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La conception catholique de l’État

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Par Jean-Claude Dupuis, Ph. D. — Photo : Wikimedia Commons

La doctrine catholique des rapports entre l’Église et l’État s’appelle « l’augustinisme politique », parce qu’elle remonte à l’ouvrage de saint Augustin, La Cité de Dieu (426). Le pape Boniface VIII l’avait illustrée par l’allégorie des « deux glaives », dans la bulle Unam Sanctam (1303), à l’occasion d’un litige avec le roi de France, Philippe IV le Bel.

Il y a deux autorités, ou deux glaives, dans la société : l’un spirituel et l’autre temporel. Le glaive spirituel doit être tiré par la main du prêtre, et le glaive temporel par celle du prince, mais avec le consentement du prêtre. Cependant, il faut que le temporel soit subordonné au spirituel, car le corps doit obéir à l’âme.

La Chrétienté médiévale n’était pas à proprement parler une théocratie, car elle faisait une distinction entre l’Église et l’État : « Il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César ». Dans une théocratie, c’est le clergé qui exerce les fonctions politiques. Sous l’Ancien Régime, le pouvoir politique était détenu par des laïcs, et non par des clercs. Lorsqu’un ecclésiastique était ministre, comme le cardinal de Richelieu, c’était de par l’autorité du roi, et non pas de l’Église.

Dans un régime de chrétienté, l’Église et l’État sont unis, mais distincts, comme l’homme et la femme dans le mariage. Dans l’islam, la religion et la politique sont fusionnées. En démocratie libérale, ils sont séparés. La théocratie et le laïcisme sont deux erreurs contraires, qui s’opposent à l’augustinisme politique.

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Mais un État catholique doit-il prohiber ou tolérer les autres religions ?

Il faut faire ici une distinction entre la liberté de religion et la liberté de conscience. L’Église reconnaît la liberté de conscience aux individus. L’adhésion à la foi catholique doit être libre, car l’amour que l’on porte à Dieu doit être librement consenti pour être vrai. Mais l’Église limitait autrefois la liberté de conscience au for interne. L’individu était libre de croire ou de ne pas croire à la foi catholique, au risque de sa damnation. Cependant, les religions dissidentes n’avaient pas, en tant qu’institutions, la liberté de propager ou de manifester leurs croyances au for externe, c’est-à-dire publiquement.

Certes, l’État n’avait pas le droit de forcer la conversion des infidèles. L’Église a blâmé Charlemagne d’avoir baptisé les Saxons à la pointe de l’épée (785) et Louis XIV d’avoir imposé les dragonnades aux protestants (1685).

Néanmoins, l’État avait le droit et le devoir de protéger ses sujets chrétiens contre les fausses religions et les hérésies, comme le faisait le tribunal de l’Inquisition.

Évidemment, l’augustinisme politique ne se comprend qu’à la lumière du dogme « hors de l’Église point de salut ». Si l’enfer existe, et si la foi catholique est le seul moyen d’aller au ciel, l’État peut légitimement employer la coercition pour sauver les âmes, comme il peut employer la coercition pour protéger les corps.

Coercition ne signifie pas nécessairement violence. L’usage de la violence n’a jamais été un moyen de conversion efficace. Jésus a versé son sang, et non pas celui des autres, contrairement à Mahomet. La coercition dont on parle ici consiste pour l’État à soutenir la mission évangélisatrice de l’Église d’une manière « douce » par les écoles, les médias et les lois civiles, par exemple.

Le Concile Vatican II a rejeté l’augustinisme politique pour s’aligner sur la doctrine libérale de la séparation de l’Église et de l’État. Ce changement devait produire une « Nouvelle Pentecôte ». On l’attend encore.

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