François Legault veut éliminer la liberté d'expression
Le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ), François Legault, veut limiter la liberté d’expression des groupes religieux. Il désire couper les vivres aux organismes qui s’opposent au mariage gai et qui ne reconnaissent sa définition de l’égalité homme-femme. Le chef «caquiste» croit que la Charte des droits et libertés de la personne est trop permissive à son goût.
Sanctions drastiques
Par conséquent, sous un régime de la CAQ, des sanctions drastiques seraient imposées à ceux qui critiqueraient les droits des conjoints de même sexe et qui diffèreraient de son point de vue en matière de relation homme-femme. François Legault croit que les groupes religieux ne devraient plus enseigner ni prêcher une remise en question de la pratique homosexuelle. Pour bien comprendre la teneur de ses propos, le 5 février dernier, Paul Arcand lui demandait jusqu’où il était prêt à aller pour pénaliser les prédicateurs réprouvés par les Caquistes. Lors de cette entrevue, l’animateur de l’émission citait le cas d’un pasteur affirmant qu'il aime les homosexuels, mais qu'ils ont tout simplement besoin de guérison. À ceci, le chef de la CAQ attestait que dans un tel cas on se doit de lui enlever ses droits et privilèges. Il irait jusqu’à retirer le droit d’enregistrement de son organisme. Sans contredit, j’appelle cela une offense à la liberté d’expression. Ainsi, un gouvernement caquiste nous obligerait à croire ce qu’il juge convenable; il jouerait un rôle plus restrictif que jamais.
Liberté restreinte et sans limite
Avec de telles lois en vigueur, j’aurais l’impression de ne plus vivre dans un pays libre. Pire encore, j’aurais l’étrange sentiment de faire partie d’une société qui se contredit... La Coalition Avenir Québec dit une chose et son contraire. D’un côté, en se disant Charlie, la CAQ prône une liberté d'expression sans limite. D’un autre côté, elle est prête à incriminer ceux qui questionnent les valeurs sociales qu’elle prône. Avec la Coalition Avenir Québec au pouvoir, je vivrais donc dans une société pro-liberté d'expression sans limite à la carte; trouvez l’erreur!.. Le chef caquiste ne croit manifestement plus à la liberté d’expression mur à mur; il croit à une liberté restreinte sans limite. Par souci de cohérence, François Legault doit ainsi annoncer qu’il n’est plus entièrement Charlie!
Monsieur Legault, la liberté d’expression est un des joyaux de l’Occident. En mettant à l’index les propos que vous jugez inacceptables, vous mettez fin à tout débat sur l’homosexualité et l’égalité homme-femme. De plus, vous vous enlignez pour couper les ressources à des organismes qui font du bien aux familles, aux couples, aux jeunes et à tous ceux qui ont besoin d’aide. Votre vision de la liberté ressemble beaucoup à la mise à l’index qui régnait au Québec avant la révolution tranquille. Dans ma compréhension de la liberté d’expression, si tout est dit avec respect et bon sens, chaque point de vue a sa place, même s’il diffère du mien. Gardons la Charte des droits et libertés de la personne intacte et faites confiance au jugement des Québécois. Ils sont en mesure de faire la part des choses, ils n’ont pas besoin de l’État pour savoir ce qui est acceptable socialement. De grâce, ne limitez pas notre liberté d’expression.
Je ne suis pas Charlie
Les événements survenus dans les locaux du Charlie Hebdo ont fait couler beaucoup d’encre. Les terroristes ont fait de ces victimes des martyrs du droit au blasphème. Certes, tout être sain d’esprit ne peut qu’être indigné par ce carnage opéré par une bande de gens déséquilibrés, insensibles à l’Esprit de Dieu et sans scrupule. Quoiqu’il en soit, laissez-moi vous expliquer pourquoi je ne suis pas Charlie…
Précision oblige
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je veux m’assurer que les lecteurs saisissent bien l’esprit de mon discours. Soyons clairs! Je déplore les actes de barbarie qui sont survenus dans les locaux du Charlie Hebdo, j’en suis attristé, voire même indigné. Pour ma part, je ne puis que compatir avec l’entourage de ces victimes, je partage leur douleur. Les propos désobligeants émis par le Charlie Hebdo ne justifient en rien ces actes cruels. Ils ne méritaient pas un tel sort.
Incohérence des meurtriers
Cet attentat démontre à quel point les terroristes islamiques sont incohérents. Dans ma compréhension de l’Islam, un vrai disciple d’Allah devrait exercer miséricorde aux caricaturistes qui dessinent des images de son prophète et non les abattre cruellement. Effectivement, puisque le Coran affirme qu’Allah est miséricordieux, son disciple doit en suivre l’exemple, non? Ainsi donc, ces terroristes ne peuvent pas s’identifier à un dieu miséricordieux, un dieu cruel certes, mais du moins, pas le dieu qu’ils revendiquent. Cela démontre que les auteurs de ces atrocités sont des gens cruels, irrévérencieux envers leur dieu et incohérents.
Droit au blasphème
Les événements du Charlie Hebdo ont indigné des millions d’êtres humains et ce, avec raison. De ce fait, il est tout à fait justifié de condamner à l’unisson ces actes de méchanceté. Par contre, là où je crois que la population s’égare c’est lorsqu’elle se dit Charlie. Effectivement, elle mêle liberté d’expression et droit au blasphème. Dans une société civilisée, nous devons user de civisme et de civilité. Nous avons le droit, par notre conscience, de nous opposer aux idées, aux croyances et aux valeurs des autres. Cependant, cela ne nous donne aucunement le droit d’être disgracieux, voire irrespectueux envers ceux qui ne partagent pas les mêmes idées que les nôtres. Accorder le droit au blasphème dénature le civisme. Or, la liberté d’expression se doit d’être accompagnée de civisme spécialement dans une société qui croit à la dignité humaine et le respect des institutions qui la composent. C’est pourquoi, en valorisant le droit au blasphème Charlie Hebdo perd mon appui; sa philosophie va à l’encontre de mes valeurs. En valorisant le droit au blasphème, Charlie Hebdo n’est plus un outil de critique, il devient un agresseur. En étant agresseur, il provoque l’affrontement.
Légitimer le non-sens
De son côté, une société qui encourage le droit au blasphème vénère une culture de confrontation, de provocation et de mort. Le roi Salomon disait que tous ceux qui s’égarent de la sagesse encensent la mort (Proverbes 8 :35-36). Ainsi, en légitimant le droit au blasphème on établit le non-sens comme un paramètre acceptable de notre société. Légitimer le non-sens démontre dans quel chaos existentiel nous habitons. Ce que le Québec a besoin de valoriser, dans tous nos débats de société, c’est : le respect, la dignité, la noblesse et l’élégance. C’est ainsi que nous allons inspirer les uns et convaincre les autres.
Éthique d’expression
Rire, caricaturer, questionner, critiquer et s’opposer font partie des droits légitimes des êtres humains. Je suis un des premiers à les revendiquer. Maintenant, est-ce possible que tout cela s’exerce civilement, décemment et dignement ? Si la réponse est oui, le droit au blasphème ne devrait plus être valorisé au Québec. Une culture saine et libre parle d’éthique d’expression plutôt que de droit au blasphème, fierté oblige; voilà pourquoi je ne suis pas Charlie.
« Charlie Hebdo »
Pendant que j'écris cette réflexion, la France vient de déclarer l'état d'alerte maximum dans tous ses départements.
Un attentat terroriste dans les locaux du très populaire journal satirique «Charlie Hebdo» a eu lieu, il y a quelques minutes, à Paris. Il y aurait une quinzaine de morts et plusieurs blessés.
Ce massacre barbare doit être dénoncé sur toutes les tribunes dans le monde entier. Aucune raison ne peut justifier un tel geste. Il y a cependant un autre côté à la médaille.
«Charlie Hebdo» est très populaire en France et au Québec. C'est un journal extrémiste tant au niveau des textes que des caricatures. Les gens qui y travaillent sont tous athées.
Quel est le contenu de ce journal ? Tout ce qui est scandaleux et sexuellement croustillant est immédiatement publié. On attaque sur tous les fronts sans aucune retenue les personnes, les institutions et les RELIGIONS.
Depuis quelques années la cible principale de «Charlie Hebdo» ce sont les croyants. Les juifs, les musulmans et les catholiques passent régulièrement dans le tordeur de la rédaction et des caricaturistes en dépassant les bornes.
Quand la satire devient odieuse, méprisante, insultante, vicieuse, décadente, dégradante, écœurante, violente, etc., ce n'est plus drôle du tout.
Quand ce journal a pour objectif de faire une croisade en règle pour promouvoir l'athéisme, c'est inacceptable. Quand ce journal présente les croyants en Dieu comme des obscurantistes, des moyenâgeux, des idiots et des névrosés qui n'ont pas évolué, c'est inacceptable. Quand ce journal se délecte en salissant de façon vulgaire le plus possible les symboles religieux des grandes religions, c'est inacceptable. Quand ce journal ridiculise le Pape de façon très méchante, ainsi que les personnages des autres religions, c'est inacceptable.
Devant toutes ces attaques contre la religion (la cible préférée de «Charlie Hebdo»), on a le droit et le devoir de réagir de façon PACIFIQUE. On a le droit et le devoir de défendre notre religion et nos croyances sur la place publique.
Je suis bien d'accord qu'il faut avoir le sens de l'humour. Malheureusement, «Charlie Hebdo» manque de plus en plus de raffinement à ce chapitre. Le mépris et la grossièreté très à la mode de nos jours ce n'est pas de l'humour.
Dans notre monde décadent, le dieu «liberté d'expression» n'a plus aucune balise. On peut se permettre de dire, d'écrire et de caricaturer n'importe quoi.
Ma réflexion n'excuse surtout pas l'horrible attentat qui vient de se produire à Paris ; mais, on peut affirmer qu'on récolte toujours ce qu'on a semé.
Qui sème le vent, récolte la tempête.
Paul-André Deschesnes
Beloeil, Québec
Canada
MISE-À-JOUR (8 janvier)
Commentaire de Georges Buscemi, président de Campagne Québec-Vie
Plusieurs ont été rebutés par la phrase qui conclut le texte ci-dessus « Qui sème le vent, récolte la tempête ».
L'auteur aurait pu tout aussi bien dire : « Le meurtre est horrible, mais le blasphème et le mépris de l'autre l'invite. »
M. Paul-André Deschesnes n'est pas le premier, ni le plus illustre à faire ce rapprochement entre le manque de respect d’une part et le meurtre de l’autre. On peut lire dans le Nouveau Testament (Matthieu 5, 22) la parole suivante de Jésus:
« Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens: Tu ne tueras point; celui qui tuera mérite d’être puni par les juges. 5.22 Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d’être puni par les juges; que celui qui dira à son frère: Raca! mérite d’être puni par le sanhédrin; et que celui qui lui dira: Insensé! mérite d’être puni par le feu de la géhenne.»
La raison profonde pour cette juxtaposition est la suivante: le non-respect, le mépris, goutte par goutte, empoisonne les relations humaines et mène au meurtre. On peut et on doit dénoncer le meurtre, mais on a pas le droit de dire que le non-respect et le mépris n’a rien à voir avec. Comme le dit Bossuet: «Dieu se moque de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes» Il aurait pu tout aussi bien dire «Dieu se moque de ceux qui déplorent la récolte qu’ils ont eux-mêmes semée»
Certains se demandent peut-être comment un si «petit» délit (une caricature irrespectueuse et blasphématoire) peux mener à un si grand crime. C’est que vous ne comprenez pas que Dieu est une personne pour les croyants, une personne parfaite et parfaitement aimable que l’on doit honorer.
Si un père de famille voit sa fille qu’il aime de tout son cœur se faire violer par une bande de dégueulasses, et il trouve une mitraillette et la décharge sur eux, vous allez déplorer ce meurtre, mais vous allez en quelque sorte…comprendre. Vous allez vous dire, «le père doit payer pour ce crime, mais ces salauds ont semé ce qu’ils ont récolté.» C’est semblable pour les croyants pour qui Dieu est encore plus aimable que la fille l’est pour le père.
Nous à Campagne Québec-Vie condamnons le meurtre de toutes nos forces. Mais le blasphème et le non respect doit aussi être condamné--ce que nous faisons aujourd'hui. Loin de nous de participer à une canonisation du blasphème et du mépris. Charlie Hebdo est une publication odieuse, elle dépasse les limites de l’acceptable ET les terroristes doivent être trouvés et punis sévèrement.
Un projet de loi du Parti libéral du Québec sur la neutralité religieuse
Sur le site du journal Le Soleil du 19 novembre 2014 :
(Photo : fveronesi1 sur flickr.com, licence creative commons)
Le projet de loi sur la neutralité religieuse de l'État que parrainera sa ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, énoncera que le «modèle québécois d'accueil et de vie commune» est fondé sur l'«interculturalisme».
Il établira que les services publics doivent être donnés et reçus à «visage découvert», ce qui exclura donc le niqab et la burqa.
À lire sur le sujet également, l'article « L'État ne peut être neutre : réflexion de Campagne Québec-Vie sur l'euthanasie et la " charte des valeurs québécoises " »
La prière chrétienne au conseil municipal n'enfreint pas le premier amendement de la constitution américaine
Sur le site du journal La Presse du 5 mai 2014, ce jugement de la Cour Suprême des États-Unis :
(Photo : khayman sur wikimédia.org, licence creative commons)
(...)Une telle prière récitée dans un contexte civique «suggère que son but et son effet sont de reconnaître les dirigeants religieux et les institutions qu’ils représentent, plutôt que d’exclure ou de contraindre les non-croyants», a écrit le juge Anthony Kennedy pour la majorité. (...)
Espérons que cet excellent jugement inspirera notre magistrature sur la poursuite du Mouvement laïque québécois contre la prière au conseil municipal du maire Jean Tremblay.
Rappel des dernières dérives de la démocratie québécoise contre la liberté religieuse et jugement à l'ONU
Sur le site du journal Le Devoir du 14 novembre 2013 :
(La charte des valeurs du Parti Québécois sera assurément rejetée par l'ONU)
(Photo : wikimedia.org, sans copyright)
Jacques Frémont, le président de la Commission des droits et libertés de la personne, déclarait il y a quelques jours que le projet de charte des valeurs « frapperait un mur » devant les tribunaux. La proposition du constitutionnaliste Daniel Turp — lancée lundi matin dans ce journal — de recourir à la clause dérogatoire pour éviter ce mur y mène tout autant, mais cinq ans plus tard !
En effet, personne parmi ceux qui évoquent ce possible recours n’a rappelé qu’en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés, une clause dérogatoire a une durée de vie de cinq ans.(...)
Cependant, il n’est pas certain qu’une disposition dérogatoire aussi générale réussirait l’épreuve judiciaire. En effet, la Cour suprême a statué il y a bien longtemps dans l’affaire de la loi-décret de 1982 sur les conventions collectives qu’une telle clause doit préciser le droit ou la liberté constitutionnelle auxquels la loi veut se soustraire.
De fait, l’Assemblée nationale s’est pliée ensuite à cette décision. (...)Retour des choses
Par un étonnant retour des choses, c’est aujourd’hui cette même mouvance laïque qui propose de recourir à une clause dérogatoire. Même si on veut la noyer, comme le fait le professeur Turp, dans une clause générale, la liberté qui sera en fait visée est celle et uniquement celle de la liberté de conscience et de religion. Il vaudrait mieux le dire clairement, même si c’est très gênant.
Ce sera en effet très embarrassant face à l’opinion internationale. Car, non seulement provoquera-t-on ici une crise politique (renouvelable tous les cinq ans !), mais il faudra tôt ou tard faire face à la contestation qui sera faite de cette clause devant le Comité des droits de l’homme des Nations unies. Et ici, sa réprobation ne soulève guère de doute.(...)
C’est ce même comité qui, rappelons-le, a aussi condamné Québec pour avoir interdit l’affichage bilingue dans la loi 101 et pour y avoir ajouté une clause dérogatoire après s’être fait condamner par la Cour suprême du Canada. Et Québec a reculé.
Devant un mur, il est généralement préférable de reculer et de trouver une autre issue.
Jean-Pierre Proulx - Journaliste et professeur retraité
Qui a l'autorité de poser des limites à la liberté religieuse?
Dans le contexte du débat sur le projet de Charte des valeurs, il est important de proclamer le droit à la liberté religieuse, liberté qui est certainement bafouée par cette proposition de Charte. Cependant, et c’est le but de cet article, il est tout aussi important d’affirmer les limites de la liberté religieuse, sans lesquelles au nom de la liberté religieuse et de conscience, il serait interdit d’interdire quoi que ce soit, y compris l’avortement ou la polygamie (voir l’excellent article de la chroniqueuse Lise Ravary sur le sujet), par exemple. De plus, j’offre des éléments de réponse à la question : qui a l’autorité de poser des limites à la liberté religieuse, et pourquoi?
Un texte d’opinion, par Georges Buscemi
La question de la liberté religieuse (laïcité, laïcisme, charte des valeurs québécoises, etc.) est très présente dans l’actualité.
Or, on entend parler certains défenseurs de la liberté religieuse d’une « laïcité ouverte » comme étant la voie à suivre pour le gouvernement, contre les dérives théocratiques d’une part et laïcistes de l’autre. (La laïcité ouverte est un régime qui permet un maximum de liberté de religion, tandis que la laïcité fermée est un régime ou l’expression religieuse, surtout en ce qui a trait à la fonction publique, est beaucoup plus circonscrite.)
Cependant, il me semble que maintenant il serait bien d’expliciter en quoi la liberté religieuse a ses limites, et pour quelles raisons.
Par exemple, on pourrait dire que le refus de permettre la polygamie (le refus de modifier la définition du mariage pour inclure ce type d’union) serait une atteinte à la liberté religieuse, car, par exemple, les musulmans sont favorables à la polygamie, puisque cette forme d’union a été pratiquée par leur prophète.
Ou encore, on pourrait dire qu’un refus de permettre le « mariage » gai (de modifier la définition du mariage pour inclure ce type d’union), est une atteinte à la liberté religieuse, car plusieurs églises libérales célèbrent ce type de « mariage », et de quel droit peut-on refuser de reconnaître ce qu’une église considère une « alliance sacrée » entre deux personnes?
Un autre exemple : plusieurs églises et autres religions cautionnent l’avortement, comme un acte en soit regrettable, peut-être, mais de toute façon parfaitement légitime. Soit que leur anthropologie justifie cet acte, soit qu’ils ne considèrent pas tous les humains comme égaux pour des raisons purement théologiques, qu’importe : le résultat est que pour eux cela serait un manque de respect envers leurs croyances que de leur refuser un acte qui, selon leur point de vue, est licite.
On peut aussi penser à l’euthanasie, à la contraception, au rôle des femmes, et beaucoup de choses de ce genre, comme enjeux où un État qui souhaiterait sauvegarder la liberté religieuse aurait intérêt à trancher mais hésiterait peut-être à le faire, par peur de heurter une sensibilité religieuse quelconque.
Or, si la liberté de religion n’a pas de limites, on voit bien ce qui se dessine sous le prétexte de défendre la liberté religieuse d’autrui : une « dictature du relativisme », un chaos complet.
Maintenant la question se pose : comment trancher en matière de liberté religieuse, quoi proposer comme limites et, ce qui est le plus important, qui a l’autorité de le faire quand plusieurs groupes se disputent entre eux?
Solution catholique
Les chrétiens catholiques, se basant sur le texte Dignitatis Humanae, la déclaration du 2e concile du Vatican sur la liberté religieuse, parlent du droit à la liberté religieuse, « dès lors que l’ordre public juste est sauvegardé. » (section 3) Mais encore, qui définit « ordre public juste »? Si on répond : c’est par la « raison droite » (la loi naturelle) que l’on peut établir les règles d’un ordre public juste, une nouvelle question s’impose, à savoir : qui tranche quand deux groupes (religieux, idéologiques, ou autre) aux opinions divergentes se réclament de la « raison droite »?
Ici je vous offre ce que je crois être la réponse de l’Église (j’invite mes lecteurs de me corriger si j’ai tort) : selon l’Église catholique, elle seule a reçu de Dieu l’autorité de trancher dans les circonstances où deux groupes, se réclamant de la « raison droite », divergent sur un aspect de la loi naturelle.
Et donc, en dernière instance, seule l’Église catholique a l’autorité de se prononcer sur les limites à poser à la liberté religieuse de certaines religions, même si du point de vue de ces religions leurs pratiques sont « raisonnables » et « en faveur du bien commun ».
Aussi, l’État, qui doit promouvoir le bien commun temporel, a le devoir de s’enquérir auprès de l’Église catholique et de recevoir et mettre en pratique son enseignement lorsque survient un débat sur une question de loi naturelle que les intervenants ordinaires (universités, parlements, etc.) n’ont pas réussi à résoudre.
De plus, l’État, garant du bien commun temporel, a le devoir de se plier le plus possible (c’est une question prudentielle) à l’enseignement de l’Église si le consensus établi (en matière d’avortement, d’euthanasie, etc.) est contre l’enseignement moral de l’Église, enseignement qui n’est nul autre que la raison droite sans mélange d’erreurs.
Problèmes potentiels avec cette solution : comment savoir avec un degré suffisant de certitude que Dieu aurait donné à l’Église catholique le mandat d’enseigner l’humanité sur la question de la loi naturelle? Aussi, y a-t-il une nature humaine, et s’il y en a une, peut-on en découvrir les impératifs qui en découlent?
Solution démocratique
Plusieurs diraient en quelque sorte que c’est « la démocratie » qui aurait à décider des limites de la liberté religieuse. Mais encore, cela veut dire quoi, concrètement ?
Il me semble que cela ne pourrait pas équivaloir à donner à la majorité un pouvoir absolu sur la minorité. L’Allemagne Nazi des années 30 était une démocratie... Donc, comme au Canada, nous avons normalement des institutions, comme la Cour suprême, qui limite le pouvoir de la majorité à imposer ses vues à une minorité. Encore dans le cas du Canada, nous avons sept juges de la Cour suprême qui trancheront, par exemple, sur la « constitutionnalité » de la Charte des valeurs québécoises, si jamais cette dernière recevait l’aval de l’Assemblée nationale.
Mais pourquoi donnerait-on l’autorité de décider des limites de la liberté religieuse à sept juges -- par ce que ce sont des gens sages, intelligents? La réponse serait plutôt parce qu’ils sont des experts reconnus en loi, et qu’ils sont interprètes de la Charte canadienne des droits et libertés (de 1982). Mais encore, cette charte, est-elle remplie d’autorité ? Son origine est-elle divine ? Si on dit simplement qu’elle est imbue d’autorité, car elle est démocratique, nous sommes revenus à la case départ, soit de dire que l’autorité réside dans le peuple, ce qui cautionnerait toutes les atrocités commises par des démocraties bien en règle qui imposèrent la volonté de la majorité sur des minorités.
Ou bien alors on pourrait dire : la Charte de par son préambule nous indique qu’à Dieu seul appartient l’autorité de trancher sur les questions telles où dresser des limites à la liberté religieuse (« Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit »). Mais encore, quel Dieu, celui de Mohammed ou celui de Jésus, ou bien d’un autre? Les juges dans ce cas doivent être théologiens en plus d’être juristes et cette piste semble nous mener vers la solution catholique...
Autres solutions?
Il me semble que toute autre solution (solution protestante, solution islamique, solution marxiste, etc.) ressemblerait à l’une ou l’autre des deux solutions décrites ci-haut. J’avoue que c’est difficile de choisir, mais je maintiens que cette question d’autorité, spécialement dans le domaine de la liberté religieuse, est incontournable. Pour tout dire : pour une liberté politique authentique, il faut une autorité légitime. Mais qui est cette autorité ?
Je vous invite à me répondre, si vous avez des idées...