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L’art vestimentaire — Apprendre de la « Femme vaillante »


A Breezy Day par Charles Courtney Curran.

Par Anna Kalinowska (OnePeterFive)— Traduit par Campagne Québec-Vie — Photo : Pennsylvania Academia of the Fine Arts/Wikimedia Commons

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Temps et efforts

De nombreuses femmes désireuses d’améliorer leur tenue vestimentaire sont découragées par les conditions exécrables du marché. Par exemple, une femme à la recherche d’une jupe attrayante pour faire ses courses pendant les froides journées d’hiver parcourt les grandes surfaces et les grands magasins, Amazon et les boutiques d’occasion. Elle trouve de nombreuses jupes longues fines en polyester aux imprimés criards et plusieurs jupes droites ternes d’un modèle qui ne flatte personne. Mais la gracieuse jupe circulaire en laine ou l’élégante ligne A en tweed lui échappent totalement. Après de nombreuses heures de chasse infructueuse, elle se désespère et se résout à un nouvel hiver morose en jeans et pantalon de survêtement.

La situation est plus ou moins la même en toute saison et dans tous les contextes de vie. Qu’il s’agisse de s’habiller pour les courses ou pour un mariage, dès qu’une femme décide de rechercher des vêtements de meilleure qualité et de plus belle facture que ceux que l’on trouve habituellement, elle se heurte à une réalité criante : dans la société actuelle, il n’y a pas de moyen facile d’acquérir de tels vêtements. À cette triste pensée, elle secoue tristement la tête et abandonne sa quête. Elle ne se sent pas obligée de consacrer plus de temps à cette question.

Mais je soutiens qu’il est justifié qu’elle consacre du temps à cette question. Elle ne doit pas penser qu’elle agit sur un coup de tête frivole. L’instinct qui la pousse à chercher quelque chose de mieux, même si la quête semble sans espoir, est très certainement un bon instinct. Comme je l’ai expliqué dans mon précédent essai, se conformer à une tenue vestimentaire totalement « normale » n’est pas un acte neutre. Du moins, pas de nos jours. Cela signifie invariablement se conformer à la laideur et souvent à l’immodestie pure et simple.

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Si toutes les âmes [baptisées] revendiquent leur appartenance au corps mystique du Christ, les femmes jouissent particulièrement du privilège d’incarner l’Église (qui est féminine, épouse mystique du Christ) et de symboliser son essence même. [1][2] Ce fait, au lieu de décourager les femmes, devrait renouveler leur zèle et les encourager à reprendre la quête. Il suffit d’observer la Femme vaillante du Livre des Proverbes pour constater que l’acquisition de vêtements pour elle-même et pour sa famille occupe une bonne partie de son temps :

Elle a cherché de la laine et du lin, et elle a travaillé avec des mains ingénieuses... Elle a porté sa main à des choses fortes, et ses doigts ont saisi le fuseau... Elle ne craindra point pour sa maison le froid de la neige, car tous ses domestiques ont un double vêtement... Elle s’est fait un vêtement de tapisserie ; elle se couvre de lin et de pourpre... Elle a fait une tunique de lin et l’a vendue, et elle a livré une ceinture au Chananéen (Proverbes 31:13, 19, 21, 22, 24).

Ce passage figure dans le cycle sanctoral traditionnel de la plupart des saintes non vierges et non martyres, par exemple sainte Anne, la mère de la Vierge. Son interprétation littérale met en évidence la sollicitude humaine, et très spécifiquement féminine, de ces saintes et peut servir à encourager toutes les femmes qui cherchent à apporter de la beauté dans la vie de tous les jours. Edith Stein (Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix) a écrit [parlant de la femme] :

Une partie de sa préoccupation féminine naturelle pour le bon développement des êtres qui l’entourent implique la création d’une ambiance, d’un ordre et d’une beauté propices à leur développement. [3]

Il va sans dire que le vêtement est un élément fondamental de cette ambiance, de cet ordre de beauté.

Bien sûr, la structure de la société actuelle, avec son industrialisation, ses systèmes de production de masse et son consumérisme, empêche une reprise significative des anciens métiers pratiqués par la Femme vaillante. Comment le passage sur la femme vaillante s’adresse-t-il aux femmes d’aujourd’hui ? Au sens propre, il montre que même de nos jours, les femmes peuvent et doivent consacrer du temps à l’acquisition de vêtements pour elles-mêmes et pour leur foyer. [4]

Il convient également de souligner que tant que nous nous habillerons quotidiennement, nous devrons y consacrer du temps, qu’il s’agisse de vêtements laids ou beaux. L’acquisition de beaux vêtements peut comporter une courbe d’apprentissage, mais celle-ci peut être surmontée. Après un certain temps de pratique, les femmes peuvent constater qu’en raison de la quantité d’achats en ligne qu’elles entreprennent (avec des détaillants de niche produisant des vêtements qui ne sont pas sur le marché courant), elles gagnent en fait du temps. Elles ne sont plus obligées de passer du temps dans les cabines d’essayage de Dillard’s ou de faire la queue chez Walmart. Il leur suffit de se mesurer, de consulter les tableaux des tailles et de cliquer pour acheter. [5]

Les boutiques Etsy, les vendeurs mormons ou même les vendeurs musulmans, bien que peu connus, offrent souvent de meilleurs vêtements que les grands magasins. [6] Les friperies aussi ont parfois des pièces dignes d’être portées, mais les femmes doivent être prêtes à passer du temps à fouiller les rayons pour trouver ces trésors cachés. En résumé, il s’agit de dépouiller les Égyptiens, mais seulement si les Égyptiens valent la peine d’être dépouillés. [7]

Enfin, les femmes qui cousent doivent donner la priorité à la culture de cet art et chercher à le transmettre à leurs filles. De cette manière, elles peuvent être armées de la capacité de modifier des vêtements déjà confectionnés afin de les rendre plus modestes ou plus beaux, ou de créer des œuvres d’art entièrement nouvelles et réussies. Je connais une femme qui s’est cousu une jolie robe de grossesse en utilisant un drap de lit trouvé dans une friperie et une machine à coudre à cent dollars. Je connais une jeune femme qui a transformé une robe de bal dos nu en une robe de bal modeste digne d’une princesse. Ni l’une ni l’autre n’est une couturière professionnelle, mais toutes deux sont prêtes à consacrer un peu de temps et la créativité que Dieu leur a donnés à l’art vestimentaire.

Investir

Dans les cercles catholiques où la dévotion et les familles nombreuses abondent, on rencontre souvent des femmes qui n’ont pas l’habitude de payer plus de vingt dollars pour un article vestimentaire. Elles ont peut-être grandi avec des sœurs plus âgées et porté des vêtements d’occasion pendant toute leur enfance, et maintenant qu’elles élèvent leur propre famille, elles s’efforcent d’économiser chaque centime pour pouvoir manger. Elles aimeraient peut-être trouver de meilleurs matériaux et modèles pour elles-mêmes et leur famille, mais il leur semble impardonnablement imprudent de payer cent dollars pour une jupe dans une boutique en ligne alors qu’elles peuvent en obtenir une pour cinq dollars dans un magasin d’occasion.

Je voudrais ici souligner que, bien qu’elle soit devenue un cliché, la maxime « la qualité plutôt que la quantité » s’applique certainement. Une belle jupe vaut mieux que dix laides. L’idée qu’il faut porter quelque chose de différent chaque jour est née de l’industrialisation et n’est rendue durable que par des techniques de fabrication médiocres et l’utilisation de fibres synthétiques. Il est de loin préférable d’investir dans un nombre réduit d’articles vestimentaires de qualité supérieure, car ceux-ci ne sont pas seulement synonymes de succès artistique, mais aussi de résistance à l’épreuve du temps.

En outre, les femmes frugales pourraient voir cette question différemment si elles reconnaissaient qu’une femme qui recherche de beaux vêtements pour elle-même et ses proches, recherche leur nourriture spirituelle tout autant que leur protection physique contre les éléments. L’homme ne vit pas seulement de pain, il a besoin de nourriture spirituelle et du profond sentiment de repos qu’apporte invariablement la beauté dans la vie quotidienne. [8]

Le vêtement est également un outil pédagogique puissant. En tant que partie du monde matériel qui est en contact direct et constant avec notre corps, il a le pouvoir profond d’enseigner aux êtres incarnés qui nous sommes. Dans une lettre de 1960 concernant l’habillement, le cardinal Siri l’a souligné avec justesse :

Depuis l’origine du monde, le vêtement que porte une personne détermine et conditionne tellement les gestes, les attitudes et le comportement, que le vêtement en vient à imposer, de l’extérieur, un état d’esprit particulier. [9]

On ne saurait trop insister sur cette observation. Les vêtements ont le pouvoir de façonner l’esprit. Le monde séculier, poussé par des forces maléfiques, utilise certainement ce pouvoir à son avantage. Malheureusement, la plupart des catholiques d’aujourd’hui n’ont pas encore fait de même. Au lieu de porter des vêtements qui véhiculent les mensonges du sensualisme, de la « neutralité de genre » et de l’utilité dystopique, les femmes catholiques pourraient porter des vêtements qui les aident à se comprendre aux yeux de Dieu : des jupes et des robes gracieuses — non pas peu pratiques, mais pas utilitaires non plus ! Il va sans dire que les vêtements vulgaires, laids ou impudiques s’opposent à la valeur ontologique et à la beauté de la personne qui les porte et semblent dire : « Tu ne vaux pas mieux que cela ».

Lorsqu’il s’agit d’éduquer les enfants par l’habillement, une petite fille à qui l’on offre une garde-robe coûteuse sera bien sûr gâtée si ses parents ne lui enseignent pas la gratitude et la bonne gestion de ce bien. Mais une petite fille à qui l’on ne donne que des vêtements laids achetés dans une brocante sera gâtée d’une autre manière. Elle ne développera pas une vision correcte de sa propre dignité aux yeux de Dieu. Ses vêtements laids l’empêcheront de prendre conscience de sa propre beauté ontologique. Et elle n’apprendra pas à pratiquer l’art vestimentaire avec succès parce que, comme un peintre dont la peinture coule, ses matériaux défectueux l’empêcheront de créer quelque chose de beau, la laissant fatiguée et frustrée. Il est donc essentiel que les parents, premiers éducateurs de leurs enfants, et tous les chrétiens, tenus de dire la vérité en paroles et en actes, réfléchissent au message véhiculé par leurs vêtements.

Enfin, si l’on considère le cercle familial de l’extérieur, il faut reconnaître que la beauté ontologique qui émane d’une grande famille catholique est d’autant plus forte que tous ses membres sont bien vêtus. En effet, la beauté visible de leur apparence extérieure produit une harmonie parfaite avec la note de beauté ontologique qui chante leur unité. Dans la discorde qui règne dans le monde d’aujourd’hui et qui encourage les conflits familiaux et la laideur dans tous les domaines possibles, ils se dressent comme une oasis abondante dans un désert stérile. Ils apportent la nourriture de l’espoir à tous ceux qui les voient parce qu’ils reflètent l’image du Dieu trinitaire. C’est pourquoi investir de l’argent dans de meilleurs vêtements est en fait un acte de générosité, une œuvre de miséricorde, comme la Femme vaillante qui « a ouvert sa main aux nécessiteux, et tendu ses mains aux pauvres ».

Rire au dernier jour

Dans toutes les discussions sur la restauration de la culture chrétienne, il faut inévitablement faire face à la réalité de la Croix. Malgré toute la beauté de la lumière du soleil sur le linge blanc, des rubans flottant au vent, des jeunes filles en robes pastel comme autant de fleurs dans un champ, il faut travailler dur comme la femme vaillante qui « se lève dans la nuit », et cela peut souvent sembler une tâche ingrate. Les vêtements commandés en ligne ne seront pas toujours à la bonne taille, ils se saliront, se froisseront ou ne produiront pas l’effet escompté. Il y aura des déceptions, des revers et des tentations de se demander si l’effort constant en vaut la peine après tout.

Et pourtant, nous lisons que la femme vaillante « rira au dernier jour ». Pourquoi rit-elle ? Qu’est-ce qui la rend si triomphante ? Saint Albert le Grand explique son rire par sa foi en une récompense éternelle. [10] Tout alors — les achats en ligne fastidieux, les heures passées à la machine à coudre, la tâche décourageante de repasser le linge, le travail incessant de détachage — peut devenir un acte de foi pour la femme qui cherche la glorification de Dieu.

Plus la tâche est ardue, plus le gain terrestre est insaisissable, plus elle peut se fier à la victoire céleste et aux rires du dernier jour. Celle qui a persévéré dans ses efforts pour élever l’esprit des hommes vers le Ciel par les humbles moyens dont elle dispose, sera elle-même élevée à la face de Dieu ; et alors elle ne travaillera plus, mais se reposera pour toujours, revêtue de son infinie beauté.


Notes

[1] Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, Essays on Woman [Essais sur la femme], traduction en anglais de Freda Mary (Washinton, D.C. : ICS Publications, 2010), 237. « La femme atteint ainsi une position organique particulière dans l’Église ; et enfin, elle est appelée à incarner, dans son développement le plus élevé et le plus pur, l’essence de l’Église — à en être le symbole ».

[2] Peter Kwasniewski, Ministers of Christ (Manchester, NH : Crisis Publications, 2021), 177 - 178.

[3] Sainte Thérèse Bénédicte, op. cit. 78.

[4] Pour un commentaire qui traite en grande partie de la lecture allégorique de ce texte, voir : St Albert le Grand, The Valiant Woman [La femme vaillante], trad. Benedict Ashley O.P. et Dominic Holtz O.P. (Chicago, Illinois : New Priory Press, 2013).

[5] Bien que l’absence de l’élément « humain » dans les achats en ligne soit certainement regrettable, il faut l’accepter, comme tant d’autres problèmes de la postmodernité. On peut espérer qu’avec l’augmentation de la demande de beaux vêtements, le marché offrira à nouveau des boutiques traditionnelles dans lesquelles les clients pourront interagir avec ceux qui produisent leurs vêtements.

[6] Parmi les exemples prometteurs de ces magasins, citons www.eshakti.com, www.shopxiaolizi.com, www.simpleretro.com et https://www.petallush.com/dresses. Si je les mentionne, ce n’est pas nécessairement pour approuver chacun de leurs produits, mais pour reconnaître qu’ils vendent au moins quelques belles pièces modestes.

[7] Pour un résumé intéressant du concept de « spoliation des Égyptiens », voir : Peter Thomas Elliott, « Plundering Egyptian Gold : Christianity and Culture », Gonzaga Socratic Club, vendredi 21 mars 2014.

[8] Linda Przybyszewski, The Lost Art of Dress (New York, New York : Basic Books a member of Perseus Books Group, 2014) xii.

[9] Giuseppe Cardinal Siri, Christian Fashion in the Teaching of the Church [La mode chrétienne dans l’enseignement de l’Église], ed. Virginia Coda Nunziante, trans. Brendan Young (Londres, Royaume-Uni : Calx Mariae Publishing, 2022) 99.

[10] St Albert, op. cit. 245-246.



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