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Un tribunal français retire 6 enfants à une famille de dix enfants après un conflit sur la scolarisation dans des écoles catholiques


Quatres enfant de la famille Graham.

Par Dorothy Cummings McLean — Traduction par Jeanne Smits

Orne, France, 27 mai 2021 (LifeSiteNews) — Un couple britannique qui espérait voir un juge l’aider à régler un différend concernant la scolarisation de leurs enfants en France a été stupéfait de voir le tribunal décider plutôt de les placer dans des foyers d’accueil.

Les six enfants sont tous catholiques, et les deux petites filles — âgées de 9 et 10 ans — ont été placées chez un couple qui, selon leur mère, refuse de les emmener à la messe mais leur a appris « à faire des prières musulmanes ».

L’une des sœurs adultes des enfants a déclaré à LifeSiteNews par courriel que les quatre frères et sœurs majeurs sont « très choqués » par la saisie des six enfants mineurs, ajoutant que leurs plus jeunes frères et sœurs veulent simplement rentrer à la maison.

« Moi et mes frères et sœurs aînés sommes très contrariés par le fait qu’ils soient placés, et c’est très dur quand les enfants demandent : “Quand pourrons-nous rentrer à la maison ?”, et que nous n’avons pas de réponse », a déclaré Georgina Graham, 21 ans.

David et Clare Graham se sont établis en France en 2005 pour y trouver « une vie meilleure », ainsi que l’a expliqué Clare à LifeSiteNews. Comme la Grande-Bretagne faisait alors partie de l’Union européenne, les Britanniques étaient libres d’aller vivre et travailler en France. Le coût de la vie dans la campagne française étant moins élevé qu’au Royaume-Uni, les Graham pouvaient s’y offrir une maison plus grande.

À l’époque, le couple avait quatre enfants nés au Royaume-Uni. Aujourd’hui, ils ont dix enfants en tout, dont six nés en France. Les quatre aînés sont majeurs et deux d’entre eux, des garçons, sont en Grande-Bretagne. Deux des filles, âgées de 22 et 21 ans, vivent toujours en France et aident leurs parents à s’occuper de leurs quatre plus jeunes frères et de leurs deux petites sœurs. David a subvenu aux besoins de sa famille en continuant à exercer son métier de maçon en France, en effectuant des rénovations et en réparant des toitures, généralement pour d’autres Britanniques expatriés.

Alors que David, 55 ans, est sans religion, Clare, 51 ans, est une fervente catholique. Parce qu’elle s’est opposée aux « inepties » enseignées dans les écoles publiques (laïques) près de chez elle — et parce que ces écoles donnent des contraceptifs à leurs élèves, entre autres — les Graham ont retiré quatre de leurs enfants du système scolaire public il y a quatre ans.

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L’idée initiale de Clare était de faire l’école à la maison. Un parent de l’école des enfants l’a dénoncée aux services sociaux français dès lors que les enfants ne l’ont plus fréquentée. Après avoir envoyé une lettre aux Graham, étonnés de ce fait, les travailleurs sociaux se sont présentés à leur domicile. Ce fut le début d’une longue et très difficile relation entre les Graham et les différentes branches de l’appareil de protection sociale français.

« Je suis allée dans les écoles publiques locales et j’ai eu de très mauvaises expériences en matière de racisme et d’intimidation physique et verbale », a-t-elle déclaré. Georgina Graham a déclaré à LifeSiteNews qu’elle avait été victime de racisme et de harcèlement dans les écoles publiques françaises.

Et de préciser :

« A l’école, on me tourmentait parce que j'étais anglaise, et je subissais quotidiennement des insultes raciales de la part des élèves et des professeurs. J'ai également été agressée à de nombreuses reprises : coups de tête, coups de poing, coups de pied […] on mettait des excréments de chien dans mon cartable et des chewing-gums dans les cheveux. On me lançait des objets pendant tous les cours, il était donc très difficile de me concentrer.

« [C’est] l’une des raisons pour lesquelles ma mère voulait envoyer mes jeunes frères et sœurs dans des écoles catholiques, afin qu’ils n’aient pas à subir ce que ma sœur aînée et moi avons vécu. »

Georgina a confirmé que les travailleurs sociaux sont « entrés dans [leur] vie pour la première fois il y a environ quatre ans » lorsqu’un autre parent a dénoncé ses parents à elle pour avoir retiré ses frères de l’école. Le fait d’être interrogé par eux fut une expérience désagréable.

« J’ai trouvé leurs questions indiscrètes, comme s’ils cherchaient désespérément à trouver quelque chose qui n’allait pas chez mes parents », a-t-elle déclaré : « Je crois qu’ils n’ont pas aimé le fait que ma mère soit croyante et qu’elle ait beaucoup d’enfants, ou le fait que mes parents soient britanniques. » « Ils ont toujours été très grossiers avec mes parents », a-t-elle ajouté.

Internats catholiques traditionnels

Inquiète à l’idée que les services sociaux lui retirent ses enfants, mais craignant également que ses enfants ne soient moralement abîmés par les écoles publiques, Clare a trouvé des religieux au cœur compatissant dans des écoles catholiques indépendantes. Les deux garçons (aujourd’hui 15 et 12 ans) ont poursuivi leurs études dans un internat catholique du sud de la France, et les deux filles (aujourd’hui 9 et 10 ans) ont été inscrites dans un internat catholique plus proche de chez elles. Cette famille à revenu unique n’est pas riche, et les enfants ont été acceptés dans les deux écoles à des conditions très généreuses. Lorsque ses deux plus jeunes fils (7 et 5 ans) ont été en âge d’aller à l’école, les Graham les ont inscrits à l’école primaire locale. L’espoir de Clare était que les petits garçons rejoignent l’école où leurs frères étaient déjà scolarisés lorsqu’ils parleraient couramment le français.

Les parents n’étaient pas — et ne sont toujours pas — d’accord sur la question de l’éducation des enfants. David Graham a déclaré à LifeSiteNews que cela ne le dérangeait pas que ses enfants soient catholiques ou aillent dans des écoles catholiques, mais qu’ils lui manquaient beaucoup lorsqu’ils étaient dans des internats, et qu’il savait que cela leur manquait d’être à la maison. Il préférerait qu’ils aillent dans les écoles publiques locales jusqu’à ce que la famille retourne en Angleterre.

Clare et David s’étaient déjà séparés une première fois : Clare avait alors pris les enfants et était partie vivre en Angleterre pendant neuf mois. Après son retour, les tensions à la maison, exacerbées par les travailleurs sociaux, sont finalement devenues trop lourdes pour Clare, et en novembre 2020, elle est partie vivre dans une maison louée dans un autre département normand, le Calvados, plus proche de l’école des filles, en emmenant les deux plus jeunes garçons avec elle. Clare a déclaré à LifeSiteNews qu’elle avait simplement « besoin d’une pause ». David a raconté à LifeSiteNews qu’une des assistantes sociales avait suggéré à Clare de déménager dans le Calvados afin de « désamorcer » les services sociaux. Etant à seulement une heure de route, les enfants ont vu leur père fréquemment pendant la brève séparation.

Malheureusement, ce déménagement a aggravé les problèmes d’argent des Graham, alors que leurs finances étaient déjà mises à mal par une blessure au dos de David, qui travaille à son compte. Comme elle a changé d’adresse, les allocations familiales et les prestations de sécurité sociale de Clare furent bloquées. La lourdeur administrative aidant, cette situation a perduré du 5 décembre au 11 mai. Clare et les enfants s’en sont sortis, dans le Calvados, grâce à des prêts accordés par sa mère qui vit en Angleterre.

« On m’a demandé maintes fois pourquoi j’avais tant d’enfants. »

Clare et David affirment tous deux que leurs enfants étaient en bonne santé, bien élevés et heureux malgré les difficultés de leurs parents. Ni Clare ni David ne parlent couramment le français, ce qui a rendu difficile leurs rapports avec les employés des services sociaux, qui venaient fréquemment interroger les enfants à la maison.

Comme sa fille Georgina, Clare pense que les travailleurs sociaux méprisent sa foi catholique et a confié à LifeSiteNews qu’ils avaient fait des remarques déplacées sur la taille de sa famille. Lorsque les travailleurs sociaux sont venus pour la première fois au domicile des Graham, ils ont tenté de parler de contraception avec cette mère catholique mariée.

« Ils m’ont demandé maintes fois pourquoi j’avais tant d’enfants », assure Clare.


Cinq enfants de la famille Graham

En avril 2019, les services sociaux français ont transmis le dossier des Graham au service d’« action éducative en milieu ouvert » (l’AEMO). L’AEMO était censée vérifier le bien-être général de la famille, par exemple en s’assurant qu’elle avait suffisamment d’argent pour subvenir à ses besoins.

L’assistante sociale de l’AEMO semblait s’être liée d’amitié avec Clare, et c’est elle, dit celle-ci, qui lui a conseillé de quitter son mari et de partir dans le Calvados. L’assistante sociale de l’AEMO a également suggéré à Claire et David de régler leurs désaccords sur la scolarisation des enfants devant un juge des enfants. Lorsque cela a conduit à la saisie des enfants, dit Claire, l’assistante sociale de l’AEMO s’est excusée d’avoir organisé la procédure. Cependant, David pense que l’assistante sociale est en réalité responsable de la décision du tribunal de lui retirer ses enfants.

« Je suis pratiquement sûr que l’assistante sociale est celle qui a influencé le juge avant même que nous n’allions au tribunal », a-t-il déclaré à LifeSiteNews. « J’ai eu le sentiment que le juge cherchait juste une excuse pour placer nos enfants. »

L’audience, fin novembre, a été d’emblée désastreuse. Sur le chemin du tribunal, l’une des petites a vomi sur son frère, souillant ses chaussures. En conséquence, le garçon s’est présenté au tribunal sans celles-ci, ce qui a fait mauvaise impression sur le juge. Les documents judiciaires indiquent également qu’aucun des quatre enfants ne portait de manteau à l’audience. Deux des garçons n’étaient pas présents, car ils avaient été renvoyés à l’école dans le sud de la France, et lorsqu’elle l’a appris, « le juge est devenu fou », a déclaré Clare à LifeSiteNews, « tapant sur la table, avec un comportement vraiment menaçant ».

Les enfants qui étaient présents se sont serrés les uns contre les autres. Ils n’étaient pas très ouverts lorsqu’on les interrogeait parce qu’ils étaient effrayés et intimidés par le tribunal, a déclaré Clare. Ce fait a également fait mauvaise impression sur la juge.

« Ils n’ont pas beaucoup parlé à la juge parce qu’elle était très intimidante », a déclaré la mère. « Je la trouvais moi-même intimidante, alors Dieu sait ce qu’ils ont pensé d’elle. »

David s’est présenté accompagné d’un avocat, au contraire de Claire. Décontenancée par la présence de l’avocat, Clare a accusé David de lui avoir jeté un lit de camp — ce qu’il avait fait, plus de vingt ans auparavant, avouet-t-il — et d’être un malade mental, ce que David récuse. David, piqué au vif, a accusé Clare de lui avoir jeté une tasse et d’avoir pointé un couteau sur lui. Il a également émis des critiques injustifiées à l’encontre de l’école des garçons aînés, ce qu’il regrette aujourd’hui. Clare regrette d’avoir dit du mal de son mari au juge, et a déclaré à LifeSiteNews que sa motivation était de pouvoir garder ses filles dans l’école catholique qu’elles aiment.

« Nous avons donc vraiment commis de grosses erreurs », a déclaré David à LifeSiteNews. « Aucun de nous n’est violent, mais je pense que nous n’aurions pas pu davantage gâcher l’audience ce jour-là. »

Les écrits du tribunal — qui n’ont jamais été traduits en anglais pour les Graham, et que ces derniers contestent — sont d’une triste lecture. Ils allèguent que la situation financière de la famille était « extrêmement précaire », avec de nombreuses factures impayées. Les travailleurs sociaux ont allégué en octobre que les deux plus jeunes garçons n’allaient pas à l’école et que les deux plus âgés ne voulaient pas retourner dans leur pensionnat. Ils ont également allégué que David trouvait cette école trop stricte et même que Clare avait annoncé qu’elle voulait divorcer de son mari et partir avec les enfants pendant les vacances scolaires d’octobre. (Clare nie avoir jamais voulu divorcer).

Les écrits du tribunal évoquent la séparation de novembre et la surprise de l’école publique lorsque les garçons ne se sont pas présentés en classe. Ils indiquent que David a déclaré qu’il avait peur de s’opposer à leur transfert dans le Calvados, car il pensait que Claire pourrait le dénoncer comme dément aux services d’urgence. Ils affirment qu’il avait également peur de voir Claire quitter la France avec les enfants. Ils affirment également que Claire a déclaré que David était psychotique, qu’il avait un casier judiciaire au Royaume-Uni et qu’il l’avait agressée.

Clare conteste vigoureusement la plupart des déclarations contenues dans les écrits du tribunal.

Ceux-ci indiquent également que les travailleurs sociaux pensaient que les objections catholiques de Clare à l’égard des écoles publiques locales étaient de nature à la discréditer : « Mme Graham dit qu’il serait terrible pour [l’enfant] qui ne sait ni lire ni écrire d’aller dans une école publique [...]. Elle considère que les enseignements de l’école laïque sont inadéquats et immoraux. »

Trois enfants de la famille Graham

Clare a raconté à LifeSiteNews que l’assistante sociale de l’AEMO qu’elle pensait être son amie s’est levée lors de l’audience et a dit que Clare ne voulait pas que ses enfants aillent dans les écoles publiques parce qu’on y distribue des contraceptifs. Clare s’est sentie humiliée par les regards qui ont suivi cette déclaration.

Les documents affirment également que les enfants ne parlent pas français, ce qui, affirme Clare, est « un mensonge ». Elle précise que ses plus jeunes filles sont dans un pensionnat de religieuses français depuis trois ans, et que les enseignants ont déclaré que les filles parlent français couramment. Les deux plus jeunes garçons, reconnaît-elle, ne parlent pas encore couramment car ils ne sont pas allés à l’école depuis longtemps. Le document suggère également que les enfants ont eu une scolarité déficiente, ce que Clare nie avec véhémence.

La décision du juge a choqué les deux parents. Au lieu de prendre parti pour l’un ou l’autre sur la question de la scolarisation, le juge a décidé que les enfants devaient leur être retirés :

Bien que séparée matériellement du fait du départ de Mme Graham dans le département du Calvados peu avant l’audience, la résidence habituelle des mineurs n’a été accordée à aucun des deux parents, cette situation ayant vocation à perdurer dans la mesure où Mme Graham a indiqué ne pas envisager une séparation judiciaire pour le moment de son mari. Elle parle de difficultés à confier les enfants au père, ce que les services sociaux n’ont pu vérifier. Enfin, il faut noter que si M. Graham déplore les choix de son épouse, les considérant comme contraires aux intérêts de leurs enfants communs, il n’a jamais pris position pour la protection des enfants jusqu’à présent. Dans ces conditions, il est impossible de confier les mineurs à l’un ou l’autre des parents. Aucune personne n’est en mesure d’être désignée comme tiers digne de confiance et aucun membre de la famille ne semble résider sur le territoire national, et il convient de rappeler que la famille était très isolée dans l’Orne.

Les enfants mineurs, qui vivent avec leur mère dans le Calvados, seront donc placés pendant 6 mois. Les parents obtiennent des visites médiatisées (en présence de tiers) tous les 15 jours en alternance, avec possibilité d’allégement de ces mesures.

Clare Graham a déclaré à LifeSiteNews que sa fille aînée, âgée de 22 ans, a demandé à prendre en charge ses frères et sœurs pour qu’ils puissent être ensemble, mais sa requête a été refusée. Au moins une de ses filles adultes « réside effectivement sur le territoire national ».

Georgina Graham a déclaré à LifeSiteNews au nom de tous ses frères et sœurs que leurs parents ne les ont jamais négligés. « Nous n’avons jamais été négligés par nos parents de quelque manière que ce soit », a-t-elle déclaré par courriel, ajoutant : « Ils ont toujours mis les enfants d’abord. »

C’était comme un cauchemar

La décision de la juge n’a pas été immédiate, car elle avait dit qu’elle devait y réfléchir. Clare a été stupéfaite quand elle a reçu une lettre environ deux semaines plus tard lui annonçant que les enfants allaient être « placés », c’est-à-dire confiés à une famille d’accueil. Au début, il y eut un long retard : Clare pensait que c’était parce qu’aucune famille d’accueil ne voulait prendre les six enfants ensemble. Son avocat commis d’office a également fait appel et, semble-t-il, la cour d’appel était disposée à suspendre le placement si Clare pouvait prouver que les enfants étaient scolarisés. À ce moment-là, les quatre garçons étaient déjà inscrits dans des écoles publiques du Calvados, et les plus jeunes recevaient même des cours de soutien.

« J’ai cru que c’était terminé », dit Claire, en parlant de la menace d’enlèvement des enfants.

Lorsque les « personnes chargées du placement » — deux femmes — se sont présentées au domicile de Claire le vendredi 13 mars pour lui annoncer que les enfants lui seraient retirés le lundi suivant, la mère venait de recevoir une lettre de la cour d’appel lui demandant de fournir certains documents.

« Elles ont contacté le juge, qui a dit aux personnes chargées du placement de séparer les enfants car aucune famille ne prendrait six enfants ensemble », affirme Clare. « J’ai dit aux personnes chargées du placement que tout allait bien pour les enfants ; ils étaient tous à l’école [et] nous n’avions aucun problème. Ils m’ont rembarrée en disant que le juge voulait qu’ils soient placés et qu’ils allaient donc être placés. »

Clare était dévastée.

« Nous avons fui », dit-elle. « Je ne pouvais pas rester assise et les laisser se faire prendre comme ça. »

Les travailleurs sociaux avaient dit à Clare de faire des valises et de préparer les enfants à partir pour leurs foyers d’accueil. Clare et l’une de ses filles adultes ont bien fait leurs valises, mais elles ont fui la petite maison du Calvados le lundi avec les enfants. Les filles, rentrées du pensionnat le vendredi précédent, étaient avec elles.

Le passeport britannique de Clare était arrivé à expiration et, bien qu’elle en ait fait la demande, elle n’avait pas encore reçu de passeport britannique pour les enfants. En conséquence, ils ont déménagé d’un endroit à l’autre en France avant de revenir finalement auprès de David et de la maison familiale dans l’Orne. Là, ils ont dû baisser leur garde, pense Clare, car en regardant par la fenêtre tôt le mardi 6 avril, elle a vu la police arriver.

« Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie », dit-elle.

La maison de l’Orne est constituée de deux logements réunis. Les policiers ont « éventré » l’un d’eux avant de pénétrer dans l’aile où Claire s’était cachée dans une chambre avec les enfants.

« Nous les avons entendus qui étaient tous à côté, moi et les enfants, et les enfants étaient terrifiés », se souvient-elle.

Georgina Graham a décrit ce que c’était que d’être de l’autre côté du mur :

Je me suis réveillée vers 7 heures du matin et mon père m’a dit de me dépêcher de descendre — « La police est là pour te voir ». Quand je suis descendue, j’ai été confrontée à environ dix ou douze policiers dans la cuisine. Le chef s’est approché de moi ; il était très agressif et frustré parce qu’ils n’avaient toujours pas retrouvé ma mère et les six enfants après trois semaines de recherches. Il a haussé le ton et a déclaré qu’il avait été ridiculisé à cause de moi et de ma famille. Il a alors dit : « Je vais vous demander une dernière fois où ils sont, et si vous ne me le dites pas, vous serez arrêtée sur-le-champ et placée en détention jusqu’à ce que vous le fassiez. » J’ai répondu : « Je ne sais toujours pas où ils sont » et j’ai été arrêtée, fouillée et mise en cellule.

La police a fini par enfoncer la porte de la chambre à coucher, et l’un des garçons a eu tellement peur qu’il s’est fait pipi dessus.

« Mes [cinq] enfants ont été arrachés de mes bras par les services sociaux, puis rapidement embarqués dans des voitures et emmenés au loin, extrêmement choqués », raconte Clare. « Rien ne m’avait préparée à cela ; c’était comme un cauchemar. »

Le fils de 15 ans a été emmené par la police, seul et effrayé, pour être interrogé. Clare et David ont été arrêtés et accusés d’avoir enlevé leurs propres enfants, et leurs filles adultes ont également été arrêtées et accusées. Selon leur mère, ces dernières ont été gardées dans des cellules de police pendant trois heures.

Georgina a raconté qu’alors qu’ils la conduisaient au poste de police, les policiers se moquaient de la terreur de la plus jeune des enfants.

« Alors que j’étais dans la voiture de police, j’ai entendu les policiers rire de façon hystérique de la façon dont leur collègue avait crié et défoncé la porte où mes frères et sœurs étaient cachés, en faisant mourir de peur mon frère qui a cinq ans », a-t-elle déclaré à LifeSiteNews.

La situation ne s’est pas améliorée dans les postes de police distincts où les Graham ont été conduits. « La manière dont la police m’a traitée fut terrible », se souvient Clare. « On m’a gardée pendant 11 heures sans même me proposer un verre d’eau. Le policier qui m’interrogeait s’obstinait à me crier au visage, et deux autres policiers présents avec lui trouvaient cela amusant. »

Clare accuse les travailleurs sociaux, eux aussi, de trouver leur situation risible. Lorsque les travailleurs sociaux sont venus chez elle en mars pour dire qu’ils prenaient ses enfants, Clare les a entendus rire et se demander qui parlait le mieux anglais, dit-elle. Lorsque les « personnes chargées du placement » sont venues au commissariat de police pour emmener son fils de 15 ans, elles ont ri avec les policiers de l’idée de mettre la famille en cellule. Plus tard, lorsque les services sociaux ont rappelé l’une des filles adultes, ils ont laissé un message sur son téléphone, ont oublié de raccrocher et « on pouvait clairement entendre qu’ils en riaient en arrière-plan », selon Clare.

Les enfants ont été séparés et placés dans des familles différentes, qui ne partagent pas leur foi et ne les emmènent pas à la messe dominicale. Les deux filles, âgées de 9 et 10 ans, ont été placées chez un Algérien musulman et sa femme française, contre la volonté de Clare. Les filles de Clare lui ont dit que la personne qui s’occupe d’elles a déclaré vouloir les emmener visiter l’Algérie. Entre-temps, lorsque Clare s’est étonnée que sa fille, qui aime les robes, soit habillée, lors d’une visite, d’un jean noir acheté par leurs parents d’accueil, une assistante sociale lui a dit que c’était une bonne chose que les enfants soient placés, car ainsi ils pouvaient « s’exprimer ».

Pas d’écoles catholiques, pas de messe catholique — mais le prosélytisme musulman des parents d’accueil est acceptable ?

Clare dit qu’elle n’a vu ses enfants que deux fois depuis le 5 avril, alors que la plupart des gens ont la possibilité de rendre visite à leurs enfants placés en famille d’accueil une fois par semaine. Les enfants ne sont autorisés à l’appeler et à lui parler que pendant 15 minutes au maximum, et uniquement les semaines où ils ne l’ont pas vue. Entre-temps, sa demande pour que ses enfants continuent à fréquenter les écoles catholiques a été rejetée. La semaine dernière, on lui a dit que cela améliorerait son dossier si elle signait un formulaire indiquant qu’elle allait désormais scolariser tous ses enfants dans des écoles publiques.

« Je récupérerai donc mes enfants si je fais ce qu’ils me disent de faire », a-t-elle déclaré.

Bien que les enfants n’aient pas été autorisés à aller à la messe, deux d’entre eux reçoivent une instruction religieuse d’un tout autre genre.

« J’ai parlé avec mes filles ce soir, et elles ne sont pas du tout heureuses », déclarait Clare à LifeSiteNews le 13 mai. « Elles demandent sans cesse quand elles pourraient rentrer à la maison. Chose choquante, elles ont demandé si elles pouvaient assister à la messe [de l’Ascension] aujourd’hui, mais au lieu de cela, on leur a dit comment faire les prières musulmanes », a-t-elle poursuivi. « Je pense que cela a été fait délibérément. [Les travailleurs sociaux] savaient qu’il s’agissait de filles issues d’un pensionnat religieux, et pourtant elles ont été placées chez un musulman et sa femme. »

Pendant ce temps, les frères et sœurs dans les différents foyers d’accueil ne sont pas autorisés à se voir, et la demande de leur sœur Georgina de leur rendre visite a été rejetée.

La cour d’appel de Caen rendra son arrêt sur cette affaire en juin.

Les amis et la famille en Grande-Bretagne soutiennent les Graham : « C’était une famille normale. »

Une collecte de fonds a été lancée afin que les Graham aient les moyens de payer un avocat privé pour que leurs enfants puissent rentrer chez eux. Les deux parents ont déclaré à LifeSiteNews qu’ils souhaitaient retourner en Angleterre avec les enfants. Clare a l’intention de leur faire l’école à la maison avec le soutien de sa famille élargie.

Gemma Lloyd, l’Anglaise qui a mis en place la collecte de fonds, a déclaré à LifeSiteNews qu’elle est une amie de la famille Graham, ayant connu Clare dans leur communauté paroissiale du Yorkshire depuis qu’elle était petite fille.

« La mère de Clare m’a appris à la messe un jour ce qui arrivait à Clare, alors j’ai pensé que je devais essayer d’aider de différentes manières, en contactant des personnes qui pourraient l’aider en France, et puis je me suis rendue compte qu’elle avait besoin d’une aide financière », a déclaré Gemma Lloyd.

La collecte de fonds a été retardée pendant que Clare était assistée par l’avocat commis d’office, mais lorsque cela s’est avéré vain, Lloyd a lancé la page de dons. « Nous voulions lui offrir ce qu’il y a de mieux, vraiment », a-t-elle déclaré.

Gemma Lloyd a vu Clare et ses enfants dans le Yorkshire la dernière fois où ils y étaient de passage, lorsque le plus jeune était un bébé ; elle affirme que les enfants étaient « aussi normaux que possible » : « C’était simplement une famille normale. »

Interrogée sur les raisons pour lesquelles, selon elle, l’État français avait retiré les enfants des Graham, Mme Lloyd a indiqué qu’elle pensait que l’idéologie laïque est derrière toute cette affaire.

« Ils veulent contrôler l’esprit des enfants et leur enlever tout ce qui a trait à Dieu, tout ce qui a trait à la religion », a-t-elle expliqué. Pour moi, le pays catholique que fut la France n’est plus catholique. Il est plus ou moins communiste, conformément aux mises en garde de la Vierge de Fatima. »

La mère de Clare, Sheila Campbell, a déclaré à LifeSiteNews qu’elle-même et son mari sont très angoissés par toute cette situation.

« Nous avons 18 petits-enfants et avons essayé de nous impliquer avec eux tous, car je crois que les grands-parents ont beaucoup à offrir aux jeunes en leur donnant une expérience plus large de la vie », a déclaré Mme Campbell par courriel.

Et d’ajouter : « George (mon mari) et moi avons tous deux eu des grands-parents qui nous ont transmis l’amour de notre foi catholique, ainsi que des conseils avisés sur la vie elle-même… Je suis donc bouleversée par le fait que mes jeunes petits-enfants aient été enlevés dans ces circonstances, sans aucune raison que je puisse comprendre. On nous a refusé la permission de leur parler au motif que nous leur parlerions en anglais et qu’ils ne comprendraient pas ce qui se dit. Pourtant, nous n’avons guère l’intention de conquérir le monde ! »

Mme Campbell a encore été bouleversée d’apprendre que ses plus jeunes petites-filles étaient instruites dans les prières islamiques. « Je sais bien que c’était l’Aïd, mais plus important encore, c’était l’Ascension, et elles auraient dû assister à la messe, pas à une célébration musulmane », a-t-elle déclaré.

Comme sa fille, elle estime que les petites ont été placées dans ce foyer en particulier parce qu’elles venaient de terminer leur troisième année dans un pensionnat religieux alors qu’elles ont été enlevées à leur famille. « [Les filles] demandaient à Clare hier soir pourquoi elles ne pouvaient pas retourner chez les religieuses, où elles étaient à l’aise et heureuses », affirme la grand-mère, ajoutant : « Je ne saurais exprimer correctement à quel point je suis bouleversée et émue par cette situation. Nous voulons tous simplement que les enfants retrouvent leur famille et, dès que possible, qu’ils retournent dans le Yorkshire avec leur famille élargie qui est incrédule face à toute cette affaire », affirme une lettre écrite par la grand-mère.

Clare Graham n’a pas reçu d’aide des autorités britanniques, même si sa mère a contacté son membre du Parlement et écrit à de nombreuses autres personnalités, dont le Premier ministre Boris Johnson. L’ambassade britannique à Paris a été d’une utilité limitée. Clare a déclaré à LifeSiteNews que l’ambassade britannique avait commencé à aider à rapatrier la famille au Royaume-Uni, mais que « tout cela s’est arrêté » après l’audience. Clare pense que lorsqu’elle a contacté l’ambassade britannique, alors qu’elle était en fuite, le fonctionnaire auquel elle a parlé a appelé les services sociaux pour rapporter la conversation. L’une des difficultés de l’affaire est que Clare ne croit pas que ses six plus jeunes enfants soient des citoyens français, mais les fonctionnaires français avec lesquels ils ont eu affaire affirment qu’ils le sont bel et bien.

Entre-temps, le médecin de Clare en France lui a apporté son soutien et a récemment écrit deux lettres au tribunal pour dire, que la mère « s’est toujours bien occupée des enfants et n’a pas eu de problèmes de santé mentale », rapporte Clare.

Selon la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, un enfant a, « dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux. » La Convention stipule également que l’enfant a le droit « de préserver son identité, y compris sa nationalité, son nom et ses relations familiales tels qu’ils sont reconnus par la loi, sans ingérence illégale » L’enfant a également le droit à « la liberté de pensée, de conscience et de religion ».

L’article 30 de la Convention est très clair sur les droits des enfants des minorités ethniques, comme le sont les enfants anglophones de Graham en France : « Dans les États où il existe des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques ou des personnes d’origine autochtone, un enfant appartenant à une de ces minorités ne peut être privé du droit d’avoir, sa propre vie culturelle, de professer et de pratiquer sa propre religion ou d’employer sa propre langue en commun avec les autres membres de son groupe. »

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