
Jean-François Roberge.
Billet de blogue d’Augustin Hamilton (Campagne Québec-Vie) — Photo : capture d'écran vidéo/La Presse
Le ministre responsable de la Laïcité, Jean-François Roberge, a déposé aujourd’hui à l’Assemblée nationale le projet de loi 9, intitulé : Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec. Ce projet de loi comprend la clause dérogatoire le protégeant de toute poursuite faisant appel à la Charte canadienne des droits et libertés, rapporte La Presse.
Le projet de loi étend l’interdiction du port de signe religieux au personnel des établissements éducatifs privés et subventionnés comme les garderies ou les écoles. Les institutions publiques ou subventionnées ne pourront plus avoir de lieux de prière, à part les lieux de vie comme les CHSLD. Les établissements publics ou subventionnés ne pourront plus offrir de repas conformément à un précepte religieux.
En ce qui concerne les écoles privées, l’agrément (les subventions) ne sera plus accordé « à un établissement d’enseignement dont la prestation de services éducatifs prévus au régime pédagogique durant les heures d’activités qui y sont consacrées est fondée sur des normes ou des préceptes religieux, sur la transmission de convictions ou de croyances religieuses ou sur la pratique religieuse, ni à un établissement qui sélectionne ses élèves ou les membres de personnel en raison de critères religieux ».
Il étend également l’interdiction de la pratique religieuse à plusieurs institutions sous autorité gouvernementale, dont le Centre des congrès de Québec, à quelques exceptions près, notamment si « la pratique religieuse ne constitue pas l’usage prédominant de l’immeuble ». On comprendra que la poursuite de Harvest Ministries International contre le Centre des congrès et contre le gouvernement pour l’annulation de leur événement religieux risque de tomber à l’eau.
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Le projet de loi 9 entend également interdire la pratique religieuse sur la place publique, sauf exception, confiant aux municipalités le pouvoir de l’autoriser si l’événement « ne compromet pas la sécurité des personnes, est de courte durée, est accessible à tous et n’entrave pas indûment l’accès à toute personne au domaine public ».
« Exceptionnel » ? Cela signifie qu’il faudra demander à la municipalité à chaque fois la permission de tenir l’événement s’il contient un élément religieux. « Court » ? Quid de la Marche du Pardon le Vendredi saint qui dure plusieurs heures ? Et des pèlerinages comme le pèlerinage Notre-Dame du Canada qui traversent plusieurs municipalités ? Et que dire des congrès eucharistiques ? Et, ça nous concerne directement, qu’en sera-t-il des événements ou des manifestations pro-vie qui contiennent un élément de prière comme les 40 Jours, la Chaîne de la Vie ou la Vigile 365 ? Je vois très bien les autorités municipales ne pas nous donner de permission pour la seule raison qu’elles n’aimeraient pas l’activisme pro-vie.
Non content que l’État soit « laïc » ou « neutre » en matière religieuse, le gouvernement du Québec impose la laïcité ou l’absence de religion à la société. L’absence du religieux, c’est aussi l’absence du divin, aussi, le laïcisme est en pratique de l’athéisme de fait.
On voit là une progression inquiétante de cet athéisme d’État : d’abord la Loi 21 qui interdit les signes religieux dans les institutions publiques, ensuite, le rapport Pelchat-Rousseau qui recommande d’étendre la laïcité, puis le projet de loi 1 qui inscrirait la laïcité comme principe fondateur de l’éventuelle constitution du Québec et maintenant le projet de loi 9 qui étend l’interdiction des signes religieux aux établissements éducatifs privés et interdit en général la prière en public.
L’un des prétextes que le gouvernement avait invoqués pour amorcer ce projet, il y a quelques mois, était que des musulmans tenaient régulièrement des prières de rue islamiques, notamment devant la Basilique Notre-Dame de Montréal. Non seulement on peut se demander si les autorités n’avaient pas déjà les moyens d’interdire ces manifestations, mais en quoi les processions catholiques (par exemple) devraient faire l’objet de la partialité des municipalités, qui cela dérangeait-il, à part quelques laïcards enragés, qui semblent être à l’origine du projet de loi 9 ? Si les manifestations de prières islamiques sont le problème, pourquoi ne pas interdire les prières islamiques en tant que telles ? Certes, ça irait contre la Charte des droits et libertés, mais le présent projet de loi ne contient-il pas la clause qui y déroge ? Par ailleurs, la « pratique culturelle des Premières Nations et des Inuits » fait l’objet d’exceptions dont ne bénéficient pas les autres religions. Si même dans cette loi qui étend la laïcité il y a des exceptions pour un groupe particulier, pourquoi donc ne pas faire une exception pour les « pratiques culturelles » chrétiennes qui nous caractérisent depuis la fondation de la Nouvelle-France ?
Le fait est que le libéralisme, qui sous-tend le principe de laïcité, veut que toutes les religions soient traitées de la même façon, refusant par principe pour ce faire d’en juger la valeur et, par conséquent, aveugle celui qui en suit les principes.