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« Trahison » : Le chemin synodal allemand est furieux du blocage de quelques évêques au document sur la modification de l’enseignement de l’Église


Le cardinal Reinhard Marx.

Par Maike Hickson — Traduit par Campagne Québec-Vie — Photo : Rudolf Gehrig/CNA Deutsch

9 septembre 2022, Francfort-sur-le-Main, Allemagne (LifeSiteNews) — Après un revers, les progressistes qui dominent la Voie synodale allemande sont choqués, parlent de « désastre » et de « trahison », et déplorent que certains évêques soient des « bloqueurs secrets » qui « ne disent pas ouvertement ce qu’ils pensent ».

Hier, en la fête de la Nativité de la Vierge, le monde catholique tout entier a été surpris lorsqu’au cours de la quatrième assemblée de la Voie synodale, 21 évêques allemands ont voté à bulletin secret contre un document visant à modifier l’enseignement moral de l’Église sur l’homosexualité, la contraception et l’identité de genre. 31 des 60 évêques présents ont approuvé ce document, tandis que 21 ont voté contre. D’autres se sont abstenus. Le document avait besoin du vote des deux tiers des évêques pour être adopté, et la minorité a donc pu le bloquer en tant que document officiel de la voie synodale allemande.

Le cardinal Reinhard Marx, ancien chef des évêques allemands et membre du Conseil des cardinaux du pape, s’est dit « très déçu » par le résultat du vote.

La Voie synodale allemande, une association de laïcs et d’évêques, a été lancé en 2019 sous la direction du cardinal Marx, alors à la tête de la Conférence épiscopale allemande. Son successeur à ce poste, Georg Bätzing, a été choqué par le vote d’hier, mais a insisté pour que le texte soit tout de même envoyé à Rome lors de la prochaine visite ad limina des évêques allemands avec le pape et soumis au prochain Synode sur la synodalité à Rome. Surtout, il a annoncé que, dorénavant, le vote se fera à main levée, ce qui signifie que tout évêque qui souhaite défendre la doctrine traditionnelle de l’Église sera mis sous pression publique.

Quatre-vingts pour cent de l’ensemble des participants à l’assemblée synodale ont voté en faveur du texte révolutionnaire qui approuvait l’homosexualité, la contraception et l’affirmation selon laquelle les gens peuvent avoir une identité binaire. Depuis le début, l’aile conservatrice de l’Église catholique en Allemagne a été intimidée, ce qui est devenu évident après le vote de celle-ci, hier, contre le document de libéralisation de la sexualité. Le site web du chemin synodal allemand a publié de nombreux commentaires de participants à l’assemblée exprimant leur indignation face à la résistance d’un tiers des évêques allemands qui sont restés fidèles aux enseignements de l’Église.

En ce qui concerne le document, leur fidélité a été vaine. Comme les dirigeants des évêques allemands souhaitent poursuivre leur « chemin de destruction » (selon les termes de l’évêque Rudolf Voderholzer), ils ont décidé d’utiliser quand même le texte synodal rejeté et de l’envoyer à Rome.

Ce geste a été remarqué par Peter Winnemöller, un journaliste catholique allemand, qui a écrit sur Twitter : « L’ordre du jour a été fixé depuis longtemps et le spectacle synodal n’est que de la poudre aux yeux. Il n’importe plus de savoir qui vote et comment. »

La voie synodale allemande fait depuis longtemps scandale dans l’Église catholique, 70 évêques l’ayant rejetée en public et des conférences épiscopales entières ayant élevé la voix en signe d’alarme. Les laïcs sont également concernés. Irme Stetter-Karp, la vice-présidente de la Voie synodale, a récemment été réprimandée par des laïcs catholiques allemands pour avoir approuvé l’avortement et pour avoir demandé « que l’intervention médicale de l’avortement soit rendue possible de manière générale ».

Les documents de travail hétérodoxes de la Voie synodale — qui comprenaient l’approbation de bénédictions pour les couples homosexuels -- ont provoqué deux déclarations du Vatican, l’une rejetant la bénédiction des couples homosexuels, l’autre stipulant que la Voie synodale « n’est pas autorisée à obliger les évêques et les fidèles à adopter de nouvelles formes de gouvernance et de nouvelles orientations de doctrine et de morale ».

Ce sont peut-être ces déclarations qui ont encouragé les quelques évêques fidèles d’Allemagne à voter contre la proposition visant à modifier l’enseignement moral de l’Église. Dans le même temps, cependant, le pape François lui-même encourage de telles voies synodales dans le monde, ayant lui-même lancé un « Synode sur la synodalité » qui doit avoir lieu en 2023 et qui a déjà provoqué davantage de déclarations hétérodoxes de la part d’évêques du monde entier. C’est pourquoi l’évêque Georg Bätzing a soutenu, avant la réunion de la voie synodale du 8 au 10 septembre à Francfort, que ce processus est voulu par le pape et que les résultats de la discussion seront tous réunis lors du synode sur la synodalité en 2023.

LifeSite a contacté deux journalistes catholiques allemands, Petra Lorleberg et Mathias von Gersdorff, ainsi qu’un prêtre catholique allemand pour obtenir des commentaires sur l’événement-surprise d’hier à l’assemblée de la Voie Synodale.

Petra Lorleberg est rédactrice en chef du journal en ligne catholique allemand « kath.net », théologienne et auteur. Dans sa déclaration, elle a remercié les 21 évêques fidèles :

Vingt et un évêques ont déclaré leur foi dans la doctrine catholique, même s’ils savent qu’ils seront confrontés à la fureur non seulement de la grande presse, mais aussi de tous les catholiques dissidents qui ont non seulement abandonné la fidélité à la doctrine chrétienne, mais aussi, dans leur majorité, ne croient plus en Jésus-Christ, Homme et Dieu, Sauveur et Rédempteur. Il y a également eu trois abstentions. D’autres évêques ont apparemment simplement refusé de voter afin d’échapper à l’agitation prévisible contre eux, [mais] ceux-ci ont également contribué au fait que la majorité requise des deux tiers n’a pas été atteinte. MERCI à tous les évêques qui ont trouvé le courage de rester fidèles à leurs vœux de consécration. Aux 31 évêques qui ont donné leur « oui » au document d’orientation, ma question est la suivante : pourquoi les catholiques fidèles devraient-ils suivre des bergers infidèles ?

Mathias von Gersdorff est un auteur et un militant pro-vie. Il note à la fois que le rejet du document était « inattendu pour beaucoup » et que les progressistes cherchent à le contourner en proposant de supprimer l’unité de l’Église.

Le rejet du document fondateur, qui envisage une nouvelle moralité sexuelle ultralibérale, une nouvelle image du mariage et de la famille, et introduit l’idéologie du genre dans le Magistère, a suscité l’indignation et la colère des partisans. Apparemment, le rejet était inattendu pour beaucoup. Cependant, certains ont pu se douter qu’on en arriverait là et craindre une agitation et un effondrement de l’assemblée synodale. Depuis l’assemblée synodale de février 2022, les critiques à l’encontre de la voie synodale se font de plus en plus vives et le débat public de plus en plus irrité. Il est probable que cet état de fait a amené pas mal d’évêques auxiliaires à réfléchir.

Une chose, cependant, est particulièrement frappante : lors de la conférence de presse du lendemain, Mgr Georg Bätzing, président de la Conférence épiscopale allemande, a rapidement évoqué l’idée d’une Église avec « différentes images et vitesses d’Église ». Concrètement : chaque évêque devrait décider lui-même de la manière de traiter les textes rejetés. Cela conduit à une destruction de l’unité de l’Église et à la formation d’Églises nationales au niveau diocésain.

Le père Karl-Heinz Bökelmann, un prêtre de paroisse, a déclaré à LifeSiteNews qu’il était surpris que le document n’ait pas obtenu les votes nécessaires, en particulier compte tenu des tentatives d’intimidation des « opposants éventuels » pour qu’ils l’approuvent.

Je ne m’attendais pas à cela. Après les nombreuses déclarations favorables de divers évêques, la direction prise par le voyage est devenue claire : un vote clair pour le texte et tous les autres ! Je me demande seulement quels sont les évêques vraiment catholiques qui restent.

Aujourd’hui, les partisans du projet se retrouvent dans la panade. Ils avaient habilement tenté d’intimider, voire de réduire au silence les éventuels opposants. Certains évêques, comme Voderholzer, ne devaient pas avoir le droit de s’exprimer du tout. Les autres opposants se sont donc tus et ont simplement voté « non ». Le cardinal Wölki n’a pas non plus dit un mot hier.

Les « déçus » actuels sont victimes de leur propre machination. Espérons que les prochains votes se dérouleront également de cette manière. Je crains cependant que les laïcs et les évêques vaincus ne suivent leur propre chemin allemand dans leurs diocèses.

Mise à jour : Après la publication de cet article, le directeur d’école et publiciste allemand Michael Hageböck a également donné son avis sur le vote, affirmant qu’il s’agit d’une « lueur d’espoir pour l’Église catholique en Allemagne ». Il accuse le système d’impôt ecclésiastique « mis en place par Hitler » d’être propice aux « collaborateurs destructeurs de la foi » en Allemagne et de faire chanter l’Église dans le monde entier :

Le rejet du texte fondateur sur la moralité sexuelle lors de la quatrième assemblée plénière de la Voie synodale en Allemagne par une minorité bloquante d’évêques est une lueur d’espoir pour l’Église catholique en Allemagne, qui souffre du système d’impôt ecclésiastique installé par Hitler en 1935, car il finance un appareil de collaborateurs destructeurs de la foi dans son propre pays et fait chanter l’Église dans le monde entier grâce à la richesse générée par l’État allemand. Au cours des dernières décennies, des évêques courageux du monde germanophone ont été détruits à maintes reprises dès qu’ils défiaient individuellement le courant médiatique dominant.

Maintenant, pour la première fois en 50 ans, plusieurs évêques ensemble (29 sur 60) ont rejeté l’esprit du temps. Cela a empêché le schisme, déjà latent selon le professeur de dogmatique de Fribourg, M. Striet, de se manifester par un document officiel. En tant que catholique qui souffre du fait que dans sa patrie, toute sa vie, on s’est opposé au Magistère romain, je demande aux frères et sœurs à l’étranger de prier et de jeûner pour que l’Allemagne, autrefois le cœur du Sacrum Imperium et donc la protection séculaire de la chrétienté occidentale, se convertisse, que ses évêques défient la pression publique, s’unissent derrière le Magistère et contribuent ainsi à un renouveau de la foi.



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