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Petit éloge funèbre à Sœur Marie-Claude Bouffard, ex-présidente de Pro-Vie Québec


Sœur Marie-Claude Bouffard.

Par Stefan Jetchick (jesus-eucharistie.org)

Je n’ai jamais écrit d’éloge funèbre de ma vie, j’ai la mémoire d’un poisson rouge, et en plus mes émotions obscurcissent ma raison dès que j’essaie d’aborder ce sujet. Néanmoins, je vais tenter de parler un peu de ma bien-aimée, pour conserver au moins quelques souvenirs d’elle.

D’emblée, je m’excuse auprès de toutes les personnes qui ont un quelconque rapport à Marie-Claude. Votre rôle dans sa vie a sûrement été plus important que ce que je vais dire ici ! De plus, je ne pourrai jamais suffisamment remercier tous ceux qui ont fait des sacrifices pour essayer d’aider Marie-Claude durant sa terrible maladie : toute sa famille, Manon L., Richard B., Père F., abbé H., Bernard W., Lorraine G., Françoise G., Ilène T., Lynn P., Daniel D., Andrée-Anne C., Julie I., Anne-Marie T., Jacques L., Lucie L., Frère P.-J., Suzie H., Suzanne L., Ginette M., etc., etc.

J’ai vu Sœur Marie-Claude pour la première fois quand j’avais environ 25 ans. J’étais brancardier au CHUL (Centre Hospitalier de l’Université Laval). Je poussais une jeune bonne sœur (elle portait son voile) en fauteuil roulant. La technicienne l’avait accueillie avec un beau sourire et « Bonjour Madame ». Moi j’avais dit : « Il faut dire Ma Sœur, pas Madame ». La technicienne avait rétorqué : « Madame ! », et moi j’avais insisté encore : « Ma Sœur ! » Si ma mémoire est bonne, elle avait apprécié que je la défende un peu. Quelques semaines plus tard je l’avais revue à l’hôpital. Je me souviens lui avoir demandé : « Si vous deviez choisir entre Marie-Paule Giguère et le Pape, qui choisiriez-vous ? » Elle avait répondu : « Le Pape ! », mais l’autre bonne sœur avec elle avait répondu : « Marie-Paule Giguère ! » Je me souviens avoir apprécié la réponse de Marie-Claude. De nombreuses années plus tard, elle m’a dit que ma rencontre l’avait marquée, et qu’elle n’avait jamais cessé de prier pour moi.

Ensuite, je l’ai perdue de vue pour de longues années. Elle m’avait abonné au journal officiel de l’Armée de Marie, probablement parce que c’était la seule chose qu’elle pouvait faire, en tant que religieuse (surtout dans une secte !) pour essayer d’être gentille avec moi et de rester en contact. Moi j’avais été dégoûté par l’Armée de Marie, alors cela m’avait éloigné.

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Vers 2004, peu de temps après l’avoir démarré, j’essayais de publiciser mon site web, alors je cherchais des gens à qui l’envoyer pour le faire connaître. Avec Google, j’ai retrouvé Marie-Claude, et nous avons commencé à nous échanger des courriels et nous appeler. Une des premières choses que je lui ai dites, c’était que j’avais fait mes vœux (privés). Donc nous étions tous les deux « déjà pris », et notre amitié est toujours restée pure, Dieu soit loué ! Nous avions commencé à collaborer sur des projets d’apostolat. Elle corrigeait des coquilles dans ma numérisation de Thonnard, me grondait doucement quand j’étais méchant ou vulgaire sur mon site web, et moi j’essayais de l’aider avec ses cours de catéchèse.

Je me souviens qu’elle est venue me rendre visite chez moi au moins deux fois. La photo en haut de cette page a été prise durant une de ces visites, je pense en 2006. Elle avait toujours la même apparence, et dans ma tête, elle est toujours restée une vraie de vraie « bonne sœur », comme il ne s’en faisait plus au Québec. Je suis allé lui rendre visite assez souvent à son couvent, sur la rue du Mont Thabor, en gros devant l’hôpital de l’Enfant-Jésus, où de nombreuses années plus tard elle serait diagnostiquée avec sa terrible maladie. Pendant quatre années, j’ai tout fait pour tenter de la convaincre de quitter sa secte religieuse, afin de revenir dans l’Église catholique. Elle a hésité et tergiversé pendant tout ce temps, malgré mes meilleurs efforts. Finalement, et je n’ai jamais trop su ce qui s’était passé, mais je pense que Marie-Paule Giguère lui a envoyé une lettre de bêtises qui la dénonçait et qui l’accusait (je n’ai jamais vu cette lettre, et Marie-Claude ne m’en a parlé qu’une fois). Marie-Claude est sortie, sur-le-champ.

Mes souvenirs sont vagues, mais je pense que c’était le 11 mars 2008. Ayant pris le voile religieux à Lisieux à vingt-quatre ans, elle s’est retrouvée à quarante-neuf ans le derrière sur la paille, sans argent ou presque, sans meubles, sans vêtements, sans emploi. Heureusement sa famille l’a accueillie sur la rue Lafayette, dans le bas de la ville. Elle avait une toute petite chambre, et les trois chats du propriétaire venaient mordiller et briser le peu d’objets qui lui appartenaient. J’allais la voir le plus souvent possible, mais c’était loin.

Comme tous les membres de l’Armée de Marie avaient été excommuniés par le Cardinal Ouellet, Marie-Claude a dû suivre le processus canonique pour être « dé-excommuniée ». Je n’étais pas présent, mais elle a signé la Profession de Foi qu’il fallait signer, avec un des prêtres assignés pour cela, à l’église Très-Saint-Sacrement.

Elle avait loué un minuscule espace pour son atelier de couture, dans le quartier industriel. Tout dans ce bâtiment était sale et huileux, et elle essayait de gagner quelques sous en faisant de la couture de vêtements liturgiques blancs et délicats. J’allais souvent la voir là-bas aussi. Sa famille lui prêtait une vieille voiture peu fiable, dont les essuie-glaces et les phares arrêtaient à intervalles imprévisibles, et une fois la voiture est tombée en panne en plein milieu de la côte St-Sacrement. Je me suis fâché et nous avons acheté ensemble une auto flambant neuve (j’ai payé les deux tiers, elle le reste). C’était une « édition spéciale », pour le 400e anniversaire de la ville de Québec. Nous avions visité à peu près tous les concessionnaires du coin, et moi je voulais une sous-compacte Honda à transmission manuelle et hayon arrière (très économique et pratique). Elle a choisi une Mazda, automatique, sans hayon arrière, et plus grande que sous-compacte. Pourquoi ? À cause de sa belle couleur bleue ! Je me suis aperçu rapidement que nous n’attachions pas la même importance aux couleurs !

Comme je me plaignais qu’elle nous coûtait cher, et menacé de la vendre, elle me l’avait achetée pour 1 $. Il y avait une pièce de 1 $ collée sur le tableau de bord, celle qu’elle m’avait donnée pour me payer la voiture en revenant du bureau de l’immatriculation. Quand je commençais à me plaindre, elle appuyait sur le 1 $ comme sur un bouton, et je me taisais immédiatement, comme si le bouton me coupait la parole. Cela faisait bien rire les passagers quand nous leur expliquions l’histoire. Cette voiture l’a bien servi. À cause de ses nombreux problèmes de santé, Marie-Claude ne pouvait pas vraiment marcher ou faire du vélo, ou du moins pas pour des distances autres que très courtes. La voiture était son fauteuil roulant.

Au début, Marie-Claude essayait de gagner sa vie seulement avec la couture de vêtements liturgiques pour la Procure ecclésiastique. Le patron la connaissait depuis longtemps (car déjà à l’Ouvroir Liturgique sur la rue Mont Thabor, Marie-Claude confectionnait beaucoup de beaux vêtements), et il a soutenu Marie-Claude du début à la fin. Marie-Claude partait le matin de la rue Lafayette pour aller à son atelier dans le quartier industriel, ce qui la terrorisait (elle avait peur de conduire seule, surtout à l’heure de pointe). Comme mon salon était inutilisé, je lui ai offert d’y mettre son atelier, ce qu’elle a fait. C’était petit, mais propre, et moins stressant en voiture.

Je pense que c’est très peu de temps après qu’elle a eu sa première entrevue pour son premier emploi : commis au comptoir postal de la pharmacie Champagne au coin de William et Sheppard. Bien sûr, elle a été embauchée ! Le gros désavantage, c’était de se tenir debout de longues heures (ses genoux lui faisaient très mal). Mais elle était dans son élément : elle était le contraire de moi, une vraie bête de scène, née pour le contact avec le public. Tout le monde l’aimait, et j’ai l’impression que de nombreux clients ont acheté beaucoup plus de timbres que nécessaire, à cause de sa gentillesse et de son écoute. Un autre indice qu’elle était bonne à son travail, c’est que quand nous marchions dans les rues de Sillery, tout le monde la reconnaissait et lui disait de beaux bonjours avec de grands sourires ! « Mais, moi ça fait plus de 45 ans que je vis ici, nul ne me salue, et toi tu viens d’arriver dans le quartier », lui disais-je. Cela lui faisait un petit velours !

Je pense que c’est aussi peu de temps après qu’elle a réussi un de ses coups les plus fumants. Le voisin avait un appartement à louer, un beau 7 et demi tranquille, dans les arbres, au deuxième étage. Mais il ne voulait pas être dérangé, alors l’appartement était vide depuis deux ans ! Marie-Claude lui a demandé, et moi pour une rare fois j’ai prié pour un avantage matériel (d’habitude j’essaie de prier seulement pour des choses spirituelles, comme un vrai évêque à Québec). Quelques jours plus tard, Raymond lui offrait l’appartement. Cela allait être le début d’une de ses plus belles périodes. Elle aimait beaucoup son appartement, et son propriétaire aimait beaucoup son silence (il n’a jamais augmenté son loyer en onze ans...!) Je m’en veux de ne pas avoir de photos d’elle dans son chez-soi. Son appartement était le contraire du mien : meublé, décoré avec soin, accueillant, confortable et chaleureux. Elle admirait les arbres, admirait les fleurs, admirait les oiseaux qui gazouillaient, nourrissait et admirait les écureuils, etc. Nombreux sont les témoins qui pourraient décrire les somptueux « repas de princesse » qu’elle organisait pour ses invités dans sa salle à dîner. Elle était très bien chez elle, et rêvait d’acheter la moitié de la maison du propriétaire, pour finir ses jours dans son bel appartement.

Quelques années plus tard, elle a vu une offre d’emploi comme secrétaire à la paroisse St-Thomas-d’Aquin. J’ai dû lui tordre le bras pour qu’elle postule, mais, bien sûr, elle a été embauchée. C’était plus payant, mais elle souffrait beaucoup quand même. Elle travaillait de très longues heures supplémentaires sans être payée, et avait beaucoup de responsabilités. Moi, je n’ai jamais été un grand partisan de cette paroisse, mais c’était à cinq minutes d’auto de chez elle, même pendant l’heure de pointe. Tout le monde était jaloux de son temps de déplacement pour aller travailler ! C’était un emploi qui était adapté à ses habiletés : gestion des finances, gestion des problèmes interpersonnels entre les gens de la paroisse, petits cours de catéchèse aux gens qui venaient programmer des funérailles, offrir le bon exemple d’une chrétienne patiente et charitable envers tous, etc. J’ai essayé à quelques reprises d’aller l’aider, mais moi j’aurais arraché la tête de mon patron après deux jours dans ce zoo. Elle endurait tout, réglait les problèmes, et souriait.

En 2011, je l’avais presque forcée à se présenter aux élections fédérales pour le Parti de l’Héritage chrétien. Dire qu’elle aimait se cacher dans l’ombre ! Même quelques années après être sortie de l’Armée de Marie, elle avait une peur lancinante que l’Armée de Marie allait « frapper un grand coup » contre elle. Elle a fait de gros efforts, ramassant des centaines de signatures pour pouvoir présenter cinq candidats, aidée surtout par Marie-Chantale. Elle avait été se faire prendre en photo au studio, pour sa campagne électorale (il y en a une au bas de cette page, avec son foulard orange).

À peu près dans les mêmes temps, elle est devenue la directrice de la chorale de chant grégorien à St-Zéphirin-de-Stadacona. Moi je montais avec elle au jubé, surtout parce que j’avais peur qu’elle trébuche et déboule les escaliers. Mais j’ai fini par bien aimer chanter dans cette chorale. Chère Marie-Claude, elle travaillait très fort : préparation des programmes de chants, répétitions, direction les dimanches (elle devait se lever très tôt le dimanche, elle qui travaillait déjà fort toute la semaine), etc. C’est moi qui l’ai forcé de quitter son poste de directrice, à cause de ma chicane avec l’abbé Gouy. Un autre sacrifice qu’elle a fait, sans se plaindre.

J’avais aussi abusé de la gentillesse de Marie-Claude en la mettant Présidente de Pro-Vie Québec, un petit organisme qui se consacre à la protection de la vie humaine, de la conception à la mort naturelle. Je n’avais pas prévu que cette frêle femme, littéralement la moitié de ma grosseur, avec un petit Secondaire II comme scolarité, me donnerait une leçon de force héroïque à propos de ce petit bout de phrase : « ... à la mort naturelle ».

Chaîne pour la vie 2018.
Déjà Marie-Claude ne pouvait plus se tenir debout,
mais elle voulait être là pour nous encourager.

Marie-Claude avait toujours eu beaucoup de problèmes de santé. Ostéoporose grave, épilepsie, sarcoïdose, arthrite juvénile (elle avait été hospitalisée pendant un an à l’hôpital Ste-Justine à Montréal, je pense deux ans après sa naissance), genoux détruits par son arthrite, maladie de Crohn, intolérance au lactose, etc. Elle souffrait presque continuellement. Alors quand elle a commencé à se plaindre qu’elle avait de la misère à tenir le tissu avec sa main gauche, quand elle cousait dans son atelier, je n’y ai pas porté attention. « Encore un autre problème de santé », me disais-je. Mais c’étaient les premiers signes de la SLA (Sclérose Latérale Amyotrophique) qui allait la tuer.

Tout est vague dans ma tête, mais je pense que c’était à mon contrat avec les Alcooliques anonymes à New York en 2018 qu’elle s’est cassé la hanche au bureau. En fait, c’était sa SLA qui avait tellement affaibli sa jambe gauche qu’elle s’était enfargée là où il n’y avait rien pour s’enfarger. Quelque temps plus tard, j’ai eu un contrat pour la Dystrophie musculaire, et durant une des conférences ils ont décrit ses symptômes, et parlé de la SLA. Je suis revenu ce soir-là, je l’ai prise dans mes bras, et je suis parti à pleurer. Je lui ai expliqué ce qu’elle avait. Deux mois plus tard, sa neurologue à l’hôpital Enfant-Jésus confirmait.

Sœur Marie-Claude Bouffard, été 2019.

Marie-Claude a bien essayé de continuer à travailler, puis elle a essayé de rester dans son appartement. Toujours elle luttait pour rester belle, bien habillée, bien coiffée (elle était prête à tout pour ses cheveux !), propre, indépendante. Petit à petit, elle perdait le contrôle. Bientôt elle se retrouva en fauteuil roulant. Puis elle arrêta de parler. Puis elle s’étouffait trop souvent avec sa nourriture, alors ils ont posé son tuyau pour qu’elle « mange » directement avec un sac de nourriture branché sur son estomac. Moi, j’essayais de compenser, lui bricolant des mains courantes dans les escaliers et dans la douche, des sièges de toilette plus élevés, une tête de lit avec des poignées pour qu’elle puisse se tourner plus facilement dans son lit, etc. Éventuellement, elle cessa de pouvoir aller à la salle de bains seule.

J’ai essayé de m’en occuper chez moi, mais j’ai été incapable. J’ai « pété un fusible », comme on dit. Heureusement, elle a pu continuer chez elle quelque temps, avec des gentilles madames du CLSC qui venaient deux fois par jour pour sa toilette. Ensuite, elle a déménagé à la Résidence St-Dominique. Pauvre elle. Prisonnière dans son lit, devant attendre les employés pour pouvoir aller à la salle de bain, et souvent obligée de former les nouvelles employées dans l’utilisation de l’espèce de grue qu’il fallait prendre pour l’amener à la salle de bains, tout ça sans parler, juste en tapant à un doigt sur une tablette qui était son seul mode de communication. Même prisonnière de son lit et de son fauteuil roulant électrique, elle continuait d’aider les gens autour d’elle. Elle écoutait et encourageait des employées de St-Dominique, qui venaient se confier à elle, leur racontant des histoires d’horreur dans leur vie personnelle. Ensuite, Marie-Claude m’en glissait quelques mots, probablement parce que c’était lourd à porter seule. Je me souviens de lui avoir dit à un moment donné : « Décidément (malgré toutes les horreurs de ta maladie terrible), tu es la moins mal foutue ici ! » Elle avait fait « Oui » de la tête, lentement, tristement.

Elle a pu aller à la Messe à St-Zéphirin deux ou trois dernières fois, mais cela coûtait très cher de transport adapté. Heureusement, il y avait une chapelle à St-Dominique où elle allait à la Messe aussi souvent que possible.


Marie-Claude et Stefan, St-Dominique, 2020-février-06.

Éventuellement, elle devint un cas trop lourd pour St-Dominique, donc elle a été transférée à l’hôpital Jeffrey-Hale’s, aux soins palliatifs. Le Mouroir, en d’autres mots. J’ai peu de souvenirs agréables de ces dernières semaines. Pauvre Marie-Claude, si coquette, elle avait les cheveux en bataille, les dents cassées, les vêtements d’hôpital laids et tristes, et sa hanche lui faisait toujours souffrir, sans parler de sa salive qui menaçait de l’étouffer à chaque instant. Bien sûr, elle avait soigneusement documenté son refus de l’euthanasie, c’est-à-dire « l’Aide médicale à mourir ». Malgré tous les documents officiels, une médecin est venue lui offrir sournoisement le suicide par injection quelques semaines avant son décès. Quelle bande de suppôts de Satan... Après avoir tout enduré, après avoir presque terminé son « martyre blanc » (non sanglant), après avoir refusé de descendre de la Croix, acceptant toutes ces souffrances et les offrant « pour les âmes » comme elle le disait, Satan faisait un dernier effort pour la précipiter en Enfer. Elle a courageusement refusé. Comme elle me l’avait dit : « Tu ne dois pas demander l’Aide médicale à mourir, mais l’Aide spirituelle à souffrir ! »

Je me souviens, la veille de son décès, je suis resté deux heures avec elle, à lui tenir la main. J’étais incapable de parler, parce que j’aurais éclaté en sanglots si j’avais essayé de parler. Elle essayait de taper quelque chose sur sa tablette, mais elle était incapable de trouver les touches. Je pense qu’elle s’inquiétait pour la situation du Covid-19, parce que c’était la panique générale dans l’hôpital. Une fois Marie-Claude endormie, je suis parti, appuyant de nombreuses fois sur le bouton de sa tablette pour « emmagasiner » de nombreuses prières, en espérant que cette voix électronique la réconforte un peu.

Le lendemain, les restrictions à cause du virus ont empiré, donc nul n’a pu aller la voir. Le soir, Diane l’épouse de son frère François m’a appelé, pour me dire que l’hôpital leur avait dire de venir vite. Nous nous sommes précipités. En arrivant, le temps de mettre tout le gréement de masque, visière, jaquette, gants, etc., ils sont venus nous dire qu’il était trop tard.

Nous avons dit deux « Ave Maria » à son chevet, moi à genoux. Je suis parti presque tout de suite après. Marie-Claude avait mon chapelet dans ses mains (celui qu’on voit dans la photo d’elle à St-Dominique, ci-haut). Comme elle disait son chapelet avec sa tablette électronique (elle l’avait programmé pour dire toutes ses prières), et que ses deux chapelets préférés étaient ceux de « Papa et Maman » (Thérèse et Léandre Bouffard, ses parents qu’elle aimait tant), j’en ai conclu que les employés de l’hôpital lui avaient mis ça entre les mains. C’est ma conjecture, mais même si c’était vrai, cela montre que tout le monde autour d’elle voyait bien que la religion catholique était très importante pour elle.

Deux jours plus tard, j’ai été très chanceux parce que l’abbé H. m’a dit : « Veux-tu qu’on célèbre une Messe de Requiem pour Marie-Claude ? » En pleine psychose collective de la pandémie, les églises fermées, nous avons fait une Messe à deux, lui et moi, pour Marie-Claude. J’ai trouvé ça dur, mais soulageant.

J’ai beaucoup de regrets. J’aurais dû lui dire « Je t’aime » à tous les jours. J’aurais dû la prendre dans mes bras à tous les jours, pendant qu’elle était malade. Je n’aurais jamais dû perdre patience toutes les fois où je lui ai crié des bêtises (elle me faisait tellement enrager parfois !) J’aurais dû enregistrer sa belle voix pendant qu’elle était encore capable de parler. J’aurais dû la kidnapper une semaine avant qu’elle meure, et la ramener dans son appartement qu’elle aimait tant. Elle aurait pu y mourir en paix, entourée de ses êtres chers, et non pas seule, prisonnière dans un hôpital en crise. J’espère qu’elle est au Ciel et qu’elle prie pour moi, pour que j’évite de faire le con et que je puisse mourir en état de grâce et ainsi aller la rejoindre au plus vite.

Un des désaccords fréquents que nous avions était sur la confiance en Dieu. Elle avait une grande confiance en la Providence Divine, et me disait souvent : « CONFIANCE ! », pour m’encourager à faire de même. Moi, mon attitude était plutôt celle de dire à Dieu : Non mais, as-Tu la moindre idée de ce que Tu fais ? C'est le mot qui me reste d'elle, le message qu'elle voulait m'envoyer après sa mort, le message qu'elle savait qui me serait le plus nécessaire:

CONFIANCE!

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