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Les opéras de Richard Wagner


Richard Wagner.

Par l’historien Jean-Claude Dupuis, Ph. D. ― Photo : Wagner Society Hong Kong/Wikimedia Commons

L’Opéra de Québec a joué magistralement Le vaisseau fantôme (1843) de Richard Wagner (1813-1883). Je suis un grand amateur d’opéra. À mon avis, l’opéra est un genre musical supérieur à la symphonie, car la voix humaine est le plus bel instrument qui soit. Les inventions des hommes n’égaleront jamais la sublimité de la création divine. L’opéra n’est surpassé que par le chant grégorien, la « musique des anges ». Mozart disait qu’il aurait donné toute son œuvre en échange de l’honneur d’avoir composé la messe de requiem en grégorien. Cette pièce, créée par des moines anonymes du Moyen-Âge, était à ses yeux le plus grand chef-d’œuvre musical de tous les temps. Mais en matière d’opéra, Richard Wagner est définitivement le numéro un. 

Le vaisseau fantôme raconte l’histoire d’un navire qui est condamné à hanter éternellement les mers parce que son capitaine a osé défier Dieu lors d’une tempête. L’équipage ne sera délivré du châtiment que le jour où le capitaine, surnommé le « Hollandais volant », aura trouvé une épouse qui lui soit fidèle jusqu’à la mort. Un capitaine norvégien, Daland, accepte, pour de l’argent, de lui donner la main de sa fille, la pure et fidèle Senta. Le cœur de Senta était déjà subjugué par un portrait du Hollandais volant, accroché dans la maison familiale. La jeune fille veut sacrifier sa vie pour sauver l’homme qui ressemblera à ce portrait. C’est l’amour-folie qui caractérise le romantisme, en musique comme en littérature, et même en philosophie : pensons à La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau. Mais le Hollandais se croit trahi lorsqu’il surprend une conversation ambiguë entre Senta et son ancien fiancé, Erik, qui lui offre, pour sa part, un amour normal, sans exaltation pseudo-mystique.

Le fantôme reprend la mer, déçu par l’inconstance des femmes. Mais Senta se rachète par un « suicide passionnel ». Elle se précipite dans l’océan. Le Hollandais est délivré. Il peut désormais mourir, au lieu de souffrir. Les deux amants seront unis pour l’éternité, dans l’Au-delà. 

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On reconnaît le vieux thème païen du salut par le suicide. Hercule se jette sur un bûcher pour échapper à la souffrance de la Tunique de Nessus. Cela ne rappelle-t-il pas la justification moderne de « l’aide médicale à mourir »? Wagner y rajoute le thème de la Rédemption par l’Amour. Dans la culture libérale, l’amour romantique s’est substitué à l’héroïsme guerrier comme vertu sanctifiante. 

De nos jours, Richard Wagner a mauvaise réputation parce que son œuvre a été récupérée par le nazisme. Hitler était un wagnérien inconditionnel. Faut-il en conclure que Wagner aurait été hitlérien s’il avait vécu sous le Troisième Reich? Rien n’est moins sûr. Aucun régime totalitaire n’aurait pu enchaîner un esprit aussi libre et puissant que celui de Richard Wagner, bien que son génie ait parfois frôlé la folie. Les véritables artistes sont toujours plus ou moins anarchistes. Or les dictatures n’aiment pas l’anarchie. 

Richard Wagner croyait au mythe du surhomme germanique, mais dans une conception mystique plutôt que raciale. Son œuvre est religieuse, centrée sur la Rédemption. Mais l’homme se sauve par ses propres forces, par la puissance de l’amour et de l’héroïsme. Ce n’est pas Jésus-Christ qui attire par sa Grâce les hommes au Ciel, mais les hommes qui s’élèvent par leur Volonté jusqu’au Walhalla. Le chemin du salut n’est pas l’humilité chrétienne, mais l’orgueil prométhéen. Wagner était un disciple du philosophe hindouisant Arthur Schopenhauer (1788-1860). 

Le lyrisme wagnérien rehausse l’âme du spectateur, contrairement à la sous-culture rock contemporaine. Mais n’oublions pas que le Beau doit être lié au Vrai et au Bien, comme dans l’art intégralement chrétien.

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