L'euthanasie des enfants et des autres ne pouvant se prononcer, en Belgique
La Belgique est « en avance » d'une décennie. Alors que le Québec veut suivre ses traces en voulant permettre l'euthanasie et en affirmant qu'il n'existe pas de pente glissante dans le domaine, les Belges discutent, eux, d'euthanasier les enfants et certaines personnes qui ne pourraient le demander ou consentir à leur propre euthanasie... pour leur bien, il va sans dire! Sur le site de euthanasiestop.be du 1er avril 2013 :
D'abord, l'euthanasie des enfants. Par hypothèse, l'euthanasie d'un enfant sera décidée par ses parents, et non par l'enfant lui-même (« les très jeunes patients ne seront pas en mesure d'émettre eux-mêmes une demande d'euthanasie », reconnaît l'auteur de cette proposition de loi sur le site Web de son parti). On excipe de la souffrance intolérable d'enfants malades. Nul ne la conteste et, dans ce crépuscule effroyable de la vie végétalisée qui annonce la mort, les praticiens ne s'acharnent guère. Mais qui ne voit que la consécration d'un droit à part entière ouvrira progressivement les vannes de l'infanticide par commodité ? Même en assortissant ce droit de garanties procédurales, comment éviter que des parents ne posent le choix terrible d'euthanasier leur enfant malade par confort (financier, émotionnel, pratique) ?
Déjà, le confort est déterminant de la plupart des interruptions volontaires de grossesse (IVG), qui devaient initialement ne concerner que les cas de détresse. Les partisans de l'avortement nous avaient expliqué que, dans les premières semaines, l'enfant n'est pas encore constitué et que, dès lors, le droit de la mère prime celui d'un être qui n'est pas tout à fait humain. Cet argument s'estompe avec l'euthanasie des enfants — sauf à considérer que la maladie d'un enfant le ferait régresser à un stade pré-humain. Il s'agit bien, à présent, quels que soient les termes utilisés, d'investir un parent du droit exorbitant de décider de la mort de son enfant.Voici que l'on débat, plus généralement, de l'euthanasie décidée pour et à la place d'une personne qui, malade, ne serait plus en mesure de former son propre jugement. Là encore, comment éviter que le confort de l'auteur du décret fatal — par exemple, le fils ou la fille de l'intéressé(e) — ne prime d'autres considérations, plus altruistes ? S'en assurer supposerait de sonder son âme. L'un de mes proches est mort d'une tumeur cérébrale. Son épouse l'a accompagné jusqu'au bout et il a rendu son dernier souffle chez lui. Avec la loi envisagée, nul n'aurait pu s'opposer à une demande d'euthanasie, certainement pas l'intéressé, qui avait progressivement perdu l'usage de la parole. Un ami est mort grabataire, après trois longues années de souffrance. Il ne cessait de me dire qu'il attendait la mort. Mais il n'a jamais voulu qu'on la lui administre. La dernière année, il ne parlait plus. N'étaient l'amour et le courage de son épouse, qui, avec la loi envisagée, aurait pu s'opposer à ce que l'on hâte son trépas ?Ainsi des réformes en apparence étrangères — avortement, euthanasie, euthanasie des enfants, euthanasie pour autrui — sont-elles liées par une vraie cohérence : le droit au confort se hisse au premier rang des droits de l'homme. Triomphe de l'hédonisme, loi du plus fort, appropriation de la personne.
Le désir d'euthanasie, pathologie des bien-portants...
Sur le site de ichtus.fr, cette entrevue avec le Dr Lucien Israël, cancérologue de renom.:
(L'un des nombreux livres du Dr Lucien Israël)
Lucien Israël : J’ai été longtemps médecin des maladies graves. Pendant des années, même des décennies, j’ai entendu les patients me dire avec confiance "docteur, je sais que je suis en danger, je remets ma vie entre vos mains, faites pour le mieux". Je constatais alors que, lorsque l’on fait pour le mieux, les patients même si vous n’avez pas pu les guérir ne demandent pas l’euthanasie. Ils percevaient qu’ils existaient pour toute l’équipe médicale ; que nous nous battions pour leur donner toutes leurs chances et ne demandaient pas qu’on mette fin à leurs jours. En quarante ans de cancérologie, je ne me suis trouvé qu’une seule fois confronté à une demande d’euthanasie. Je sais donc d’expérience que si l’équipe médicale s’occupe du malade avec respect et détermination, la question de l’euthanasie ne se pose pas.Aviez-vous cette position contre l’euthanasie dès le début de votre carrière ou est-elle le résultat de votre réflexion et de votre expérience ?L. I. : Ecoutez, je n’ai jamais eu aucune hésitation. Je ne suis même pas sûr de m’être posé la question. En tout cas, je ne m’en souviens pas. J’ai commencé à y réfléchir quand on m’a demandé d’écrire un ouvrage sur le sujet. Auparavant, j’étais tout simplement occupé à défendre les existences qui m’étaient confiées et je n’avais pas été placé devant cette demande. En tout cas, pas par les patients ; cela m’est arrivé de la part des familles. Et c’est un point que je ne cesse de souligner - car il est important dans le débat qui se déroule actuellement -, l’euthanasie est une question qui préoccupe, en réalité, bien plus les bien-portants que les malades. Les familles des malades en fin de vie finissent par ne plus supporter l’inquiétude d’une part, le fait d’être ramené à l’idée de leur propre disparition d’autre part. C’est, dans l’immense majorité des cas, inconscient - elles ne s’en rendent pas compte - mais j’ai pu l’observer à de nombreuses reprises. Déprimées et anxieuses, elles souhaitent qu’un terme soit mis à cette douloureuse situation.Du côté des malades, ce n’était pas la même chose. Nous les avons accompagnés du mieux que nous pouvions. Tous mes élèves et toutes mes infirmières se sont dévoués à cette tâche sans aucune restriction et nous avons reçu des lettres postées in extremis de la part de patients qui nous remerciaient de notre attention. Ils avaient observé que nous leur avions donné toutes leurs chances et qu’il n’y avait eu aucune négligence. En d’autres termes, ils avaient compris que nous attachions un prix infini à leur existence. J’ai mesuré tout cela un jour - je le vivais mais je n’y avais pas réfléchi pendant les premières années -, et c’est devenu pour moi évident.Par ailleurs, j’ai appris de mathématiciens que le prix de la vie est infini parce qu’il y a 10 puissance 80 circuits potentiels dans le système nerveux d’un être humain - le nombre de particules dans l’univers. Par conséquent, si même le soleil explosait dans 5 milliards d’années, il n’y aurait pas eu deux humains identiques. Chaque homme est, ici-bas, une exception à part entière. Il faut donc le traiter comme tel. Bien entendu, il y a l’inévitable question de la signification spirituelle. Je ne suis pas personnellement sûr de l’existence d’un au-delà mais je dois dire que je le crois bien plus vraisemblable aujourd’hui qu’au début de ma carrière.(...)Vous expliquez dans votre dernier livre que le malade redoute moins la douleur que l’abandon...L.I. : Absolument ! Il redouterait la souffrance si on ne faisait rien. Mais, et je le répète dans toutes mes interventions, nous pouvons venir à bout de toute douleur. L’argument de la douleur pour défendre l’euthanasie est un faux argument.La deuxième raison invoquée par les partisans de l’euthanasie, c’est la dignité de l’homme. Cette affirmation m’est absolument insupportable parce que la dignité d’un être humain ne réside pas dans le fonctionnement de ses organes. Si on lui donne le sentiment de ne pas être abandonné et d’être reconnu en tant qu’homme, il conserve toute sa dignité. Rappelons en outre que s’il y a des patients qui demandent parfois l’euthanasie, ce n’est pas seulement en raison de symptômes physiques non maîtrisés mais du fait de l’anxiété dans laquelle on les laisse. Or, même celle-ci peut être médicalement contrôlée. Cela fait partie du traitement qui peut être donné dans des circonstances difficiles.En réalité, l’euthanasie est une question de civilisation. Il y a des quantités de médecins qui ne sont pas informés de leur mission et des quantités de bien-portants qui pensent qu’on peut mettre fin à des vies. Cela ne leur pose pas de problème - comme disait Freud, "l’inconscient se croit toujours immortel" - jusqu’au jour où ils seront eux-mêmes confrontés à la situation...Si les enfants apprennent un jour que la société accepte qu’il soit possible de mettre fin à la vie de leur grands-parents, la rupture du lien symbolique entre les générations sera dramatique. En luttant contre l’euthanasie, nous ne luttons pas seulement pour la survie de personnes en fin de vie mais nous livrons un combat pour la survie d’une culture et d’une civilisation.(...)Comment distingue-t-on euthanasie passive et euthanasie active ?L. I. : Partons de deux exemples. Dans les centres de réanimation, il arrive que des personnes dans un coma profond depuis des années se réveillent sans que la médecine sache pourquoi. En auraient-elles la possibilité en cas de légalisation de l’euthanasie ? Dans les mêmes centres, il y a aussi des personnes qui sont non seulement cliniquement mais aussi physiologiquement morts : le cœur ne bat que grâce à une appareil d’assistance, les poumons ne respirent que par un respirateur artificiel, l’électro-encéphalogramme est plat. Ce sont des fausses vies et il est absurde de reprocher à un médecin d’arrêter ces appareils qui n’entretiennent qu’une survie artificielle. Cette euthanasie passive, puisque c’est ainsi qu’on l’appelle, n’a en réalité rien à voir avec une euthanasie. Débrancher les appareils d’assistance, ce n’est qu’admettre qu’il n’y a plus de vie.(...)L’opposition à l’acharnement thérapeutique est souvent considérée comme un soutien à la légalisation de l’euthanasie. Au-delà de la manipulation des sondages, ne pensez-vous pas que la question des malades en fin de vie demeure méconnue ?L. I. : Sans aucun doute. Ce n’est pas pour rien que la demande d’euthanasie vient des bien-portants. Le problème de la fin de vie mériterait d’être enseigné en ayant recours à des exemples comme ceux des soins palliatifs. Dans l’immense majorité des cas, les patients qui sont traités dans les centres de soins palliatifs ne demandent pas qu’on les euthanasie. Je n’exclue pas que certaines familles le fassent, mais les patients non, parce qu’on les traite jusqu’au bout comme des personnes humaines à part entière : on les soulage, on leur témoigne respect et compassion, on prend toutes les dispositions afin qu’ils puissent mener leur réflexion spirituelle...Il faudrait enseigner dans les écoles cette attitude vis-à-vis de la vie humaine afin que les enfants comprennent, dès leur plus jeune âge, que tout doit être fait en faveur de la vie jusqu’à son terme plutôt que de décider d’en finir. C’est une pathologie de certains bien-portants que de souhaiter l’euthanasie active.A ce sujet, vous expliquez que la déchéance est en réalité dans le regard des bien-portants. N’est-ce pas la caractéristique d’une société marquée par le jeunisme, la compétition, la beauté à tout prix ?L. I. : C’est aussi cela ; sans aucun doute. Les modèles proposés par la télévision et plus largement par les médias, sont effectivement des modèles de jeunesse, de beauté... L’image donnée des personnes âgées est négative. On en a assez entendu parler à propos de la canicule. Il y a un problème de solidarité et de reconnaissance. Elle fléchit dans la conscience des jeunes, mais aussi dans la conscience d’un certain nombre de donneurs de leçons !Si, dans la tête des jeunes, il se glissait l’idée que l’on peut mettre fin à une vie humaine, ce serait extraordinairement dangereux pour toutes les générations qui viennent. Je pense qu’il faudrait des entretiens dans ce domaine dans le cadre de la formation des maîtres. Il est nécessaire également de trouver le moyen d’aborder ce problème avec les jeunes enfants afin qu’ils comprennent que chaque vie humaine est unique et que la civilisation a grandi en la défendant. Ce n’est pas seulement à l’Assemblée nationale ou au Comité d’éthique d’en discuter, c’est à chacun d’entre nous d’en prendre conscience.Il faut vraiment que la défense de la vie humaine devienne une valeur de notre culture enseignée partout. Autrefois, il n’était pas besoin de l’enseigner parce que c’était admis universellement. Les modèles étaient donnés dès le départ dans l’éducation par une sorte de réflexe. C’était culturel. Aujourd’hui, il faut s’en occuper activement.(...)Vous avez évoqué la formation des maîtres. Abordons maintenant celle des infirmières et des médecins. Sont-ils assez sensibilisés à la question de la mort ?L. I. : Il n’y a pas de formation philosophique. Personnellement, j’ai eu la chance d’avoir des maîtres qui ne faisaient aucun discours mais il suffisait de les voir faire pour comprendre ce qu’était la médecine et le devoir du médecin. Je pense que cette formation mériterait de faire partie des programmes. Ce serait probablement une petite révolution parce que ce n’a jamais été le cas. Mais aujourd’hui, c’est devenu nécessaire. J’ai plaidé en outre pour quelque chose de, je dirais, plus révolutionnaire. L’entrée en faculté de médecine dépend entre autres des aptitudes mathématiques. Je pense qu’on devrait remplacer cela par des examens psychologiques qui permettraient de déceler les personnalités adaptées à se mettre au service d’autrui et celles qui ne le sont pas, même si elles ont un quotient intellectuel élevé. Il faut instruire les infirmières et les médecins. Ils faut qu’ils soient conscients de leurs devoirs vis-à-vis de l’humanité.
Dix années après la légalisation de l'euthanasie en Belgique, des experts se prononcent sur un fiasco
Sur le site de lalibre.be du 13 juin 2012, on retrouve cette lettre signée par une multitude de spécialistes médicaux et juridiques sur la question:
(Les jumeaux belges euthanasiés par crainte d'une prochaine cécité.)
L’euthanasie est-elle la manière appropriée de rencontrer la souffrance des personnes en fin de vie ?Dix ans après la dépénalisation de l’euthanasie en Belgique, il nous semble important de réfléchir à cette question. Partons d’un constat : des soins médicaux appropriés, un accompagnement psychologique et une présence aimante aux côtés du malade suppriment souvent la demande d’euthanasie. Il arrive un moment où les traitements curatifs deviennent inutiles et sources de désagréments disproportionnés par rapport aux bénéfices escomptés. Tout le monde s’accorde aujourd’hui pour dire qu’ils doivent être arrêtés pour ne pas tomber dans l’acharnement.Par contre, il faut continuer et intensifier les soins d’accompagnement et de confort, c’est-à-dire les soins palliatifs. Ceux-ci favorisent une authentique mort dans la dignité, tout en évitant d’abréger délibérément la vie. De très nombreux professionnels de la santé et bénévoles accompagnent la vie finissante avec une persévérance qui force l’admiration. Jour après jour, rejetant toute forme d’acharnement thérapeutique, ils mobilisent les ressources de plus en plus efficaces de la médecine actuelle pour soulager et rendre supportable la douleur physique. Par leur écoute, leur professionnalisme et leur générosité de cœur, ils apaisent le malade et le soutiennent jusqu’à son dernier souffle de vie. La présence de la famille et des proches est elle aussi essentielle. En des moments particulièrement intenses, nombreux sont ceux qui ont découvert qu’au lieu de donner la mort, il est plus beau et gratifiant de donner de la qualité de vie jusqu’au bout.Sans aucun doute, toute demande d’euthanasie doit être écoutée et reçue avec compréhension. Nous mesurons en effet l’extrême gravité et le poids de ces situations angoissantes où le patient n’en peut plus. Mais la société doit-elle nécessairement accéder à cette demande ? Une telle demande est souvent un appel à l’aide. A cet appel, et il faut le redire avec force, la seule réponse appropriée est de soutenir le désir de vivre qui se manifeste dans toute expression d’une demande de mort.Cependant, une dépénalisation de l’euthanasie n’est-elle pas inéluctable dans une société laïque et pluraliste comme la nôtre ? L’euthanasie est souvent revendiquée comme l’ultime liberté : celle de pouvoir choisir l’heure et la manière de sa mort. Toutefois, remarquait récemment Luc Ferry, elle fait peser sur le médecin la charge de procurer cette mort. On se retrouve ainsi confronté au paradoxe d’une liberté qui met en lumière l’absence d’autonomie de l’individu par le besoin qu’il a d’autrui pour mourir. L’euthanasie est donc loin d’être une affaire purement individuelle. C’est ce qui distingue l’euthanasie de la "liberté" du suicide qui, tout en interpellant la société, ne reçoit pas son aval et n’engage pas le corps médical.L’autorisation légale de l’euthanasie a quant à elle un impact sur le tissu social et sur notre conception sociétale de la médecine. Elle transgresse un interdit fondateur et affecte en cela même les bases de notre démocratie, en délimitant une classe de citoyens à qui on peut donner la mort avec l’aval de la société. Dès lors qu’elle revêt une indéniable dimension sociopolitique, l’euthanasie peut être légitimement récusée au nom d’intérêts publics supérieurs : la sauvegarde des fondements de la démocratie et la protection de la spécificité de la médecine, connue depuis toujours comme l’"art de guérir", et non comme l’art de faire mourir.Notre propos est largement attesté par les faits : l’euthanasie dégrade la confiance au sein des familles et entre les générations; elle instille de la méfiance à l’égard des médecins; elle fragilise les personnes les plus vulnérables qui, sous l’effet de diverses pressions, conscientes ou inconscientes, peuvent se croire moralement obligées d’exprimer une demande d’euthanasie.En dépénalisant l’euthanasie, la Belgique a ouvert une boîte de Pandore. Les dérives envisagées il y a dix ans sont aujourd’hui devenues une réalité. La Commission fédérale de contrôle émet elle-même des doutes sur sa capacité à remplir sa mission, celle-ci étant liée au respect de l’obligation de déclarer les euthanasies pratiquées. Peut-on raisonnablement imaginer qu’un médecin se dénonce lui-même s’il n’a pas respecté les conditions légales ? A la lecture des rapports de la commission, on constate que les conditions, qui se voulaient strictes au départ, font l’objet d’appréciations très élargies. Sont ainsi avalisés des cas de suicide assisté de même que des euthanasies justifiées par une souffrance psychique qui ne résulte pas d’une pathologie grave et incurable, alors que ces situations sont exclues du champ d’application de la loi.Estimant en outre que le caractère insupportable de la souffrance est d’ordre subjectif, la commission hésite à vérifier que cette condition légale essentielle est bien remplie. Ne peut-on s’étonner que la commission n’ait jamais transmis de dossier au parquet en dix ans ? Peut-on affirmer, sans parti pris idéologique, que la loi est respectée et que la pratique de l’euthanasie est sous contrôle ? A fortiori, les nombreuses propositions d’assouplissement ou d’élargissement de la loi actuelle, en particulier aux mineurs d’âge et aux déments, suscitent notre plus vive inquiétude. Comme il était prévisible, une fois l’interdit levé, nous marchons à grands pas vers une banalisation du geste euthanasique. Force est de constater que, paradoxalement, plus une société refuse de voir la mort et d’en entendre parler, plus elle se trouve encline à la provoquer.Dix ans après la dépénalisation de l’euthanasie en Belgique, l’expérience atteste qu’une société faisant droit à l’euthanasie brise les liens de solidarité, de confiance et d’authentique compassion qui fondent le "vivre ensemble", et en définitive se détruit elle-même. Aussi en appelons-nous à une évaluation objective et courageuse de la loi, plutôt qu’à son assouplissement ou son extension.Collectif de professionnelsDr B. ARS, président de la Société médicale belge St-Luc; Prof. J.-M. AUWERS (UCL); Dr Ph. BALLAUX, Dienst Hartchirurgie, Gent; Dr B. BEUSELINCK, oncologue, UZ Leuven; Prof. O. BONNEWIJN (IET, Bruxelles); V. BONTEMPS, présidente de l’Arche, Bruxelles; J-M. CHARLIER, coordinateur de l’ASBL Emmanuel Adoption; Prof. L.-L. CHRISTIANS (UCL); Dr G. de BETHUNE, pédiatre, membre du Conseil national de l’Ordre des médecins; Dr I. DE BOCK, médecin en soins palliatifs, Bruxelles; Prof. em. H. DE DIJN (KULeuven); Prof. em. A. de HEMPTINNE, Faculteit Geneeskunde, UGent; Prof. J.-P. DELVILLE (UCL); Dr C. DENEYER, Bruxelles; Prof. P.-A. DEPROOST (UCL); Dr A. de RADIGUÈS, pédiatre, Bruxelles ; Dr P. DESCHEPPER, Belgische Artsenvereniging St-Lucas; Prof. em. L. de THIBAULT de BOESINGHE, oncologue, UGent; Dr J.C. DEVOGHEL, directeur hre., Centre douleur CHU, Liège; Prof. T. DEVOS, hématologue, UZ Leuven; Prof. Chr. de VISSCHER (UCL); Dr X. De WAGTER, cardiologue, Gent; Prof. Ph. de WOOT (UCL); Prof. ém. X. DIJON (FUNDP); Dr C. DOPCHIE, oncologue, Tournai; Dr Th. FOBE, Bruxelles; Dr P. FORGET, anesthésiste-réanimateur, UCL) ; Dr M. FRINGS, médecin spécialisée en soins palliatifs; Prof. M. GHINS (UCL); W. HANCE, pasteur à La Louvière; Dr C. HENDRICKX, Charleroi ; Prof. J.-M. HENNAUX (IET, Bruxelles) ; Prof. X. HERMAND (FUNDP) ; Dr Ph. HERMANNS, Gent; Prof. L. ISEBAERT (UCL) ; Dr Ch. JANNE d’OTHÉE, pédiatre, Bruxelles; M. Mustafa KASTIT, imam et théologien; Prof. D. LAMBERT (FUNDP); Prof. Baudouin LE CHARLIER (UCL); Prof. Ch. LEFEBVRE, (UCL); Dr Th. LETHÉ, Bruxelles; Prof. I. LINDEN (FUNDP); Dr P. LOVENS, Bruxelles; Dr J.-B. LINSMAUX, Psychiatre; Prof. D. LUCIANI (UCL); Prof. S. LUTTS (UCL); M. Yacob MAHI, professeur de religion islamique; Prof. A. MATTHEEUWS (IET, Bruxelles); Prof. J. MENTEN, radiothérapie-soins palliatifs, UZ Leuven; Prof. F. MIES (FNRS-FUNDP); Prof. E. MONTERO (FUNDP); X. MULLER, philosophe; Prof. D. MANICOURT, Cliniques univ. St-Luc, Bruxelles; J. PAUTUT, pasteur à Mons; Prof. A. PERSU, Cliniques univ. St-Luc (UCL); Dr Th. PHILIPS, cardiologue, UZ Leuven; Dr K. PEDERSEN, neurologue (Erasme); Prof. H. REYCHLER, Cliniques univ. St-Luc (UCL); Prof. L. RIZZERIO (FUNDP); Prof. ém. H. SIMONART (UCL); Dr. A. SEGHERS, gynécologue; Désirée SEGHERS, juriste; Prof. B. STEVENS (UCL); R. STOCKMAN, médecin dans la santé publique, Generale Overste van de Broeders van Liefde; Dr. M. STOENOIU, chef de clinique adjoint, Cliniques univ. St-Luc, Bruxelles; J.-Cl. THIENPONT, pasteur de l’Eglise protestante d’Ixelles; Dr M. THOMEER, pneumologue, Genk; Prof. R. TROISI, Ghent University Hospital Medical School; Prof. ém. L. VAN BUNNEN (UCL); Dr P. VAN EYKEN, anatomopathologiste, Genk; Prof. ém. D. van STEENBERGHE (KULeuven); Dr P. VUYLSTEKE, Oncologue, Namur; H. WOUTERS, orthopédagogue, membre du directoire de l’European Association for Mental Health in Intellectual Disability.
Euthanasie : témoignage d'un passage du «pour l'euthanasie» au «contre l'euthanasie»
Sur le site de (texte du 17 août 2011) atlantico.fr du 10 avril 2013:
(Matthieu Creux, blogueur, auteur de l'article)
Jusqu'à il y a quelques mois, j'étais pour la légalisation très encadrée et sous conditions (au pluriel) de l'euthanasie en France. Depuis l'année dernière et une rencontre avec Nora Berra, alors nouvelle secrétaire d'État chargée de la Santé (après avoir été un temps secrétaire d'État chargée des Aînés), ma position a évolué.
Estimant que les principes de liberté et de responsabilité individuelles devaient primer sur le carcan que la société sait souvent imposer aux uns et aux autres, mon côté libéral offrait son soutien aux défenseurs du libre arbitre. Après tout, puisque je réservais l'euthanasie aux cas médicaux où la souffrance ne peut être diminuée et où l'avancée de la maladie est irréversible, quels qu'en soient les traitements administrés, pourquoi interdire à ceux qui ne vont pas s'en sortir et qui souffrent sans commune mesure avec ce que les "vivants" connaissent de décider du moment de leur mort, entouré de leurs familles ou "en écoutant Bach", comme l'écrivait en 1979 Michel Lee Landa, écrivain et fondateur de l'association pour le droit de mourir dans la dignité.Pourtant, après avoir écouté Nora Berra et Jean Leonetti, médecin, auteur de la Loi du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie (votée après l'affaire Vincent Humbert de 2003), il s'avère que la population réellement en demande d'euthanasie n'est quasi-exclusivement constituée que de personnes très souffrantes, pendant longtemps mal soignées, abandonnées par leurs proches et qui, honteuses du regard des autres devant leurs situations, demandent à en finir. C'est important de le savoir car souvent, ceux qui réfléchissent à l'euthanasie sont bien différents de ceux qui finiront par sérieusement y penser.Face à cette situation, il m’apparaît maintenant troublant de n’apporter que l’euthanasie comme saine solution. C’est plutôt un aveu d’échec. En effet :La douleur ? Les progrès pour la faire disparaître ou l'atténuer par sédation sont perceptibles chaque année et permettent aujourd'hui, d'après les médecins, un accompagnement humain de la fin de vie. En témoignent les 520 000 décès par an dans la dignité dans les services des soins palliatifs des hôpitaux français.Le sentiment d'abandon ? Il est impensable que la société se penche d’abord sur la question de l’euthanasie avant de se résoudre à juguler la solitude des mourants. Faciliter la venue des familles (aide financière au transport, résidence des familles accolées aux hôpitaux, etc..), présence médicale ou initiative associative : il n’est pas normal qu’on en laisse « pourrir » seuls au fond du trou sans aucun regard, sans aucune aide.L’opprobre vis-à-vis des malades ? Une fois qu’ils souffriront moins et qu’ils seront entourés, gageons que la sensation d’être "dérangeants" s’effacera d’elle-même chez les malades, avec leurs envies de mourir.Aujourd'hui, la loi Leonetti parait être une loi juste et équilibrée. La loi interdit strictement l'euthanasie active, c'est-à-dire donner délibérément la mort à autrui. En parallèle, l'acharnement thérapeutique, après décision collégiale du corps médical et l'accord du patient ou de sa famille, est aussi interdit lorsque la poursuite des soins est jugée inutile, disproportionnée et « n'ayant d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie ». De plus, toujours dans l'optique de préserver la dignité du malade, la loi oblige les médecins à pratiquer des soins palliatifs en soulageant la douleur du patient avant sa mort, tout en accompagnant les proches.En résumé, aujourd’hui, en France, on a le droit de ne pas continuer à vivre, mais on n’a pas le droit de demander la mort. (...)
Mgr Simard invite les fidèles et ses confrères prêtres et évêques à participer à la marche contre l'euthanasie
Sur le site de Radio Ville-Marie du 6 avril 2013:
(Mgr Noël Simard, évêque de Valleyfield)
2013-04-05 Philippe VaillancourtL’évêque du diocèse de Valleyfield participera à la Marche printanière du 18 mai contre l’euthanasie qui aura lieu à Québec. « C’est mon principal dossier présentement », affirme Mgr Noël Simard, le responsable du comité de bioéthique de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec.La marche citoyenne du 18 mai est organisée par le Rassemblement québécois contre l'euthanasie (RQCE) et est d’abord une manifestation laïque. Mgr Simard ainsi que plusieurs catholiques y prendront part, dont certains confrères évêques.Noël Simard a sensibilisé les évêques québécois lors de leur plus récente assemblée plénière qui avait lieu au mois de mars. Selon lui, l’Église catholique doit être consciente qu’il y a une sensibilisation à faire « ad intra », c’est-à-dire dans ses propres rangs.(...)
La conférence de presse de Montréal sur la marche contre l'euthanasie du 18 mai à Québec
Un rappel des Dr Patrick Vinay et Catherine Ferrier :
http://www.youtube.com/embed/YVMky-PxP-0
Plus d'informations sur la marche contre l'euthanasie ce 18 mai à Québec
Sur le site de newswire.ca du 4 avril 2013:
(Les docteurs Claude Morin, Marc Bergeron, et Louis-André Richard)
QUÉBEC, le 4 avril 2013 /CNW Telbec/ - Ce matin, le Rassemblement québécois contre l'euthanasie (RQCE) a annoncé une importante mobilisation citoyenne contre l'euthanasie lors de points de presse simultanés à Québec et à Montréal (devant le Parlement de l'Assemblée nationale du Québec et le Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal). Le 18 mai prochain, les Québécoises et les Québécois sont conviés à « La Marche printanière », un grand événement familial pour dénoncer l'ouverture à l'euthanasie que le Gouvernement du Québec s'apprête à concrétiser avec un projet de loi sur l' « aide médicale à mourir».Lors du point de presse de Québec, le Dr Claude Morin, organisateur principal de la Marche et urgentologue, le Dr Marc Bergeron, hémato-oncologue et M. Louis-André Richard, professeur de philosophie, ont présenté cette « initiative citoyenne ouverte à toute personne consciente du danger que représente l'euthanasie pour la société québécoise. » Sous le thème « L'euthanasie, chez nous, non merci! », le rassemblement débutera dès midi le samedi 18 mai sur les plaines d'Abraham, devant le Musée national des Beaux-Arts. La marche se mettra en branle à 13 h 45 en direction du Parlement via la Grande-Allée. Des allocutions auront lieu tout au long de la journée qui se terminera vers 16 h 30. Les porte-parole du Rassemblement tendent la main à tous les actrices et acteurs de la société civile, et plus particulièrement aux politiciens, afin « que tout soit mis en œuvre pour que la sécurité, la dignité et le confort des personnes souffrantes en fin de vie soient assurés par des soins palliatifs de qualité et universels ». « L'euthanasie élimine le souffrant, pas la souffrance. Nous n'en voulons pas! » rappellent-ils.Au point de presse de Montréal, le Dr Patrick Vinay, chef de service d'une unité de soins palliatifs et président par intérim de Vivre dans la dignité et la Dre Catherine Ferrier, membre du collectif du Refus médical de l'euthanasie ont tenu à partager aux organisateurs de La Marche printanière l'appui de leurs organismes respectifs. Le Dr Vinay rappelle que « Tuer n'est pas un soin médical, c'est l'arrêt instantané de tous les soins. Nous devons plutôt soigner, soulager, aider, et apaiser toute souffrance. » « Soyons nombreux le 18 mai prochain pour montrer clairement à nos élus qu'il n'existe pas de consensus québécois sur la question de 'l'aide médicale à mourir' » a-t-il ajouté de concert avec la Dr Ferrier.Pour obtenir toutes les informations sur La Marche printanière, consultez le site web www.euthanasienonmerci.org ou suivez le RQCE sur les réseaux sociaux (twitter, facebook et youtube).Le Rassemblement québécois contre l'euthanasie est un organisme sans but lucratif qui a comme mission de contrer toute tentative d'introduire de quelque façon que ce soit l'euthanasie et le suicide assisté dans le système de santé québécois. Sensible aux enjeux de fin de vie, il prône également l'établissement d'un réseau québécois de soins palliatifs de qualité.De nombreux porte-parole sont disponibles pour des entrevues. Les points de presse de ce matin sont disponibles en vidéo sur la page www.youtube.com/lamarcheprintaniere.SOURCE : Rassemblement Québécois contre l'euthanasieRenseignements :Communications :Marie-Josée Lavoie418 953-4981
Comment on tue une nouvelle sur l'euthanasie
Lorsqu'on entend une conférence de presse, ou une manifestation et qu'un porte-parole est interrogé, on fait habituellement un plan rapproché sur la personne questionnée pour que l'on comprenne bien ses propos. Regardez de quelle façon ce reportage a été filmé et comment, pour des propos importants à la fin, on distrait l'attention du public. Pour voir le reportage, cliquez ici. Voici un extrait de l'article accompagnant le reportage, paru sur le site du Journal de Montréal du 4 avril 2013:
Le Rassemblement québécois contre l’euthanasie (RQCE) invite la population à une marche printanière de mobilisation, le 18 mai, à Québec.
Sous le thème «L’euthanasie, chez nous, non merci !», cette action citoyenne vise à interpeller le gouvernement québécois, au moment il s’apprête à déposer un projet de loi sur l’aide médicale à mourir. (...)Le regroupement a tenu un point de presse simultanément à Québec et Montréal, afin de demander au gouvernement de suspendre le dépôt du projet de loi et de poursuivre sa réflexion sur cette épineuse question.«Ce qu’on ne dit pas, c’est que 69% des gens qui ont présenté un mémoire en commission parlementaire, étaient contre l’aide médicale à mourir. La grande majorité des médecins en soins palliatifs y sont opposés également», a ajouté le Dr Morin.
Le 18 mai 2013 : Marche contre l'euthanasie au parlement à Québec
Marche du samedi 18 mai 2013 prochain:
Procès pour une patiente décédée de sa maladie ou d'inanition? Un aperçu de ce que la légalisation de l'euthanasie apporterait
Sur le site du Journal de Montréal du 2 avril 2013, une petite histoire qui explique l'une des raisons de l'appui des juristes du Québec à la légalisation de l'euthanasie. Une infinité de procès est à prévoir:
Une pensionnaire de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal serait morte après qu’on ait cessé de la nourrir.
C’est ce qu’allègue une dame de Laval dans une poursuite contre l’établissement et les médecins traitants de feu Yvonne Charette Pichette.La fille de la défunte, Hélène Pichette, demande un total de 50 000 $ pour les souffrances causées à sa mère (montant qu’elle obtiendrait comme héritière) et dommages moraux à la suite d’un décès.«Hélène Pichette a été et est toujours profondément attristée, bouleversée et choquée par le décès tragique et soudain de sa mère, [...] dont elle n’arrive toujours pas à faire le deuil», peut-on lire dans la requête.« Intenses douleurs »Mme Pichette, 61 ans, indique avoir été l’aidante naturelle de sa mère depuis 1995. En 1998, l’aînée a été hospitalisée à l’Institut de gériatrie.Entre le 6 et le 14 mars 2010, les médecins et les préposés de l’établissement ont cessé de nourrir la patiente sans consentement libre et éclairé, relate le document. Elle s’est éteinte le 14 mars 2010, à l’âge de 94 ans.«Yvonne Charette Pichette a souffert d’intenses douleurs jusqu’à son décès», mentionne la requête.Mme Pichette estime que le personnel de l’institut n’a pas pris les mesures nécessaires pour évaluer et traiter adéquatement sa mère et qu’il n’a pas agi conformément aux règles.C’est contraire «à ce qu’auraient fait des médecins prudents et diligents», estime la résidante de Laval.(...)Après vérification de l’établissement, il semblait toutefois que Mme Pichette n’était pas inscrite au dossier de la patiente comme l’une des personnes habilitées à prendre des décisions pour elle.