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Élections Canada 2019 : Pour qui voter ?

Par l’historien Jean-Claude Dupuis, Ph. D. ― Photo : Capture d'écran du dernier débat des chefs 2019

Les élections, c’est comme la lutte. C’est arrangé, mais c’est amusant. Toutefois, la présente campagne fédérale est un spectacle raté. Aucun thème majeur, aucune idée nouvelle, aucune personnalité d’envergure. Je n’y ai pas porté beaucoup d’attention. Néanmoins, j’ai fait mon devoir de bon citoyen en écoutant le dernier débat des chefs. Voici mes impressions.

Justin Trudeau a mal paru. Son « charme » est usé. Le beau Brummel n’arrive plus à séduire. Il a défendu son bilan sans conviction, notamment dans l’affaire SNC-Lavalin. Il est toujours incapable de structurer correctement une phrase.

Andrew Scheer n’a pas eu peur, cette fois, de s’afficher pro-vie. Il a réparé la gaffe du premier débat. Mais en répétant, sans preuve convaincante, que Trudeau est un « menteur », il donne l’impression de vouloir cacher le fait que son programme n’est pas différent de celui de son adversaire. Néanmoins, il s’est démarqué sur la question de l’euthanasie en parlant de « protéger les plus vulnérables », alors que tous les autres chefs offraient une mort immédiate à la pauvre dame atteinte de sclérose en plaque qui posait la question. « Oui, ont-ils dit en chœur, nous élargirons la loi, car la vue de votre souffrance nous est insupportable. »

Jagmeet Singh m’a impressionné. Il est sympathique, il parle bien et il dit certaines vérités. Il faut du courage pour faire au Canada une carrière politique avec un turban sur la tête. Je lui accorde ce bon point. Mais il s’est trompé de pays. Il ferait mieux d’aller se battre pour l’indépendance du Pendjab.

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Le totalitarisme Vert

Par l’historien Jean-Claude Dupuis, Ph. D. — Photo : Ross Dunn/Flickr

Les écologistes radicaux sont comme des melons d’eau : verts à l’extérieur, rouges à l’intérieur.

Le communisme est-il mort avec la chute du Mur de Berlin, en 1989 ? Dans sa forme soviétique, sûrement. Mais l’idéologie communiste au sens large, c’est la doctrine de l’égalité totale, et à tout prix. En ce sens, l’écologisme extrême est une sorte de « communisme ». Les Verts proclament l’égalité entre la Nature et l’Humanité. Ils rejettent la vision chrétienne du rapport hiérarchique entre la Nature, l’Homme et Dieu. La Bible nous dit que la Nature a été créée pour l’Homme, et l’Homme pour Dieu. Les Verts voudraient réduire la population mondiale de 90 % pour sauver la Planète. Ce serait le plus grand génocide de l’histoire ! Ils subordonnent l’Humanité à la Nature. Quant à Dieu, inutile de dire qu’ils s’en balancent. Ils rendent plutôt un culte païen à la Terre-Mère, la déesse Gaïa.

Évidemment, il ne faut pas confondre une saine gestion de l’environnement avec la révolution culturelle que prônent les Verts.

La récente « Marche pour le Climat » rappelle les méthodes de propagande des régimes communistes. Dans le roman 1984, qui décrivait parfaitement les rouages psychologiques du totalitarisme, George Orwell nous parle de la « Semaine de la Haine ». Chaque année, les camarades-citoyens d’Océania sortaient massivement dans les rues pour dénoncer le « Mal absolu », en l’occurrence le régime d’Eurasia, dirigé par l’abominable Goldstein, « l’Ennemi du Peuple ». On fermait les écoles pour que les enfants puissent défiler, pancartes en mains, en criant : « Mort à Goldstein ! Vive Big Brother ! »

Le même genre de cri n’a-t-il pas retenti dans les rues de Montréal ? Il suffit de remplacer « Goldstein » par « GES » et « Big Brother » par « Planète Verte ». Le thème de la marche n’a aucune importance. C’est une mise en condition psychologique. Les participants doivent en ressortir convaincus qu’ils sont du côté du Bien, et les Autres du côté du Mal. Qui sont les Autres ? Pas besoin de le préciser. La propagande vise les émotions, pas la raison. Ce peut être la Technologie, le Capitalisme ou Donald Trump, peu importe. Le Mal est un concept abstrait.

Chacun y met ce qu’il veut. L’important, c’est de faire nombre, de créer un sentiment d’unité idéologique.

La figurine de la propagande écologiste, Greta Thunberg, ressemble étrangement à Song Binbin, la jeune fille dont Mao s’était servi pour promouvoir la Révolution culturelle chinoise, en 1966. Les deux adolescentes proviennent des classes privilégiées de leurs sociétés respectives. Elles sont manipulées par les puissants du jour, sans trop comprendre l’enjeu. Greta Thunberg s’est rendue à New York sur un voilier de luxe qui avait été baptisé « Mono 60 Edmond de Rothschild ». Elle a de « bons contacts », n’est-ce pas ?

À Montréal, Greta Thunberg s’est écriée, sur un ton menaçant : « Le changement arrive, que vous l’aimiez ou pas ! » Mais de quel changement s’agit-il ? Sûrement pas de la protection de l’environnement, car tout le monde aime la belle nature. Les Verts prônent un changement plus radical, une révolution culturelle, voire religieuse, dont ils n’osent pas dire le nom. Ceux qui n’aimeront pas la « Planète Verte » risqueront alors de subir le même sort que ceux qui osaient critiquer le « Paradis des Travailleurs ».

Au moment où la Semaine de la Haine atteignit son point culminant, on annonça que l’Océania n’avait jamais été en guerre contre l’Eurasia. L’Océania était en guerre contre l’Estasia. L’Eurasia avait toujours été un allié d’Océania. Il fallait réviser les livres d’histoire.

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Un chrétien engagé : Arnaud de Lassus (1921-2017)


Arnaud de Lassus.

Par l’historien Jean-Claude Dupuis, Ph. D. 

Yves de Lassus, qui dirige L’Action familiale et scolaire (France), prononcera une conférence lors du congrès de Campagne Québec-Vie, le 26 octobre prochain à Québec. Il prend ainsi la relève de son père, le baron Arnaud de Lassus, qui a été l’une des plus brillantes figures de la tradition catholique française au cours des dernières décennies.

Arnaud de Lassus incarnait toutes les vertus de la « Vieille France ». Issu d’une famille d’Action française, polytechnicien et officier de marine, il a d’abord milité dans la Cité catholique de Jean Ousset, l’auteur de Pour qu’Il règne (1950), un remarquable ouvrage de pensée sociale chrétienne. En 1980, Arnaud de Lassus a fondé L’Action familiale et scolaire (AFS), une branche spécialisée de la Cité catholique. Cette dernière n’a malheureusement pas survécu au Concile Vatican II, comme bien d’autres organisations conservatrices liées à l’Église, mais l’AFS a continué le combat en faveur de la Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ, tout en restant indépendante du clergé. Les plaquettes de l’AFS, « Connaissance élémentaire de… », sont des classiques de la pensée contre-révolutionnaire. CQV les réédite maintenant pour le Canada.

Arnaud de Lassus fréquentait tous les milieux catholiques et nationalistes qui voulaient l’entendre, sans s’inféoder à aucune organisation particulière. C’était un traditionaliste, ouvertement hostile à Vatican II. Toutefois, il a condamné les sacres épiscopaux de Mgr Lefebvre, en 1988, parce qu’il estimait que ce geste diviserait trop les catholiques de tradition. Il pouvait sembler avoir raison à l’époque. Mais il a reconnu par la suite que les sacres ont finalement permis de sauver la messe de saint Pie V. Comme bien d’autres, Arnaud de Lassus ne s’attendait pas à ce que la crise de l’Église soit aussi longue.

J’ai entendu Arnaud de Lassus en conférence pour la première fois à l’automne 1990. Je fus alors impressionné par son analyse de la Guerre d’Irak, qui pointait à l’horizon. Il pouvait, dans une conférence de deux heures, faire le tour d’un sujet aussi complexe que la franc-maçonnerie, le libéralisme, le modernisme, le protestantisme ou l’islam. Il traquait inlassablement les erreurs doctrinales qui s’infiltrent trop souvent dans l’esprit des catholiques, même les mieux intentionnés. Il misait sur la formation intellectuelle plutôt que l’action politique. Dans un temps comme le nôtre, où l’intelligence est en péril de mort, pour reprendre l’expression de Marcel De Corte, c’est sans doute le besoin le plus prioritaire. Arnaud de Lassus aimait citer cette maxime de Joseph de Maistre : « On peut se relever de tout, sauf de l’abandon des principes. »

Arnaud de Lassus a été l’un de mes maîtres à penser. Bien qu’il ne soit pas tellement connu, il a été l’un des plus grands intellectuels catholiques de la fin du XXe siècle. Il était pourtant modeste. Il prononçait toujours ses conférences avec le même professionnalisme, que ce soit dans une salle bondée ou devant un maigre auditoire de quelques énergumènes, comme c’était souvent le cas. Il répondait avec patience et respect à toutes les questions, même lorsqu’elles venaient d’un auditeur qui n’était pas à la hauteur du conférencier. Il pourfendait les idées fausses, mais il ne parlait jamais contre personne. Il appliquait la règle de la charité chrétienne : combattre le péché en aimant le pécheur. De plus, il avait le sens de l’humour. Il ne se prenait pas au sérieux. À mon avis, la « sainteté », c’est un peu cela.

On peut écouter les conférences d’Arnaud de Lassus sur You Tube, dont l’une qui traite de la franc-maçonnerie au Québec :

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L’effondrement de l’Église

Par l’historien Jean-Claude Dupuis, Ph. D. — Photo : PxHere

Nos Seigneurs les évêques devraient lire l’ouvrage de Guillaume Cuchet, Comment notre monde a cessé d’être chrétien : anatomie d’un effondrement (2018).

Lorsque l’on tente d’expliquer la chute rapide de la pratique religieuse, dans les années 1960, on s’en tient habituellement à d’insipides généralités : l’évolution des mentalités, les transformations socioéconomiques, l’influence des nouveaux moyens de communication, etc. On n’explique finalement rien, et on laisse faussement croire que la déchristianisation était un phénomène normal et irréversible.

L’historien Guillaume Cuchet (Université Paris-Est Créteil) va plus loin. Il précise d’abord la chronologie des événements. L’effondrement du catholicisme français ne date pas de 1968. Il ne résulte pas de « l’esprit de Mai 68 », comme l’ont dit les catholiques de droite, ni du « rejet de la pilule par Paul VI », comme l’ont prétendu les catholiques de gauche. Cuchet montre, chiffres à l’appui, que le décrochage s’est produit en 1965, avant même la fin du Concile Vatican II. À l’époque, dit-il, plusieurs observateurs proconciliaires l’avaient remarqué. Mais ils ont gardé le silence pour ne pas fournir de l’eau au moulin des traditionalistes. Certains grands universitaires, comme l’historien Jean Delumeau, allaient même jusqu’à soutenir que le christianisme était en pleine croissance, mais sous une forme différente, et finalement meilleure. L’autoaveuglement était alors de mise dans les milieux catholiques progressistes. Mais le recul du temps permet de porter aujourd’hui un regard plus objectif sur les causes de l’effondrement.

En 1960, l’Église catholique de France était en bonne santé. Il y avait 94 % des Français qui étaient baptisés, 80 % qui faisaient leur communion solennelle, 60 % qui payaient la dîme, 60 % qui s’abstenaient de viande le vendredi, 30 % qui faisaient leurs pâques et 25 % qui assistaient régulièrement à la messe dominicale (c’était 60 % au Québec). La jeune génération, née après 1930, était plus pratiquante que la génération précédente. Les pronostics alarmistes de l’ouvrage La France, pays de mission ? (1943) ne s’étaient pas réalisés. L’Action catholique était en train de convertir la société moderne. Les catholiques tenaient une belle place dans les milieux intellectuels. Les études statistiques du chanoine Fernand Boulard montraient que le déclin de la pratique religieuse, qui avait suivi la Loi de Séparation de 1905, était enrayé. Les évêques envisageaient l’avenir avec optimisme.

Le collapsus est survenu en 1965, à la faveur de la réforme liturgique. Les évêques le savaient, et c’est pourquoi ils ont ordonné à l’équipe de statisticiens du chanoine Boulard de ne plus mesurer le taux de pratique. Après cette date, les historiens ne disposent que de données partielles, mais elles tendent à montrer que la pratique religieuse a diminué de 40 % entre 1962 et 1969. Il y avait 51 % des Français qui se confessaient au moins une fois par année en 1952. Ils n’étaient plus que 29 % en 1974, et 14 % en 1983.

Selon Guillaume Cuchet, la nouvelle messe en langue vernaculaire n’est pas la cause directe de l’effondrement. C’est plutôt le changement de discours du clergé qui a déstabilisé les fidèles, ce qu’il appelle « la crise de la prédication des fins dernières ». Du jour au lendemain, les prêtres ont cessé de parler du péché, de l’enfer, du jugement personnel et même de l’obligation morale d’assister à la messe dominicale.

Les décrocheurs religieux du tournant de 1970 se disaient sans doute : « Avant, tout était péché. Maintenant, plus rien n’est péché. Ce n’est pas très sérieux leur affaire. »

La « Nouvelle Pentecôte » de 1965 a réussi à vider les églises avec plus d’efficacité que la Terreur de 1793.

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Groulx réhabilité


Le chanoine Lionel Groulx à son bureau en l'hôtel Jean Bart, à Paris, le 1er mars 1922.

Par l’historien Jean-Claude Dupuis, Ph. D. ― Photo : Université de Sherbrooke/Wikimedia Commons

Maurice Duplessis et Lionel Groulx sont les deux figures emblématiques de la prétendue « grande noirceur ». Or ils sont maintenant, l’un comme l’autre, en voie de réhabilitation.

Charles-Philippe Courtois, qui est professeur agrégé d’histoire au Collège militaire royal de Saint-Jean-sur-Richelieu, a publié en 2017 la première biographie complète du chanoine : Lionel Groulx, le penseur le plus influent de l’histoire du Québec. Il présente notre historien national sous un jour très favorable. Nous ne sommes plus au temps des calomnies d’Esther Delisle sur le « racisme » et « l’antisémitisme » de Lionel Groulx et de ses disciples.

Charles-Philippe Courtois s’est entretenu avec Éric Bédard lors des Rendez-vous d’histoire de Québec 2019. Groulx, dit-il, a été à la fois un historien scientifique, un nationaliste d’avant-garde, un écrivain romantique, un pédagogue novateur et un prêtre conservateur. Ses ouvrages de vulgarisation ont parfois idéalisé notre passé dans un but patriotique. Mais ses travaux d’histoire répondaient aux normes méthodologiques les plus rigoureuses.

Aujourd’hui, Lionel Groulx est perçu comme un « réactionnaire », mais il était en réalité un « contestataire » qui n’hésitait pas à s’attaquer à l’establishment.

Ainsi, Groulx a déboulonné le mythe de la « Conquête providentielle », qui avait été propagé au XIXe siècle par nos élites cléricales et politiques. La Conquête du Canada par l’Angleterre, disait-il, n’a pas été voulue par Dieu pour préserver les Canadiens français des horreurs de la Révolution française. Une conquête ne peut jamais être un bienfait pour le peuple conquis. Et l’empire britannique ne pouvait pas nous protéger des « funestes principes » de 1789 puisque la Philosophie des Lumières, dont ils émanent, est issue de l’Angleterre.

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Duplessis revisité


Maurice Duplessis, Premier ministre du Québec (1936-1939 et 1944 1959).

Par l’historien Jean-Claude Dupuis, Ph. D. — Photo (rognée) : BAnQ/Wikimedia Commons

Le Mythe de la Grande Noirceur a beaucoup de plomb dans l’aile. Lors des Rendez-vous d’histoire de Québec 2019, le jeune historien Alexandre Dumas (UQTR) a présenté Maurice Duplessis sous un jour plutôt favorable. Il n’a sans doute pas l’intention de réhabiliter le Québec d’avant la Révolution tranquille. Mais il trace un portrait plus réaliste de cette époque, car ses travaux ne sont pas entachés par un anticléricalisme primaire.

Alexandre Dumas affirme que le clergé n’appuyait pas systématiquement le régime Duplessis (1936-1939 et 1944-1959). Le Premier ministre libéral, Louis-Alexandre Taschereau (1920-1936), consultait toujours les évêques avant de présenter un projet de loi qui touchait aux relations entre l’Église et l’État, mais pas Maurice Duplessis. S’estimant « bon catholique », Duplessis agissait unilatéralement, sans trop tenir compte des autorités de l’Église.

Contrairement à ce que l’on a vu dans la télésérie Duplessis (1978), ce n’est pas le cardinal Villeneuve qui a suggéré au Premier ministre d’adopter la « loi du cadenas » contre la propagande communiste (1938). L’initiative est venue du seul gouvernement.

L’installation par Duplessis d’un crucifix à l’Assemblée législative s’accordait tellement avec la mentalité du Québec de ce temps qu’elle n’a soulevé aucun débat, ni à la chambre ni dans les journaux. Taschereau avait d’ailleurs posé un geste semblable en ordonnant d’accrocher un crucifix dans toutes les salles d’audience des tribunaux, en 1930.

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Champlain a-t-il trahi le roi ?


Samuel de Champlain capitulant avec la ville de Québec devant l'amiral Kirke.

Par l’historien Jean-Claude Dupuis, Ph. D. — Photo : mcq.org/Wikimedia Commons

La mode est à la « déconstruction » des héros nationaux. La désinformation historique alimente une sorte d’autoracisme en nous apprenant à détester nos ancêtres. Nous sommes les « méchants ». Les autres sont les « bons ».

Récemment, les historiens Michel de Waele (Université Laval) et Paul Cohen (Université de Toronto) ont attaqué la réputation de Samuel de Champlain en prétendant qu’il avait trahi le roi de France, en 1629. Cette année-là, les Anglais ont conquis Québec et Port-Royal. Mais la France pouvait légitimement récupérer ses colonies, car elles avaient été prises après la fin des hostilités en Europe. L’ambassadeur français à Londres demanda à Champlain de rédiger un mémoire pour l’éclairer sur la géographie de l’Amérique du Nord. Le mémoire aurait insisté sur la récupération du Canada, mais en abandonnant l’Acadie. Selon de Waele et Cohen, le fondateur de Québec plaçait les intérêts mercantiles de la Compagnie des Cent-Associés au-dessus des intérêts territoriaux de la France. Notons que les Cent-Associés avaient le monopole du commerce au Canada, mais pas en Acadie. Champlain aurait donc « trahi » le roi d’une certaine manière. Et c’est pourquoi il perdit, entre 1630 et 1632, la pension que lui versait la cour.

Admettons que ce n’est pas très glorieux pour la nation canadienne-française que d’avoir un traître comme « père fondateur ».

Mais les deux historiens iconoclastes se sont fait ramasser par Éric Thierry (Université de Paris IV), qui vient de publier les œuvres complètes de Samuel de Champlain. Dans une remarquable conférence, prononcée au Rendez-vous d’histoire de Québec 2019, Thierry a démontré que de Waele et Cohen avaient commis une erreur en travaillant sur une version tronquée du mémoire de Champlain, celle qui se trouve aux Archives publiques du Canada. La version intégrale, déposée à la Bibliothèque nationale de France, prouve que Champlain a bel et bien réclamé l’Acadie.

« Non, dit-il, Samuel de Champlain n’a pas trahi le roi de France, en 1629 ! »

Sa conclusion a soulevé les applaudissements de l’auditoire. Les gens semblent en avoir ras le bol du discours d’autodestruction de la patrie.

Éric Thierry constate que Champlain est effectivement tombé en disgrâce, entre 1630 et 1632. Mais il explique ce fait par un motif qui rehausse le prestige du fondateur de Québec.

Le conseil royal de Louis XIII se divisait en deux tendances. Le « parti des politiques », dirigé par le cardinal de Richelieu, prônait une alliance tactique entre la France et les États protestants pour contrer la puissance de l’Espagne. Le « parti des dévots », conduit par la reine-mère, Marie de Médicis, et le garde des Sceaux, Michel de Marillac, souhaitait plutôt que la France s’allie avec l’Espagne catholique pour combattre le protestantisme allemand et l’islamisme turc. Les politiques privilégiaient les intérêts de l’État, et les dévots ceux de l’Église.

Richelieu a évincé Marillac lors de la « Journée des Dupes » (10 novembre 1630). Or Champlain était lié au parti des dévots. À la fin de sa vie, il était devenu très pieux sous l’influence de son épouse, Hélène Boullé. Il fut une victime indirecte de la Journée des Dupes. Guillaume de Caen, un marchand huguenot qui voulait s’emparer du commerce des fourrures au Canada, l’avait systématiquement dénigré à la cour. Mais Champlain est revenu en grâce avec l’aide du Père Joseph, l’éminence grise de Richelieu. Le Père Joseph comptait sur Champlain pour amener des missionnaires capucins en Nouvelle-France.

En définitive, les savantes recherches d’Éric Thierry confirment l’image traditionnelle de Samuel de Champlain : celle d’un grand colonisateur animé par l’esprit d’évangélisation.


https://www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo-histoire/524683/samuel-de-champlain-et-les-autochtones-construire-aujourd-hui-sur-un-reve-inexistant

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Vérité ou charité ?

Par l’historien Jean-Claude Dupuis, Ph. D. ― image (montage) : Wikimedia Commons/n°1/n°2, Jean Gagnon

En politique, les nationalistes se laissent facilement museler par l’accusation de « racisme ». En religion, les catholiques se laissent également paralyser par l’accusation d’« intolérance ». On n’ose plus défendre les dogmes de foi par crainte de « manquer de charité » envers les non-catholiques. L’appel à la charité vient justifier toutes les capitulations de l’Église. C’est l’argument massue des catholiques libéraux depuis le XIXe siècle.

Pour éviter ce piège intellectuel, je crois que l’on pourrait appliquer, avec quelques nuances, la grille d’analyse que Michel Brunet employait dans le domaine des relations interethniques. Il suffit d’entendre ici le mot « collectif » au sens d’Église plutôt que de Nation.

Sur le plan collectif/collectif, l’Église catholique n’a aucune concession à faire aux autres religions. Elle est le Corps mystique du Christ. Sa perfection spirituelle n’est nullement entachée par les péchés personnels ou les erreurs doctrinales de ses membres, fussent-ils évêques ou papes. Hors de l’Église, point de Salut. Les vérités partielles des fausses religions n’apportent rien aux catholiques, car elles sont déjà contenues dans le dépôt de la foi chrétienne. Elles sont un résidu de la foi catholique, chez les protestants, ou de la loi naturelle, chez les non-chrétiens. Et ces vérités ne servent souvent qu’à mieux faire passer les erreurs.

Sur le plan collectif/individuel, l’Église veut convertir, et non pas opprimer. L’Église pourfend le péché, mais elle aime les pécheurs. Que de bien n’a-t-elle pas fait à ses ennemis? On en trouve des exemples dans toutes les vies de saints. Inutile d’insister sur ce point, qui est admis même par les pires anticléricaux.

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Nationalisme ou racisme ?

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Par l’historien Jean-Claude Dupuis, Ph. D. — Photo : Jeangagnon/Wikimedia Commons

La gestion du phénomène migratoire est le problème politique le plus préoccupant qui se pose actuellement aux sociétés occidentales. Le débat devient vite émotif. À gauche, on lance à tort et à travers des accusations de « racisme ». À droite, on sombre dans l’islamophobie primaire.

L’historien québécois Michel Brunet (1917-1985) faisait une distinction qui aide à comprendre la dynamique, souvent complexe, des rapports interethniques. Il appliquait sa grille d’analyse à la rivalité qui oppose les deux nationalités qui habitent la vallée du Saint-Laurent depuis la Conquête de 1760 : les « Canadiens » et les « Canadians », pour reprendre son langage. Mais nous pourrions facilement l’appliquer à d’autres types de tensions interethniques.

Selon Brunet, une même personne peut envisager son rapport avec l’autre ethnie d’une manière variable, selon qu’il situe ce rapport sur le plan collectif/collectif, collectif/individuel, individuel/collectif ou individuel/individuel.

Illustrons le raisonnement du professeur Brunet par le cas d’un jeune étudiant nationaliste que j’ai connu à l’Université de Montréal au début des années 1980. À première vue, il pouvait sembler plein de contradictions. Mais son attitude était en réalité cohérente à la lumière de la grille d’analyse de Michel Brunet.

Sur le plan collectif/collectif, ce jeune homme était un ardent nationaliste canadien-français. Il était en faveur de l’indépendance du Québec et de la Loi 101. À ses yeux, la minorité anglo-québécoise devait être « remise à sa place ». Le Québec était la patrie exclusive des descendants des colons français du XVIIe siècle. Les autres groupes ethniques pouvaient être tolérés, mais ils ne devaient pas exercer le pouvoir, que ce soit sur le plan politique, économique ou culturel.

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Les opéras de Richard Wagner


Richard Wagner.

Par l’historien Jean-Claude Dupuis, Ph. D. ― Photo : Wagner Society Hong Kong/Wikimedia Commons

L’Opéra de Québec a joué magistralement Le vaisseau fantôme (1843) de Richard Wagner (1813-1883). Je suis un grand amateur d’opéra. À mon avis, l’opéra est un genre musical supérieur à la symphonie, car la voix humaine est le plus bel instrument qui soit. Les inventions des hommes n’égaleront jamais la sublimité de la création divine. L’opéra n’est surpassé que par le chant grégorien, la « musique des anges ». Mozart disait qu’il aurait donné toute son œuvre en échange de l’honneur d’avoir composé la messe de requiem en grégorien. Cette pièce, créée par des moines anonymes du Moyen-Âge, était à ses yeux le plus grand chef-d’œuvre musical de tous les temps. Mais en matière d’opéra, Richard Wagner est définitivement le numéro un. 

Le vaisseau fantôme raconte l’histoire d’un navire qui est condamné à hanter éternellement les mers parce que son capitaine a osé défier Dieu lors d’une tempête. L’équipage ne sera délivré du châtiment que le jour où le capitaine, surnommé le « Hollandais volant », aura trouvé une épouse qui lui soit fidèle jusqu’à la mort. Un capitaine norvégien, Daland, accepte, pour de l’argent, de lui donner la main de sa fille, la pure et fidèle Senta. Le cœur de Senta était déjà subjugué par un portrait du Hollandais volant, accroché dans la maison familiale. La jeune fille veut sacrifier sa vie pour sauver l’homme qui ressemblera à ce portrait. C’est l’amour-folie qui caractérise le romantisme, en musique comme en littérature, et même en philosophie : pensons à La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau. Mais le Hollandais se croit trahi lorsqu’il surprend une conversation ambiguë entre Senta et son ancien fiancé, Erik, qui lui offre, pour sa part, un amour normal, sans exaltation pseudo-mystique.

Le fantôme reprend la mer, déçu par l’inconstance des femmes. Mais Senta se rachète par un « suicide passionnel ». Elle se précipite dans l’océan. Le Hollandais est délivré. Il peut désormais mourir, au lieu de souffrir. Les deux amants seront unis pour l’éternité, dans l’Au-delà. 

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