.

Dans le même ordre d’idées, un ancien agent du FBI, W. Cleon Skousen, détaillait en 1958 dans The Naked Communist le plan de démoralisation marxiste qui visait à libérer la pornographie, promouvoir l’homosexualité, discréditer la famille, et à favoriser de toutes les manières les comportements immoraux. Ainsi l’Occident serait-il affaibli par l’affaissement des mœurs.

Rien ne dit que Benoît XVI ait eu ce type de réflexion à l’esprit, mais elle me semble éclairante.

Il affirme en revanche qu’il y a eu un grave problème de formation au sacerdoce, et évoque à ce propos l’existence de « clubs homosexuels » dans « divers séminaires », et dans un séminaire allemand, la projection de films pornographiques prétendument pour aguerrir les jeunes hommes face aux agressions du monde moderne. Ailleurs, c’était la promiscuité de jeunes hommes se préparant à une vie de célibat chaste avec des couples mariés et des laïques engagés accompagnés de leurs « petites amies », qui créait une atmosphère peu propice à un engagement durable. La question qui se pose est évidemment de savoir comment tout cela a pu se produire. Mais que les faits soient dits ouvertement par un homme qui fut pape est important.

Dans son développement sur la réponse apportée par l’Eglise au cas de « pédophilie », le pape émérite cite la phrase de Jésus : « Mais si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît autour du cou une de ces meules que les ânes tournent, et qu’on le jetât dans la mer » (Marc, 9, 41).

Il tient à en redonner le sens premier : « L’expression “ces petits” dans le langage de Jésus signifie les fidèles ordinaires qui peuvent être amenés à chuter par l’arrogance intellectuelle de ceux qui se pensent intelligents dans leur foi. » On comprend qu’au-delà du mal fait aux enfants et aux jeunes par des prêtres qui agissent mal, il y a quelque chose de fondamentalement plus grave : la présentation faussée de la foi et de ses exigences qui amènent les fidèles ordinaires à commettre le mal parce qu’on leur dit ou qu’on leur permet de le considérer comme un bien.

C’est tout le mal de notre époque : ainsi, pour prendre l’exemple le plus extrême, l’homosexualité est aujourd’hui présentée comme un bien, une expression légitime d’un amour conçu comme une « valeur », cette approche étant aujourd’hui exprimée par des religieux, des prêtres, des évêques, et même par un cardinal tel Reinhard Marx qui plaide pour une vision renouvelée de la morale sexuelle. On pense au Dominicain Adriano Oliva qui justifie les actes homosexuels des personnes ayant cette « orientation », et dont Frédéric Martel affirme que ces travaux ont été encouragés en haut lieu dans l’Eglise, voire par le pape François lui-même.

Tout ce qu’écrit l’auteur de Sodoma est à prendre avec des pincettes, puisqu’il s’agit d’un idéologue qui s’exprime au nom de son activisme homosexuel, mais on est bien obligé de constater qu’Oliva peut tenir ce discours sans être officiellement retoqué ni par son ordre ni par les autorités ecclésiastiques au sens plus large.

L’insistance du pape émérite sur le détournement de la foi, utilisée pour justifier le péché, me porte à penser que son utilisation du mot « pédophilie » — qui au sens strict, n’est justifiée que de manière extrêmement marginale aujourd’hui — est peut-être une manière de prendre la partie pour le tout. Il était bien placé à la Congrégation pour la Doctrine de la foi pour savoir que les crimes de pédophilie visant des garçons et des filles prépubères ne représentaient qu’une minorité des agressions contre les mineurs ; environ 80 % concernaient des garçons adolescents [ou pubères], relevant donc de l’éphébophilie [et de l'hébéphilie].

Si des comportements extrêmes se sont multipliés, c’est qu’au sens large, le péché grave n’a plus été dénoncé comme tel.

*

Dans la troisième grande partie de son texte, Benoît XVI propose de répondre à la question « que devons-nous faire ? » « Faudrait-il que nous créions une autre Eglise pour tout remettre à l’endroit ? », demande-t-il, visant clairement ceux qui encourage à modifier l’institution par divers moyens – on pense à l’abolition du célibat sacerdotal, l’ordination des femmes, les prises de décisions démocratiques, pourquoi pas la « synodalité » et la « désacralisation » de la fonction sacerdotale, des bouleversements hiérarchiques pour en finir avec un édifice sclérosé… tout cela, nous l’avons entendu. « Cette expérience-là a déjà été faite et elle a déjà échoué » : on pense bien sûr aux différentes formes de protestantisme qui ont cru pouvoir répondre à des effondrements moraux dans l’Eglise. Mais c’est toujours celle-ci qui a les promesses de la vie éternelle.

Le pape émérite s’attache ensuite à montrer que la reconnaissance de l’existence de Dieu — un Dieu qui fixe des règles du bien et qui ne peut aller contre la vérité, puisqu’Il est la vérité — est un préalable nécessaire à l’existence de « normes du bien ou du mal ».

L’idée que la morale puisse exister sans Dieu, sans principe transcendant, a été théorisée par le juriste Grotius qui posait la question : « Et si daretur Deus non esse » (« et si par hasard, Dieu n’existait pas ») et qui y répondait en affirmant que des normes de conduite s’imposeraient de toute façon à l’homme.

Benoît XVI rejette cette idée, parce que sans Dieu, l’homme n’a « ni but ni sens ». Et il ajoute : « Alors, seul ce qui est plus fort que l’autre peut s’auto-affirmer. Alors, la puissance est le seul principe. »

On rétorquera : il y a bel et bien une morale aujourd’hui, et des normes de conduite, une affirmation du bien et du mal qui transparaît d’ailleurs dans la dénonciation des abus sexuels.

Mais il faut bien reconnaître la part de ce qui reste de culture traditionnelle, chrétienne en ce qui concerne les pays d’ancienne chrétienté, dans ces jugements moraux. Et il faut reconnaître aussi tout ce que cela peut avoir de parcellaire : de nombreux comportements que l’humanité dans son ensemble jugeait fautifs, criminels ou peccamineux il y a moins de 100, 50 ou 30 ans sont aujourd’hui acceptés par à peu près tout le monde.

Lorsque le pape émérite parle de la loi du plus fort, il fait penser à l’analyse du professeur de psychologie Jordan Peterson, qui s’attache à expliquer que lorsque la vérité disparaît en tant que catégorie, et que le bien s’exprime en tant que reconnaissance des droits des minorités, on aboutit précisément à une morale de rapports de force. Il ne s’agit pas d’être les plus nombreux, mais les mieux protégés : c’est ainsi qu’on en arrive à punir ceux qui ne respectent pas les droits des homosexuels, des transgenres, des femmes, de telle ethnie, de telle catégorie, et qu’au bout du compte tous ces groupes sont mis en concurrence. En dernière analyse, c’est la foire d’empoigne : on ne s’intéresse plus au bien et au mal et au nom de son groupe, ou mieux, de son groupe « intersectionnel » (la proverbiale lesbienne noire handicapée, et on méprise ou on détruit les droits et libertés des autres).

Aussitôt après avoir décrit cette société sans Dieu, Benoît XVI affirme :

Sur des points précis, il devient soudain visible que ce qui est mal et détruit l’homme est devenu la norme acceptée.

Et il enchaîne :

Il en va ainsi de la pédophilie. Théorisée il n’y a pas très longtemps comme étant tout à fait légitime, elle s’est étendue de plus en plus loin. Et nous nous rendons compte aujourd’hui avec effroi qu’il advient des choses à nos enfants et à nos jeunes qui menacent de les détruire. Le fait que cela ait pu aussi s’étendre dans l’Eglise et parmi les prêtres devrait nous troubler tout particulièrement.

Cela paraît ne pas correspondre à la réalité. La pédophilie est-elle réellement considérée comme « légitime » aujourd’hui, au-delà de ce qui a été le fait des minorités révolutionnaires de Mai 68 ?

On serait tenté de dire : la pédophilie, non, mais la sexualité consensuelle sous toutes ses formes, et même parmi des mineurs, oui. Et si Benoît XVI dit que la cause de tout cela est l’absence de Dieu — et par conséquent, l’absence de normes morales stables fondée sur la vérité et le bien voulu par Dieu pour l’homme — c’est pour mettre en évidence la catastrophe morale qui dépasse de très loin le cadre des crimes commis à l’intérieur de l’Eglise, mais qui les a forcément favorisés.

Pourquoi parler de l’Eucharistie dans ce contexte – et de sa distribution sa réception à la légère ? Le rapport avec le sujet me semble direct : le prêtre est fait pour l’Eucharistie, il a le pouvoir faramineux, miraculeux d’obtenir la transsubstantiation du pain et du vin en Corps et Sang de Notre-Seigneur. En abusant de jeunes, il viole leur innocence mais il profane aussi ce qu’il y a de plus sacré en lui. L’habitude de mépriser le don de l’Eucharistie entraîne le mépris de tout bien.

La mort du culte entraîne la culture de mort.

Campagne de financement automne 2019. Merci de nous aider avec un don sacrificiel. L'objectif est de 7500$.

Mère et bébé

Merci de nous aider à promouvoir la foi, la famille et la vie, de la conception à la mort naturelle.

1871 $ recueillis -- Objectif : $7500 -- Il reste 13 jours -- Merci de votre générosité !

Donner à Campagne Québec-Vie


Laissez un commentaire