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« Fiducia supplicans » autorise la bénédiction de couples homosexuels, sous conditions

Par Jeanne Smits (reinformation.tv) — Photo : Shutterstock

Pour les médias mainstream, l’affaire est dans le sac. « Le Vatican autorise la bénédiction hors liturgie des couples de même sexe », proclame article après article ; BFMTV ajoute : « Une première. » L’idée que l’Eglise catholique accepte désormais de bénir les paires homosexuelles en tant que telles est dès lors acquise dans les esprits ; d’ailleurs Vatican News dit à peu près la même chose en titrant : « Une déclaration doctrinale ouvre la bénédiction à des couples irréguliers », en précisant dès le premier paragraphe de la dépêche que cela doit se faire hors liturgie : « Fiducia supplicans du dicastère pour la Doctrine de la foi, approuvée par le Pape, offre la possibilité de bénir les couples formés par des personnes de même sexe, en dehors cependant de toute ritualisation et imitation du mariage. La doctrine sur le mariage ne change pas et la bénédiction ne signifie pas l’approbation de l’union. »

La déclaration Fiducia supplicans (« La confiance suppliante du peuple fidèle de Dieu ») souligne, il est vrai, qu’il s’agit d’apporter une réponse pastorale à une « situation de péché ». « Même lorsque la relation avec Dieu est obscurcie par le péché, il est toujours possible de demander une bénédiction, en lui tendant la main, comme l’a fait Pierre dans la tempête », proclame l’un des tout derniers paragraphes de cette longue déclaration signée par le préfet du dicastère, le cardinal Victor Manuel dit « Tucho » Fernandez, récemment amené de Buenos Aires à Rome par le pape François qui ne cache pas sa proximité spirituelle et intellectuelle avec le prélat argentin. Le pape a d’ailleurs signé la déclaration qui lui a été présentée par le cardinal. Avec ses 45 articles et sa publication simultanée en italien, français, anglais, allemand et espagnol, on peut penser que Fiducia supplicans a été mûrement réfléchi ; il s’agit d’ailleurs d’une sorte d’exégèse des Responsa très bavards et passablement alambiqués adressés à deux des cinq cardinaux qui avaient présenté leurs premières questions, notamment au sujet de la possibilité de bénir les couples de même sexe, au mois de juillet.

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Fiducia supplicans : la bénédiction des pécheurs ?

Pourquoi s’en plaindre ? Lorsqu’on s’approche du sacrement de confession, c’est la première chose que l’on dit : « Bénissez-moi, mon père, parce que j’ai péché. » Ce n’est pas le péché qui attire la bénédiction : cette bénédiction est demandée pour obtenir la grâce de se bien confesser, d’accuser ses fautes comme il se doit, et dans une disposition de de repentir et d’amendement de sa vie.

Mais comment prétendre qu’en recommandant aux prêtres de bénir « les couples » en « situation irrégulière » qui le demandent, de manière informelle si l’on veut, cet aspect pénitentiel soit au cœur de leur démarche ? Certes, c’est Dieu qui sonde les reins et les cœurs, mais le propos des couples concernés est clairement de poursuivre leur cohabitation, de s’endurcir dans le péché, de demeurer dans une situation où ils seront tentés de commettre des péchés graves, ces péchés mortels qui privent de la grâce sanctifiante, du salut éternel tant qu’ils ne sont pas confessés et n’ont pas été absous.

On notera que la Déclaration met sur le même plan les « couples en situation irrégulière », expression qui désigne traditionnellement les couples constitués d’un homme et d’une femme vivant ensemble en dehors des liens du mariage (le concubinage) ou malgré un mariage sacramentel antérieur valide et avec une autre personne toujours vivante (l’adultère institutionnalisé). Fiducia supplicans ne fait donc aucune distinction entre des relations « naturelles » et celles que la morale traditionnelle a toujours désignées comme étant « contre nature », c’est-à-dire directement contraires à la nature de l’homme et à son bien, et à la finalité de l’activité sexuelle.

La Déclaration distingue en revanche entre ce qu’on pourrait appeler les bénédictions liturgiques, avec leurs exigences de « conditions morales » comme celles « exigées pour la réception des sacrements », et les bénédictions pastorales, non codifiées, « non ritualisées », hors normes, que le prêtre doit pouvoir donner de manière « spontanée ». Comme le dit le paragraphe 38, « Dans la courte prière qui peut précéder cette bénédiction spontanée, le ministre ordonné pourrait demander pour eux la paix, la santé, un esprit de patience, de dialogue et d’entraide, mais aussi la lumière et la force de Dieu pour pouvoir accomplir pleinement sa volonté. »

Plus loin il est dit : « Par ces bénédictions, qui ne sont pas données selon les formes rituelles propres à la liturgie, mais plutôt comme une expression du cœur maternel de l’Eglise, semblables à celles qui jaillissent des profondeurs de la piété populaire, on n’entend pas légitimer quoi que ce soit, mais seulement ouvrir sa vie à Dieu, lui demander son aide pour mieux vivre, et invoquer aussi l’Esprit Saint pour que les valeurs de l’Evangile soient vécues avec une plus grande fidélité. »

La bénédiction des homosexuels en tant qu’ils vivent en couple

Mais ces réserves apparentes et ces protestations d’adhésion à l’enseignement traditionnel de l’Eglise suffisent-elles à justifier ces bénédictions ?

Certes non. Car ce qui est proposé, au nom de la « force inconditionnelle de l’amour de Dieu » (expression dangereuse, comme nous l’écrivions ici), c’est bien de bénir ces couples en couple et en tant que tels. Et donc leur relation gravement désordonnée ; contraire aux commandements de Dieu. On n’imagine pas un prêtre bénissant — par exemple — l’association de deux cambrioleurs de profession. Ou le partenariat de mafiosi, de fabricants de pilules abortives, de producteurs de films pornographiques.

La possibilité de donner une bénédiction aux couples divorcés remariés ou aux couples de même sexe signifie peu ou prou que leurs actes ne sont pas si graves ; que leur décision de vivre comme partenaires sexuels et leurs vies en tant que tels comportent des éléments positifs. La Déclaration proclame que la bénédiction « descendante » de ces couples vise ceux qui, « se reconnaissant indigents et ayant besoin de son aide, ne revendiquent pas la légitimité de leur propre statut, mais demandent que tout ce qui est vrai, bon et humainement valable dans leur vie et dans leurs relations soit investi, guéri et élevé par la présence de l’Esprit Saint ».

Or justement, ils ne peuvent bénéficier de la présence de l’Esprit Saint, de la charité divine dans leurs âmes, car ils l’ont rejetée : le péché mortel — ici revendiqué — entraîne la mort spirituelle, ferme les portes du ciel, prive le pauvre pécheur de la capacité de poser des actes méritoires pour son propre salut… Ce salut, les mérites infinis du Christ le lui offrent toujours et sont seuls à pouvoir le lui acquérir ; s’il le veut bien. Combien trompeuse et malveillante serait une « bénédiction » qui donnerait aux couples l’illusion que tout ne va pas si mal, puisqu’ils sont bénis ensemble !

Fiducia supplicans prône des bénédictions spontanées, sans condition de la part des couples irréguliers

Voyez ce que dit le paragraphe 19 de Fiducia supplicans : « Dans son mystère d’amour, à travers le Christ, Dieu communique à son Eglise le pouvoir de bénir. Accordée par Dieu à l’être humain et octroyée par lui à son prochain, la bénédiction se transforme en inclusion, en solidarité et en pacification. » Or ce qui sert vraiment le bien et le bonheur de tout pécheur (et cela ne se limite évidemment pas à ceux dont la vie n’est pas conforme à la morale conjugale) est justement d’avoir conscience de sa faute et de n’être pas tranquille tant qu’elle n’est pas remise.

Mais Fiducia supplicans renverse la pression morale : elle est exercée contre ceux qui se « constituent en juges qui ne font que refuser, rejeter, exclure », pour reprendre les mots du pape François cités dans la Déclaration. Le paragraphe 25 ajoute :

« En outre, l’Eglise doit éviter de faire reposer sa pratique pastorale sur la fixité de certains schémas doctrinaux ou disciplinaires, surtout lorsqu’ils donnent lieu à “un élitisme narcissique et autoritaire, où, au lieu d’évangéliser, on analyse et classifie les autres, et, au lieu de faciliter l’accès à la grâce, les énergies s’usent dans le contrôle”. Par conséquent, lorsque des personnes invoquent une bénédiction, une analyse morale exhaustive ne devrait pas être posée comme condition préalable à l’octroi de cette bénédiction. Aucune perfection morale préalable ne doit être exigée de leur part. »

Certes, on lit au paragraphe 31 :

« Ces formes de bénédiction expriment une supplication à Dieu pour qu’il accorde les aides qui proviennent des impulsions de son Esprit — que la théologie classique appelle “grâces actuelles” — afin que les relations humaines puissent mûrir et grandir dans la fidélité au message de l’Evangile, se libérer de leurs imperfections et de leurs fragilités et s’exprimer dans la dimension toujours plus grande de l’amour divin. »

Mais cela supposerait en toute logique que les couples demandant la bénédiction cherchent précisément et concrètement à se mettre en règle — et cela n’est dit ni exigé nulle part. En interdisant de donner ces bénédictions à l’occasion de la célébration d’une « union civile », la Déclaration laisse entendre en creux que c’est bien la vie commune qui est en cause.

Le père jésuite James Martin, invité personnel du pape François avec droit de vote au synode sur la synodalité, a d’ailleurs rejeté l’analyse de ceux qui affirment que « rien ne change » avec Fiducia supplicans. Il a publié plusieurs messages sur X qui disent les choses très clairement :

« La nouvelle déclaration du Vatican Fiducia supplicans constitue une avancée majeure dans le ministère de l’Eglise auprès des personnes LGBTQ et reconnaît le profond désir de nombreux couples catholiques de même sexe de bénéficier de la présence de Dieu dans leurs relations d’amour. Il s’agit également d’un changement marqué par rapport à la conclusion “Dieu ne bénit pas et ne peut pas bénir le péché” d’il y a à peine deux ans. La déclaration ouvre la porte aux bénédictions non liturgiques pour les couples de même sexe, ce qui était auparavant interdit aux évêques, aux prêtres et aux diacres. A l’instar de nombreux prêtres, je serai désormais ravi de bénir mes amis vivant dans des unions homosexuelles. »

On dira qu’il prêche pour sa paroisse. Mais c’est une prédication que Rome ne contredit pas, que Rome écoute ostensiblement. Les ambiguïtés de Fiducia supplicans, même s’il ne s’agissait que de cela, sont gravissimes, et aboutiront nolens volens à favoriser le péché mortel.

Mais « les portes de l’enfer ne prévaudront pas » !

Jeanne Smits



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