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Qu'est la société humaine sans le Christ ?

Par Edward Pentin (National Catholic Register) ― traduit par Campagne Québec-Vie — Photo : Wikimedia Commons

Rome ― Les dangers et les conséquences dévastatrices de l’édification de nations et de sociétés humaines sans le Christ comme fondement ont été discutés lors d’une conférence de deux jours qui s’est tenue à Rome dans la semaine du 12 au 18 mai.

Le Rome Life Forum (Forum de Rome sur la Vie), un événement annuel du mouvement pro-vie international, avait pour thème « City of God vs. City of Man — Global One World Order vs. Christendom. » (Cité de Dieu contre Cité de l’Homme ― l’ordre mondial global contre la chrétienté).

La rencontre des 16 et 17 mai, qui s’est tenue à l’Université pontificale Saint-Thomas d’Aquin, a culminé avec la Marche pour la vie dans les rues de Rome le 18 mai.

Dans son discours, le Cardinal Willem Eijk, archevêque d’Utrecht, aux Pays-Bas, a mis l’accent sur la théorie du genre avertissant que celle-ci oppose l’humanité à la foi chrétienne.

Cardinal Willem Jacobus Eijk.

Il a expliqué comment le féminisme radical et l’« hyperindividualisme », qui ont commencé dans les années 1960, ont conduit les individus à ne pas accepter les rôles sociaux et biologiques liés au sexe qui étaient autrefois acceptés.

Les médias et la publicité ont exacerbé cette tendance, et aujourd’hui, l’« égalité des sexes » est promue dans le monde entier, ce qui mène à une plus large acceptation de la chirurgie de modification du genre et d’autres conséquences néfastes. Le cardinal Eijk a noté que ceci est « particulièrement dominant dans le monde anglophone ».

Le cardinal néerlandais s’est référé à l’enseignement du Pape Jean-Paul II sur la complémentarité des sexes comme remède contre le féminisme radical et la théorie du genre.

En ce qui concerne la façon dont la théorie « contredit radicalement » l’enseignement de l’Église, le cardinal Eijk a déclaré que la séparation des relations sexuelles et de la procréation a conduit à la promotion de l’avortement légalisé et à l’affaiblissement des rôles et des relations dans la famille, tant au niveau parental que conjugal, et entre parents et enfants. La séparation du genre et du sexe biologique « endommage » l’analogie entre le Christ et son Épouse, l’Église, disait-il, et rend « immatériel » le fait qu’un « prêtre soit homme ou femme ».

Montrer les erreurs de la théorie du genre « est de la plus haute urgence », a-t-il conclu, parce que « non seulement la morale sexuelle mais aussi la proclamation de la foi chrétienne en elle-même est en jeu ».

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« La vertu du patriotisme »

Le Cardinal Raymond Burke, patron de l’Ordre souverain de Malte, a fait l’éloge de la « vertu du patriotisme » à une époque où diverses entités croient que le « seul moyen d’atteindre le bien commun » est par un gouvernement unique.


Cardinal Raymond Leo Burke.

Ses commentaires arrivent également à un moment de l’histoire où le nationalisme s’accroît, en contraste avec les appels de plus en plus nombreux, dont de la part du pape François, en faveur d’une autorité supranationale pour traiter de questions telles que le changement climatique et pour faire respecter les objectifs des Nations unies.

La vertu du patriotisme, exposait le cardinal, reflète le quatrième commandement d’honorer son père et sa mère et aide le mariage à s’épanouir ; et, citant saint Thomas d’Aquin, il a affirmé que le patriotisme n’est pas un péché mais une « exigence de la nature elle-même ». Il a expliqué qu’il s’agit d’un précepte de la loi naturelle et d’une « reconnaissance du bon ordre » que Dieu a placée dans la société civile.

Mais il a fait observer que « beaucoup de gouvernements » aujourd’hui négligent de « reconnaître que leur autorité vient de Dieu », et produisent par conséquent des lois qui violent « gravement » la loi morale. Faisant référence au Catéchisme, il a montré comment cela peut conduire à un État totalitaire, la plupart des États aujourd’hui étant « totalement laïques ».

« L’autorité divine, en accord avec l’ordre écrit dans le cœur humain, ne fait pas d’un gouvernement mondial unique un gouvernement juste et légitime », a affirmé le cardinal Burke. « En fait, la loi divine illumine nos esprits et nos cœurs pour voir qu’un tel gouvernement serait, par définition, totalitaire, assumant l’autorité divine dans la gouvernance du monde. »

Il a expliqué que « l’orgueil pécheur » inspirait la poursuite d’un tel gouvernement mondial unique et l’a assimilée à la construction de la Tour de Babel. « Au contraire, Dieu nous rencontre et ordonne notre vie pour le bien dans la famille et dans la patrie », précisait-il.

Répondant aux questions de l’auditoire, le cardinal Burke a fait référence à un « excellent livre » du professeur Anthony Esolen, aujourd’hui professeur et écrivain en résidence au Northeast Catholic College à Warner, au New Hampshire, appelé Nostalgia : Going Home to a Homeless World (Nostalgie : retourner à la maison dans un monde sans demeure), dans lequel Esolen souligna comment les jeunes d’aujourd’hui « élevés sans aucun sens de leur identité nationale ou de leur identité en rapport avec leur patrie sont complètement désorientés par rapport à la vie morale et en général ». C’est « humainement très dévastateur », a dit le cardinal Burke.

L’exemple d’Humanae Vitae

Le cardinal Walter Brandmüller, président émérite du Comité pontifical pour les sciences historiques, a souligné la lutte pour l’acceptation de la contraception et l’encyclique Humanae Vitae du Pape Paul VI de 1968 comme un exemple de la Cité de l’homme contre la Cité de Dieu.

Il a rappelé comment le vote de la Conférence anglicane de Lambeth de 1930 en faveur de la contraception a brisé une « barrière » qui a conduit d’autres églises protestantes à suivre son exemple. « Étonnamment », étant donné son apparente animosité envers l’enseignement de l’Église aujourd’hui, à l’époque le Washington Post, révélait-il, s’était joint aux protestations contre la décision de la Conférence de Lambeth et en avait prévu ses conséquences.

Dans un éditorial de 1931, le journal écrivait que l’effet du vote, s’il était « porté à sa conclusion logique », « sonnerait la mort du mariage en tant qu’institution sainte en établissant des pratiques dégradantes qui encourageraient une aveugle immoralité ». Ajoutant également que la suggestion de légaliser les contraceptifs « de manière “prudente et modérée” était absurde ».

Aujourd’hui, disait le cardinal Brandmüller, « nous sommes confrontés aux résultats d’un processus d’érosion » qui a commencé en 1930 et « nous a conduit à la monstruosité de ce que l’on appelle aujourd’hui la médecine procréative, par laquelle l’homme s’est assis sur le trône du Créateur ».

En contraste, Humanae Vitae, expliquait-il, est « un exemple extraordinaire » de la transmission de la doctrine de l’Église, et « c’est le Saint-Esprit qui assure que la foi de l’Église se développe au cours du temps », comme le formulait Vincent de Lérins et l’a précisé le bienheureux John Henry Newman.

« Aujourd’hui, nous espérons un accueil renouvelé, une adoption et une transmission plus profonde du vrai enseignement prophétique de Paul VI de nos jours », a-t-il conclu.

La famille comme « trésor spirituel »

Dans son discours, le cardinal Jānis Pujats, archevêque émérite de Riga, en Lettonie, a souligné l’importance de la famille en tant que « dépositaire d’un trésor spirituel » qui doit être préservé d’être « détruite et pillée par le grand voleur que nous savons être Satan ».

Le « grand voleur », a-t-il ajouté, est à l’œuvre aujourd’hui, par exemple sous la forme de l’avortement, de la légalisation du « mariage » homosexuel dans les États, les uns après les autres, et de l’acceptation de la cohabitation.

Mais il a dit que l’idéal d’une Union européenne « enracinée dans les valeurs chrétiennes » ne devrait pas être abandonné, car « croire et suivre les commandements de Dieu » est un « mode de vie et de comportement normal en ce monde » et « doit être respecté et garanti par le système éducatif de chaque État ».

Dans ce contexte, et à une époque où beaucoup sont asservis par le vice, il souligne l’importance du premier commandement de Dieu : aimer Dieu « plus que toute autre chose dans notre vie » et « chercher le plus souvent possible le contact avec Dieu dans la prière ».

Par le biais d’un message vidéo, Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana, au Kazakhstan, a souligné qu’une cité ou une communauté sans Dieu est une institution de « désespoir » et a rappelé que Satan a été le premier à tenter de créer cela. Elle conduit à une « tyrannie de l’égoïsme, du narcissisme » et à une société « de la loi de la jungle, à une société de la cruauté ».


À l'écran, Mgr Athanasius Schneider.

La cité de l’homme, assurait-il, est enracinée dans le « totalitarisme » et ne tolérera pas le règne du Christ Roi. Les ennemis de Dieu, souligna-t-il, essaient de « prendre possession » de tous les moyens en leur pouvoir, tels que les médias, la science et les arts, « pour répandre le dédain des choses sacrées » dans le but de « détruire l’homme ».

Il a ajouté que lorsque l’ordre fondamental de Dieu est attaqué, « des fissures inquiétantes apparaissent dans la structure... les valeurs deviennent floues et incertaines », entraînant des politiques décidées « selon la mode dominante, sur des facteurs purement externes, et souvent même avec un instinct aveugle ».

D’autre part, dit-il, « la vraie liberté, la vraie humanité, le vrai progrès social » ne sont garantis que « lorsque la volonté de Dieu le Créateur dans ses commandements et la volonté de Dieu dans sa révélation en Christ sont acceptées et observées, et lorsque la royauté du Christ sur la société humaine est reconnue ».

Citant saint Augustin, il a dit que « l’union avec la volonté de Dieu est le centre de la Cité de Dieu, et qu’elle sera accomplie dans l’éternité ».

Autres remarques

Dans d’autres discours, Steven Mosher, de l’Institut de recherche sur la population, a exposé ses réflexions sur l’aggravation de la situation des fidèles en Chine.

Le récent accord Chine-Vatican, encore secret, signé en septembre dernier, était censé assurer une certaine protection à l’Église en Chine, mais « a plutôt eu un effet inverse », expliquait-il. De « nouvelles restrictions sévères » à l’encontre de tous les croyants en Chine ont commencé avant l’accord, notamment depuis février de l’année dernière, mais Beijing a utilisé l’accord comme « une excuse pour limiter, et non étendre, la liberté religieuse des catholiques ».

Les efforts se sont intensifiés, a-t-il dit, et le gouvernement semble déterminé à chasser toutes les religions de la vie publique. « Les églises et les sanctuaires qui existent depuis des siècles sont en train d’être réduits en ruines », a-t-il fait remarquer, ajoutant que le but est de « laver le cerveau de chacun pour qu’ils croient seulement au leader communiste Xi [Xinping] et à son parti, rejetant Dieu et son Église ». Le communisme a « toujours été une idéologie totalitaire », lança-t-il, cherchant à contrôler les pensées aussi bien que les actes, et ce dernier le fait maintenant par les médias numériques, entre autres moyens.

Anthony Murphy, rédacteur en chef de Catholic Voice, a fait le bilan de la Cité de Dieu en Irlande et a noté que la « grande catastrophe » du pays, qui a récemment voté en faveur de la légalisation de l’avortement et du « mariage » homosexuel, « a atteint son sommet » et « balaye tout devant elle ».

« Nous devons une fois de plus mettre l’accent sur la perspective divine, d’abord dans toutes nos actions et nos déclarations publiques, si nous voulons chasser nos ennemis de la Cité de Dieu qu’est l’Irlande », a-t-il dit. « L’échec n’est pas une option, mais nous continuerons à échouer tant que nous ne remettons pas le Christ et Notre Mère à leur place légitime, à la tête de nos organisations catholiques. Nous devons aussi encourager notre clergé à faire de même. »

Le professeur Roberto De Mattei, président de la Lepanto Foundation, a rappelé comment un processus de « révolution » commençant par la Réforme protestante a déclenché une série de révolutions et contre-révolutions ultérieures — une histoire de la lutte entre la Cité de Dieu et la Cité des hommes.

Le processus de révolution, discourait-il, est « satanique par essence » et constitue un voyage « vers le néant » et le « chaos mondial ». Satan, faisait-il remarquer, « préfère conquérir les hommes d’Église plutôt que les laïcs et, parmi les hommes d’Église, ceux qui ont la vocation la plus élevée : perdre une âme pure et généreuse, perdre un saint, perdre un évêque, perdre un pape : ce sont les plus grandes conquêtes de Satan. »

Mais il a conclu en exhortant les fidèles à l’espérance et à la confiance dans le Seigneur, qui « anime notre lutte dans le combat sur la terre, qui est agréable au ciel ».

Parmi les autres intervenants figurait le professeur Alan Fimister, professeur adjoint au séminaire St. John Vianney de Denver, dont le discours, riche en références historiques, a rappelé aux participants « l’inimitié éternelle entre le monde et l’Église », dont « les motivations et les intentions fondamentales restent totalement opposées ».

Le père dominicain Kevin O’Reilly, professeur de théologie à l’Université pontificale Saint-Thomas d’Aquin, a souligné que la culture moderne est marquée par « un retrait de la croix du Christ », conduisant à la « culture de la mort », qui est « alimentée par une subversion des penchants naturels ».

Il s’est concentré en particulier sur « l’homosexualisation du sacerdoce », qui, selon lui, « a probablement contribué à l’avancement de la culture de mort dans le monde occidental » et est sans doute « au cœur du malaise qui a enveloppé la civilisation occidentale ». L’homosexualisation du sacerdoce, a-t-il ajouté, a conduit à ne pas « communiquer l’enseignement moral de l’Église dans toute sa spécificité ».

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