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Persécuter l’Église au nom de la « liberté »


Expulsion de Chartreux de leur monastère lors de la séparation de l'Église et de l'État en France, avril 1902.

Par l’historien Jean-Claude Dupuis, Ph. D. — Photo : Internet Archive Book Images/Wikimedia Commons

Suite de la Chronique intitulée : « Un droit d’exemption pour l’éducation sexuelle ? » — CQV

Cet extrait de ma thèse de doctorat en histoire tente d’expliquer la logique interne des États soi-disant libéraux, qui en viennent à persécuter l’Église catholique en vertu du principe : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté. »

* * *

La philosophie libérale prétend émanciper la société de l’absolutisme politique et religieux. Mais en pratique, elle tend à renforcer le pouvoir étatique, parfois jusqu’au totalitarisme. L’Ancien Régime ne connaissait pas la conscription, la lourde taxation et la règlementation envahissante, qui sont les fruits des États libéraux des XIXe et XXe siècles. La Révolution française a proclamé la liberté de cultes, tout en guillotinant le quart du clergé.

Ce paradoxe découle de la logique interne du libéralisme. Pour éviter l’anarchie, la liberté doit être encadrée par l’autorité. Si cette autorité n’émane pas de Dieu, elle doit émaner des hommes, ou plus précisément de la volonté générale du peuple souverain qui s’exprime démocratiquement. La puissance temporelle (État) n’est plus soumise à la puissance spirituelle (Église). La distinction entre Dieu et César disparaît au profit de César, c’est-à-dire de l’État qui détient désormais les deux pouvoirs, temporel et spirituel.

L’État devient l’autorité suprême qui entend régir le corps et l’âme de la société, et même des individus. Il interdit, par exemple, l’enseignement de la foi catholique dans les écoles publiques ; mais il le remplace par une éducation civique d’idéologie libérale (cours d’ECR et d’éducation sexuelle). L’État est séparé de l’Église catholique, mais il n’est pas séparé de toute religion. C’est l’idéologie libérale qui tient lieu de religion officielle.

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L’idéologie, même laïque ou athée, est une forme de religion, car elle repose sur une vision globale du monde qui donne un sens à la vie. Or tout État est animé par une idéologie, quelle qu’elle soit. Les Droits de l’Homme peuvent se substituer aux Dix Commandements, mais ils constituent toujours une loi transcendante. Or cette « religion laïque » peut même se doter d’un « rituel civique » (calendrier onusien).

La société libérale réduit la religion au domaine privé, mais elle élève la démocratie au rang de dogme public. En fait, il faut comprendre que la « volonté générale » est à l’État libéral ce que la « loi de Dieu » est à l’État catholique, soit le fondement de l’ordre public. Or l’État libéral doit défendre l’ordre public contre les ennemis de la volonté générale, comme l’État catholique devait défendre l’ordre public contre les ennemis de la loi de Dieu.

La maxime « pas de liberté pour les ennemis de la liberté » paraît contradictoire, mais elle est au fond très logique. Et les catholiques qui se réclamaient de « l’esprit du Syllabus¹  » menaçaient effectivement les « libertés modernes²  », telles qu’on les entendait à l’époque. C’est pourquoi plusieurs États libéraux en vinrent paradoxalement à persécuter l’Église catholique au nom de la liberté religieuse. Les libéraux reconnaissaient aux catholiques le droit de pratiquer leur religion, mais à condition de ne pas contester publiquement certains « dogmes » libéraux, comme la souveraineté populaire, la laïcité de l’État et la liberté de cultes (ajoutons aujourd’hui les droits des LGBT).

Source : Jean-Claude Dupuis, Le Cardinal Taschereau et le catholicisme libéral (1820-1898), condensé de thèse de doctorat, Lévis, Fondation littéraire Fleur de Lys, 2014, 316 p.

Pour télécharger gratuitement cet ouvrage numérique :

http://www.manuscritdepot.com/a.jean-claude-dupuis.2.htm


¹Syllabus (1864) : Encyclique du bienheureux Pie IX qui condamnait l’idéologie libérale et, surtout, l’idée que « le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne » (no 80).

²Libertés modernes (XIXe siècle) : démocratie, capitalisme, laïcité, scientisme, individualisme.

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