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L'historien Jean-Claude Dupuis : Pour qui voter lors cette élection ?


Photo: Andi Breit, Pixabay

Par Jean-Claude Dupuis, Ph. D.

Les gens de sensibilité pro-vie ne trouveront rien à se mettre sous la dent dans les programmes de tous les partis en lice dans l’élection québécoise de 2018, qu’il s’agisse des partis en vue (PLQ, CAQ, PQ, QS) ou des partis marginaux (PCQ, PV, NPD). Si vous avez la chance d’avoir dans votre comté un candidat qui s’affiche personnellement pro-vie, vous pouvez toujours le soutenir. Mais aucun parti ne semble avoir proposé la moindre mesure qui puisse aller, ne serait-ce que timidement, à l’encontre de la culture de mort.

Je me demande si un catholique peut en conscience voter pour un parti qui approuve l’avortement, l’euthanasie et les prétendus droits des LGBTQ+, même si ce parti offre par ailleurs un programme intéressant à d’autres points de vue. Un parti qui prône l’avortement ne devrait-il pas être qualifié par l’Église d’« intrinsèquement pervers », comme le pape Pie XI le fit pour le parti communiste dans l’encyclique Divini Redemptoris (1937) ? Les communistes, disait-il, ruinent à la base toute la loi naturelle en voulant supprimer la propriété privée. Ne pourrait-on pas dire, à plus forte raison, que la légalisation de l’avortement supprime toute la loi naturelle ? Le droit à la vie n’est-il pas supérieur au droit à la propriété privée ?

Mais la question que je pose est bien théorique puisque le Vatican ne défend plus que très mollement le droit à la vie. Le pape devrait d’abord cesser de recevoir avec tous les honneurs des chefs d’État qui mériteraient plutôt d’être formellement excommuniés, à commencer par Justin Trudeau. Évidemment, ça ne troublerait pas la conscience de Trudeau et ça ne changerait rien en pratique, mais ça enverrait au moins un message clair.

Un catholique qui déciderait d’annuler son vote ou même de ne pas participer au scrutin parce que tous les partis en lice prônent la culture de mort aurait parfaitement raison. Et c’est ce que je suis moi-même fortement tenté de faire.

Toutefois, on peut également se dire que la question de l’avortement n’est pas l’enjeu de cette élection, qu’il faut faire son choix en fonction des autres thèmes électoraux et qu’un bon catholique a, de toute manière, le devoir de participer à la vie politique de son pays, aussi décadent soit-il. Il faudrait alors voter pour le « moindre mal ».

Ce raisonnement peut se défendre. Mais le combat de coqs qui oppose nos ambitieux politiciens mérite-t-il qu’on y participe ? Est-il vraiment nécessaire, ou même possible, de dire où se trouve le moindre mal ? Les chrétiens de l’Église primitive se sentaient-ils obligés d’opter pour un quelconque « moindre mal » lorsque trois ou quatre généraux romains, plus tarés les uns que les autres, rivalisaient pour la couronne impériale ? À l’époque, la lutte entre Vespasien et Vitellius (69 apr. J.-C.) a dû soulever autant de passion que l’affrontement Trump-Clinton. Mais à plusieurs siècles de distance, elle prend un tout autre relief.

Quoi qu’il en soit, jouons pendant un instant le jeu biaisé de la démocratie, ne serait-ce que pour parler d’autre chose que de la météo, et examinons les diverses options.

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LE PLQ DE PHILIPPE COUILLARD

Le premier ministre sortant est un homme digne, compétent et honnête. C’est une denrée plutôt rare dans la vie politique actuelle. Il a gouverné pendant quatre ans sans être éclaboussé par aucun scandale, et sans avoir adopté trop de mesures délétères. C’est déjà bien. Mais au juste, qu’a-t-il fait ? Je ne pourrais pas, de mémoire, associer le gouvernement Couillard à quelque politique que ce soit, sinon aux coupures de budget dans la santé et à la querelle de riches entre son peu sympathique ministre Gaétan Barrette et la corporation des médecins. Je me souviens seulement de son « Allah Akbar ! » (Dieu est grand) à la suite du massacre de la mosquée de Québec. Je me demande si Couillard aurait osé dire « Gloire soit au Père, au Fils et au Saint-Esprit » dans une église catholique. De toute manière, il estime que les Québécois sont « systémiquement racistes ». Pas à dire, il a « le goût du Québec ».

Un point positif : il a laissé tomber le redoutable projet de Charte de la Laïcité de Pauline Marois. Les enseignants ne sont donc pas encore obligés de camoufler leur appartenance religieuse. Mais je me demande s’il l’a fait pour défendre la liberté de conscience ou pour plaire aux minorités ethniques, qui constituent la base électorale de son parti.

Peut-on voter libéral ? Le gouvernement Couillard n’a pas été si mauvais. Il a rétabli l’équilibre budgétaire. Il représente la stabilité. Son expérience du pouvoir lui confère une certaine compétence. Mais les libéraux sont justement au pouvoir depuis trop longtemps. Il est souhaitable de les renvoyer parfois dans l’opposition pour apaiser leur arrogance.

LA CAQ DE FRANÇOIS LEGAULT

Les journalistes classent la CAQ à « droite ». Certains vont même jusqu’à comparer François Legault à Donald Trump. Voilà qui pourrait nous le rendre sympathique. Les ennemis de Radio-Canada sont généralement mes amis. Mais il ne faut pas réagir comme un chien de Pavlov. Legault lui-même ne s’est jamais présenté comme un homme de droite. Sa « coalition » se veut au-dessus des idéologies. Rappelons-nous que le logo de la CAQ comportait à l’origine un arc-en-ciel pour symboliser cette alliance de la droite, du centre et de la gauche. La CAQ a maintenant délaissé l’arc-en-ciel, pour les raisons que l’on imagine, au profit du bleu, question de se rallier les nationalistes déçus du Parti Québécois. Mais la « droite » de François Legault est exclusivement économique. C’est le simpliste discours antiétatique des chambres de commerce. Aucune valeur conservatrice sur le plan social ou national.

Legault critique timidement l’immigration pour séduire un certain électorat xénophobe, mais il n’ose pas affronter ouvertement l’idéologie multiculturaliste. Il tremble devant les médias, cherchant par tous les moyens à leur montrer patte blanche. Lors du débat des chefs, il s’est couvert de ridicule en exigeant des excuses de Philippe Couillard pour les propos imbéciles d’un obscur candidat libéral qui accusait la CAQ de vouloir procéder à une « épuration ethnique ». Legault avait l’air d’un enfant pleurnichard. Comme s’il fallait se présenter en « victime de l’intolérance » pour gagner la sympathie du public. Son projet de « test des valeurs » est abracadabrant. Les immigrants sauront à l’avance quelles réponses il faut cocher. L’islamiste le plus fanatique n’aura aucun remords à dire qu’il est parfaitement d’accord avec le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes. Et de toute manière, Legault nous assure que tout le monde réussira le test. À quoi servira-t-il ? Ce n’est pas en faisant des tests insipides, mais en sélectionnant des immigrants assimilables que l’on favorisera leur intégration au Québec. Et que dire de la relance du projet de Charte de la Laïcité ? Pour récupérer le vote péquiste, Legault s’approprie les plus mauvaises idées péquistes. Pourrait-il s’occuper des « vraies affaires » au lieu d’être obsédé par la petite croix qu’une enseignante pourrait porter au cou ou par le hidjab qui couvrirait la tête d’une fonctionnaire de la SAAQ ?

Legault présente la maternelle à quatre ans comme une panacée éducative. Il est même prêt à mettre sa carrière politique en jeu sur cette question. Allons donc. Les pédagogues savent qu’il n’y a pas beaucoup de différences concrètes entre un groupe d’enfants de quatre ans, qu’il soit en maternelle ou en CPE. On peut faire le même travail d’éducation dans une ou l’autre institution. Pas besoin de dépenser des sommes faramineuses pour agrandir les écoles primaires. Mieux vaut investir cet argent dans la formation et l’équipement des éducatrices des CPE. François Legault semble dire n’importe quoi, dans le domaine de l’éducation comme en matière d’immigration.

Autre idée géniale de Legault : étendre « l’aide médicale à mourir » aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. On peut voir à quoi ressembleront ses « Maisons des Aînés ». Bon moyen de régler le problème budgétaire et de « relancer l’économie ». Mais ne nous faisons pas d’illusions, les autres partis en arriveront vite à la même conclusion, bien qu’ils aient l’intelligence de ne pas le dire, contrairement à la CAQ.

Peut-on voter caquiste ? Ce serait évidemment un plaisir de balayer les vieux partis. Un peu de sang neuf ne ferait pas de tort. Pourquoi ne pas essayer le changement ? La CAQ ne ferait sans doute pas pire que les autres. Ce parti compte quelques belles personnalités. Le retour de Christian Dubé est encourageant. Mais j’avoue que François Legault ne m’inspire pas confiance. Trop opportuniste. Il a l’air d’un « vendeur de chars ». Je n’ai pas l’impression qu’il a l’étoffe d’un premier ministre. Et que l’on ne me parle pas du « succès d’Air Transat ». Dans cette affaire, Legault n’était que l’homme lige de Paul Desmarais, qui, lui-même, n’a jamais été autre chose qu’un parasite de la Caisse de Dépôts et de Placements du Québec.

LE PQ DE JEAN-FRANÇOIS LISÉE

Historiquement, le PQ a fait beaucoup de dommage au Québec en dissociant l’indépendantisme du nationalisme canadien-français. Le prétendu « nationalisme territorial » qu’il oppose au « nationalisme ethnique » est incohérent. Un nationalisme est ethnique ou il n’est pas. Pourquoi séparer le Québec du Canada si c’est pour construire une société tout aussi multiculturelle ? Pourquoi prôner l’indépendance quand on est mondialiste ? Le PQ actuel ne ressemble pas au PQ du temps de René Lévesque. Son faible discours souverainiste n’est plus qu’une sorte de costume folklorique que l’on sort dans les congrès péquistes pour distraire les vieux militants (moyenne d’âge des membres du PQ : 61 ans). La « mise en veilleuse » du projet d’indépendance est devenue permanente. Sur le plan socio-économique, le PQ a pris un virage néolibéral dans les années 1990, sous la direction de Lucien Bouchard et de Bernard Landry. En pratique, très peu de choses distinguent maintenant le PQ du PLQ, sinon un discours légèrement plus affirmé en faveur de la langue française et de l’autonomie provinciale.

Jean-François Lisée est sorti gagnant des débats des chefs. Il a le profil d’un premier ministre. C’est un universitaire hautain et pédant, comme l’était le PQ du « bon vieux temps » (je ne parle pas de René Lévesque, mais de presque tous ses ministres). Néanmoins, il paraît plus cohérent et plus compétent que François Legault. Il a aussi un peu plus de classe. Le PQ serait une alternative envisageable pour ceux qui souhaiteraient à tout prix se « libérer des libéraux ».

Mais ne vous attendez pas à des miracles avec un gouvernement Lisée. Préparez-vous plutôt à certaines déceptions. Après avoir promis de réduire le nombre d’immigrants, Lisée a précisé qu’il suivrait, en ce domaine, les recommandations de la vérificatrice générale. C’est beau de voir un futur premier ministre qui abandonne à l’avance son autorité politique aux mains des comptables agréés. Toute une « vision » pour l’avenir du Québec.

LE QS DE MANON MASSÉ

Lorsqu’on regarde le programme de Québec-Solidaire, on aurait envie de surnommer ce parti « Québec-Suicidaire ». C’est le radotage de la vieille go-gauche soixante-huitarde. Le Parti communiste du Québec a même adhéré à QS à titre de « collectif interne et autonome » entre 2007 et 2014. Cela nous en dit long sur la « sensibilité politique » des solidaristes. Personne n’a encore demandé à Manon Massé de présenter des excuses pour s’être associée à une idéologie qui a fait plus de 100 millions de morts.

es repentances publiques sont pourtant à la mode de nos jours. Si les journalistes avaient découvert un quelconque néonazi dans les rangs de la CAQ, j’imagine ce que l’on aurait exigé de François Legault. Deux poids, deux mesures. Après tout, il y avait un « grand idéal » derrière les « erreurs de parcours » du communisme, comme disait un ancien militant marxiste-léniniste nommé Gilles Duceppe. Certains ont affirmé que Françoise David aurait elle-même soutenu Pol Pot durant le génocide cambodgien de 1975-1978. Mais le fait n’est pas clairement établi.

Quant au programme actuel de QS, il se résume ainsi : nous taxerons davantage les grandes compagnies et nous offrirons gratuitement tous les services publics. Cela me rappelle le vieux slogan du PCCML : « Faisons payer les riches ! » Plus personne ne croit à ces contes de fées. Si Manon Massé s’avance sur un tel terrain, c’est uniquement parce qu’elle sait qu’elle n’a aucune chance d’exercer le pouvoir. Le discours souverainiste de QS est encore moins crédible, car il contredit ouvertement son idéologie altermondialiste. La bête noire de QS : l’école privée. Les solidaristes estiment que le Québec se porterait mieux si l’on supprimait les institutions les plus performantes de notre système d’éducation. Jean-François Lisée a habilement réfuté Manon Massé sur ce point lors du débat des chefs. Couper les subventions aux écoles privées ne constituerait pas une économie, mais une hausse de coûts pour le ministère de l’Éducation.

Malgré tout, Manon Massé m’a fait une bonne impression lors du débat des chefs. J’ai apprécié son envolée en faveur du million de Québécois qui travaillent au salaire minimum. Elle a secoué les Philippe Couillard et François Legault, qui voient le monde à travers les lunettes des millionnaires. J’avoue avoir une certaine estime pour les gens qui font de la politique sans ambition personnelle, dans le seul but de promouvoir un idéal et de servir leurs concitoyens, même lorsque cet idéal est erroné. Toutefois, je ne dirais pas la même chose d’un jeune arriviste comme Gabriel Nadeau-Dubois.

Mais en politique, il ne suffit pas d’avoir le cœur à la bonne place ; il faut avoir une intelligence bien construite, ce qui écarte d’emblée les gauchistes attardés de QS.

LA QUESTION MIGRATOIRE

Nos politiciens osent à peine parler du principal problème qui se pose actuellement au Québec, comme dans tous les pays occidentaux : la question migratoire. Il ne s’agit plus d’une « immigration », avec les difficultés normales qu’elle peut soulever. Il s’agit d’un mouvement de migration massive qui menace la survie des pays d’accueil. C’est une opération planifiée de colonisation de l’Occident par les peuples du Tiers-Monde. Le Québec compte annuellement 82 000 naissances et 52 000 immigrants. Il n’est pas difficile de comprendre qu’à ce rythme, les Canadiens français ou, si vous préférez, les Québécois francophones, seront bientôt minoritaires dans la province.

Lorsque l’État colonial britannique voulait assimiler les Canadiens français, au XIXe siècle, il faisait venir une forte immigration du Royaume-Uni. La proportion des anglophones est passée de 7 % à 25 % dans le Bas-Canada entre 1820 et 1850. Il faut se rappeler que les Rébellions de 1837-1838 se situaient dans le contexte de cette politique d’assimilation. Les Canadiens français ont néanmoins tenu le coup grâce à la « revanche des berceaux ». Mais l’Angleterre a probablement déployé moins d’efforts pour éliminer la nation française de la vallée du Saint-Laurent que nos propres gouvernements ne le font présentement au nom de l’idéologie mondialiste. Justin Trudeau va peut-être réussir là où Lord Durham a échoué.

Curieusement, le mondialisme invoque un argument qui ressemble à celui de l’ancien impérialisme britannique : l’immigration, qu’elle soit britannique pour Durham ou multiculturelle pour Trudeau, favorisera le progrès économique du Québec. Philippe Couillard le répète constamment : « Nous avons besoin de l’immigration à cause de la pénurie de main-d’œuvre. » Mais cette pénurie est très conjoncturelle, et un immigrant qui ne parle ni français ni anglais ne peut pas intégrer rapidement le marché du travail. Plusieurs études économiques sérieuses ont démontré que l’immigration massive n’est pas rentable. Pensons à l’ouvrage de Benoît Dubreuil et Guillaume Marois, Le remède imaginaire : pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec (2011). Qui oserait parler de ce livre dans la campagne électorale ?

Selon le sondage Léger-LCN (18-9-2018), 45 % des Québécois estiment qu’il faut réduire l’immigration, contre 38 % qui veulent maintenir le niveau actuel et 8 % qui voudraient l’augmenter. Les Québécois sont finalement divisés à 50/50 sur la question de l’immigration, et ce même s’il est moralement interdit de critiquer l’immigration sous peine d’être étiqueté « extrême-droite » et d’être ostracisé de l’espace public. Si les médias toléraient une certaine liberté d’expression sur ce sujet, on peut penser que les 2/3 des Québécois seraient plutôt défavorables à l’immigration massive. François Legault a essayé malhabilement d’exploiter le sentiment anti-migratoire des Québécois, mais c’est par opportunisme plutôt que par conviction. Il a perdu l’équilibre dès le premier ressac. Ce qu’il faut en retenir, c’est que le débat sur l’immigration devient incontournable, même si les politiciens essayent de l’éviter, et même si les médias multiplient les actes de censure.

Quel serait, à votre avis, le résultat d’un référendum sur la question suivante : « Souhaitez-vous que les Québécois de langue et d’origine française restent majoritaires au Québec ? » Là, on aurait un véritable enjeu électoral.

En 2014, la Suisse a tenu un référendum sur la question migratoire, et la majorité de la population a répondu que la Suisse devait rester suisse.

CONCLUSION

En attendant un réveil nationaliste au Québec, sur le modèle de ce qui se passe présentement en Hongrie, Pologne, Autriche et Italie, on peut s’amuser à voter pour l’un ou pour l’autre, ou à s’abstenir de voter. Ça n’a pas vraiment d’importance. Vous êtes encore libres de choisir le thanatologue dont la tête vous revient le plus.

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