Une première réplique publiée, du Dr Serge Daneault, au rapport de la Commission "Mourir dans la Dignité
Le journal La Presse du 28 mars 2012 donne enfin la parole à un opposant de taille du rapport de la commission "Mourir dans la dignité". À méditer:
Les militants du lobby euthanasiste ont enfin obtenu ce qu'ils estiment être une assurance contre la souffrance. Largement inspirés et assistés de groupes similaires d'autres pays, ils ont convaincu les parlementaires de leur donner pleinement raison en manipulant leur compassion à partir d'un étalage grotesque de la souffrance inhérente à l'humaine condition.
Il s'agit d'une décision unanime au parfum de propagande applaudie par tout le parquet du Parlement et les autorités du Collège des médecins et du Barreau du Québec.
Les personnes opposées à la décriminalisation de l'euthanasie n'ont pas été entendues même si leurs témoignages constituent une majorité des mémoires déposés. À juste titre, elles se surprennent que, comme le Collège des médecins et le Barreau, la commission n'ait pas été indisposée des 1000 Belges et 500 Hollandais qui sont euthanasiés chaque année sans leur consentement et sans que, dans la plupart des cas, ils n'en aient jamais discuté avec leur médecin.
Ce silence donne l'impression que tout était déjà décidé et que cette consultation ne constituait qu'une façon de légitimer de nouvelles façons de faire mourir les gens.
Ce document changera à jamais notre rapport individuel et collectif à la mort, à la vie, et à la médecine. La mort perd son caractère mystérieux et imprévisible, car l'homme se donne le droit de délibérément la causer; la vie perd son sens dans celui qu'elle a toujours cherché et donné à l'épreuve, qui n'a plus d'autre qualificatif que celui d'intolérable; et la médecine perd sa suprême obligation de toujours chercher à soulager la souffrance en ayant acquis le droit de supprimer le souffrant.
Dorénavant, ceux qui accepteront d'aller au devant des personnes souffrantes devront travailler avec un couteau sur la gorge, chaque malade pouvant recourir à l'ultimatum extrême: «Si tu ne parviens pas à me soulager, tue-moi!».
J'ai choisi d'être aux premières tranchées devant la souffrance inéluctablement liée à notre condition d'être humain. Maintenant que la loi m'obligera à trouver un autre médecin pour effectuer l'euthanasie à ma place, je me sentirai complice obligé comme si l'on me demandait de commettre un crime et que, m'y refusant, j'identifierais l'individu chargé de le commettre à ma place. Cette disposition inacceptable est profondément immorale.
Le rapport dit expressément qu'on n'attendra pas que les soins palliatifs soient offerts à tous pour permettre l'euthanasie. Espérons que le gouvernement, qui laisse depuis des années à des fondations privées le soin de développer l'offre de services en soins palliatifs, déboursera de sa poche le coût des euthanasies.
À l'instar des maisons de naissance, souhaitons qu'on crée des maisons de mort où tout sera fait proprement selon les règles, comme on le voit dans le film prophétique Soleil vert (1973). Cela laissera le reste du système de santé libre de cette équivoque: d'un côté, on se bat pour la vie; de l'autre, on donne la mort.
Désormais, la vie des Québécois sera entre les mains des médecins qui décideront si la souffrance d'autrui est intolérable ou non. On peut se demander si la disponibilité de l'euthanasie ne soulagera pas plutôt la souffrance du médecin confronté à son impuissance de guérir et de soulager.
Je souhaite que les opposants à l'euthanasie cessent toute collaboration aux gestes et aux politiques euthanasiques. Afin que cela soit clair pour mes patients et mes collègues, je porterai dorénavant sur mes vêtements de travail un carreau blanc pour que chacun sache à quoi s'en tenir.
Et si je reçois quand même des demandes, je les référerai au Collège des médecins du Québec. Les autorités médicales ont été la source du débat et le célèbrent actuellement de leurs applaudissements. J'espère que leur responsabilité sera entièrement assumée si un seul citoyen du Québec est mis à mort par un médecin sans qu'il y ait consenti. Mais les morts ne parlent pas. Les autorités médicales n'auront donc rien à craindre.
Serge Daneault
Médecin au service de soins palliatifs à l'hôpital Notre-Dame du CHUM, l'auteur a coécrit l'ouvrage Être ou ne plus être?: débat sur l'euthanasie (2010).
La liberté religieuse dans les écoles du Québec est en péril!
Dans une entrevue donnée à l'agence de presse Zenit, la présidente de l'Association des Parents Catholiques du Québec répond de façon concise aux questions du journaliste sur la situation déplorable de la liberté religieuse dans les écoles au Québec. Un très bon résumé de la situation.
ROME, mercredi 21 mars 2012 (ZENIT.org) – Au Québec, des parents catholiques réclamant pour leurs enfants l’exemption d’un « Cours d'éthique et culture religieuse » ont été déboutés. C’est l’occasion de découvrir les enjeux d’une telle demande et de la réponse de la cour. L’association des parents catholiques du Québec (APCQ) présente ces enjeux, et l’enjeu principal : la liberté religieuse.
Zenit – Madame Jean Morse-Chevrier, vous êtes présidente provinciale de l'Association des parents catholiques du Québec: quels sont ses objectifs ?
M0me Jean Morse-Chevrier - Nous avons 8 objectifs principaux. Tout d’abord, coopérer avec les autorités responsables pour assurer l’excellence de l’enseignement et doter la province d’un système scolaire axé sur le primat de la personne humaine et sur son épanouissement dans toutes ses dimensions : physique et intellectuelle, morale et religieuse, professionnelle, civique et culturelle.
Mais aussi promouvoir l’éducation et la culture chrétiennes dans tous les milieux de vie de l’enfant et de la jeunesse, propager et appliquer les principes du droit naturel et de la doctrine de l’Église en matière d’éducation et de culture.
Pour ce qui concerne les parents nous cherchons à les amener à une prise de conscience plus intense de leurs responsabilités d’éducateurs, en les informant des problèmes d’éducation et en les invitant à participer à l’élaboration des solutions.
Nous avons une représentation auprès de l’Église, de l’État et des corps sociaux nationaux et internationaux.
Enfin, nous voudrions aider à former de véritables familles chrétiennes par une meilleure compréhension des problèmes conjugaux, familiaux, financiers, culturels et religieux.
Le combat pour la vraie liberté d'enseignement semble se faire plus difficile depuis quelques années au Canada? Pourquoi?
En ce qui concerne le Québec, il y a une volonté politique de déconfessionnaliser le système scolaire depuis 50 ans.
En 1997, le gouvernement du Québec a demandé au gouvernement fédéral d'abolir les protections constitutionnelles en faveur des commissions scolaires catholiques et protestantes pour le Québec.
Ainsi, depuis l'introduction de la « Charte canadienne pour les droits et libertés » plus de pouvoir est accordé au juridique. Les juges ne répondent pas à l'électorat et sont de tendance libérale pour la plupart.
Il y a aussi eu une option en faveur du multiculturalisme qui nuit aujourd'hui aux majorités chrétiennes.
En février, des parents de Drummondville qui réclamaient une exemption pour ses enfants du Cours d'éthique et culture religieuse (ECR) a exprimé sa déception après avoir été débouté par la Cour suprême. Qu’est-ce que les parents objectent au cours d’ECR?
Nous avons formulé dix objections principales. Primo, ce cours banalise la religion en plaçant toutes les religions, spiritualités, mouvements religieux et visions du monde sur un pied d’égalité.
Plus encore, il représente faussement la religion, en le présentant sans sa dimension transcendante. Par exemple dans les noms du divin on ne trouve pas le nom de Jésus.
Le cours ne permet pas non plus de comprendre chacune des religions, car aucune d’elle n’est présentée dans son entièreté. Chacune est présentée de façon partielle à travers un ensemble de thèmes où les contenus d’une religion sont juxtaposés aux contenus des autres religions. Par ex. on parle des célébrations et on met côte à côte, Noël, Sukkoth, Wesak, Divali, la Fête des mères etc. À la fin de ce cours, on peut prévoir que l’enfant ne connaîtra ni sa propre religion ni celle des autres et qu’il aura une très grande difficulté à démêler l’une de l’autre.
Il veut également initier l’enfant à l’ensemble des religions : il doit connaître les écrits sacrés, comme le Coran, les Vedas, le Tripitaka, la Bible, ainsi que les façons de prier et de méditer des différentes religions. En étant introduit aux pratiques et croyances des religions, il est susceptible de délaisser sa propre religion au profit d’une autre qui peut sembler attirante par sa nouveauté ou tout autre caractéristique.
J’insiste par ailleurs sur cette véritable invasion de la vie privée de la famille et de l’enfant qui est appelé à partager en groupe ses croyances et les pratiques religieuses de sa famille ou de sa communauté.
Ainsi, le cours interfère avec l’autorité parentale et la relation parent-enfant, car l’enfant est appelé à remettre en question les croyances et convictions qu’il a reçues de sa famille et de sa religion.
On regrette aussi que par là l’enfant n’apprenne pas ce qui est bien et mal mais plutôt que différentes personnes ont des façons différentes de voir les questions d’ordre moral et il est appelé à remettre en question les convictions qu’il a reçues de sa famille ou de sa religion.
On invite l’enfant à développer de l’autonomie face aux questions d’ordre moral alors que sa pensée n’est pas encore pleinement développée et qu’il n’a pas une expérience suffisante pour juger de l’impact de différentes positions sur des questions d’éthique.
On oppose tolérance à vérité ou identité. Mais en réalité, plus que la tolérance ou l’acceptation des personnes, ce cours encourage les jeunes à tolérer tous les points de vue, ce qui va à l’encontre de l’enseignement moral de bon nombre de religions. Ce ne sont pas toutes les positions qui sont acceptables sur des questions d’ordre moral ou religieux.
Enfin, ce cours identifie la « Charte des droits et libertés de la personne » comme point de référence pour les valeurs communes à développer. Il encourage l’enfant à adopter les valeurs communes publiques qui sont souvent beaucoup moins exigeantes au plan moral que les valeurs religieuses. Ceci a pour effet de priver le jeune de balises morales qui pourraient le soutenir pendant son développement.
Quels droits ont les écoles privées au Québec?
Ils doivent enseigner l’ECR, ainsi que ceux qui font l'école à la maison. L'école secondaire catholique Loyola de Montréal a gagné en cour supérieure à Montréal le droit de donner un cours équivalent mais selon une perspective catholique. La Cour d'appel entendra la cause le 8 mai 2012.
Quelle est la position du Vatican?
Lors du 15e Forum européen sur l'enseignement de la religion qui a eu lieu à Rome, en avril 2010, le préfet de la Congrégation pour l'éducation catholique, le cardinal Zenon Grocholewski a rappelé l'importance de l'enseignement de la religion dans les écoles « comme un outil privilégié pour comprendre et accepter l’autre ».
Le préfet a mis en garde contre « un enseignement religieux qui se contente de présenter les différentes religions dans une perspective comparative qui peut causer de la confusion ou entraîner les élèves vers le relativisme et l'indifférence religieuse. » Etant donné l’environnement multi ethnique et multi religieux actuel, il estime « d’autant plus important d’avoir un enseignement confessionnel de haute qualité, capable de maintenir l'identité distincte de cet enseignement, de servir d’introduction aux élèves à la connaissance de la religion catholique et de créer ainsi les conditions nécessaires à la formation d’une identité bien ancrée seule capable de soutenir le dialogue avec les autres religions. »Il a déploré le choix de « certains pays » qui, par leurs politiques ou lois scolaires, « cherchent à influencer le contenu de l'enseignement religieux et à réduire les droits des parents et des responsables religieux. »
En 2009, il avait déjà adressé une circulaire aux président des Conférences épiscopales sur l’enseignement de la religion dans l’école, dans laquelle il soulignait notamment que l’œuvre éducatrice repose sur les parents comme premiers responsables de l’éducation, ce qui implique le droit de choisir une école qui garantisse une éducation conforme aux propres principes religieux et moraux.
Et à propos de la liberté religieuse, il a des déclaration limpides : « La liberté religieuse est le fondement et la garantie de la présence de l’enseignement de la religion dans les écoles publiques. Une conception anthropologique ouverte à la dimension transcendantale en est la condition culturelle. Dans les écoles catholiques, l’enseignement de la religion est une caractéristique essentielle du projet éducatif et on ne peut y renoncer ».
Il apporte cette précision sur la différence avec la catéchèse : « L’enseignement de la religion est différent et complémentaire de la catéchèse, car il s’agit d’un enseignement scolaire, qui ne réclame pas une adhésion de foi, mais transmet des connaissances sur ce qu'est le christianisme et la vie chrétienne. En outre, il enrichit l’Eglise et toute l’humanité de laboratoires de culture et d’humanité ».
Déclaration de force de l'épiscopat américain
Il est heureux de voir l'alliance des différentes communautés chrétiennes des États-Unis pour défendre la justice et la liberté religieuse dans leur pays. Le site de riposte-catholique.fr du 15 mars 2012 nous apporte cette nouvelle:
Hier, 14 mars, la commission administrative de la Conférence épiscopale des États-Unis a rendu publique une déclaration intitulée United for Religious Freedom (unis pour la liberté religieuse), qui constitue la synthèse de la position catholique sur le HHS Mandate du gouvernement Obama. Bill Donohue, président de la Catholic League, a fait paraître immédiatement un communiqué saluant la fermeté de la Conférence. En voici la traduction.
La déclaration United for Religious Freedom est l’exposé le plus net de la pensée catholique contemporaine sur la liberté religieuse en Amérique. Rien n’y est laissé de côté.
Elle traite directement du mandat du ministère [fédéral] de la Santé [HHS] qui cherche à obliger les institutions catholiques à but non lucratif, à couvrir des services qu’elle juge inacceptables pour ses polices d’assurance. Ne mâchant pas ses mots, la déclaration stipule que le décret du HHS est « injuste et illégal ».
Elle déboulonne beaucoup de mythes de toute cette affaire : il ne s’agit pas de contraception, il ne s’agit pas que des droits religieux catholiques ; il ne s’agit pas pour l’Église catholique d’imposer sa volonté aux autres. Ce qui est en cause, c’est la tentative du gouvernement fédéral de nous imposer son programme. Il ne s’agit pas d’une opposition à une couverture santé universelle (l’Église est depuis longtemps le champion de ce droit). Il ne s’agit pas de choisir un camp politique. Ce qui est en cause, c’est la liberté religieuse.
Plus important encore, la déclaration argumente sur le fait que le décret du HHS tente de créer trois classes dans les droits des citoyens : en définissant les droits religieux comme ne pouvant s’appliquer qu’à ceux qui travaillent pour des institutions religieuses qui emploient ou servent essentiellement des personnes de leur propre foi, le gouvernement Obama a relégué à un statut de deuxième classe ceux qui travaillent dans des institutions religieuses qui servent tout le monde. Ceux qui ne sont pas des employeurs religieux mais qui toutefois rejettent pour des raisons religieuses le financement de plans d’assurance immoraux, se retrouvent dans une troisième classe de citoyens.
La bonne nouvelle, c’est que les évêques ne reculent pas : aucun compromis possible quand il s’agit de nos droits constitutionnels, des droits qui viennent de Dieu, comme l’affirme la déclaration, et non du gouvernement. Cela réchauffe le cœur de lire que « l’ampleur sans précédent de cette dernière menace ne fait que renforcer notre résolution » à faire ce qu’il est juste de faire. Les évêques peuvent être assurés du soutien sans réserve de la Catholic League.