Le Don au-dessus de tous les dons

Anges emportant sainte Catherine d'Alexandrie après son martyre.
Par l’Abbé J.-Réal Bleau (pour le 12e dimanche après la Pentecôte) ― Photo : James Steakley/Wikimedia Commons
La vie divine est le don par excellence que Jésus, l’unique Sauveur de l’humanité, apporte à tout homme qui consent à le recevoir. « Si tu savais le don de Dieu, et quel est celui qui te parle », disait Jésus à la Samaritaine. (Jn 4 10). Comme tout ce que dit Jésus dans l’Évangile s’adresse à tous les hommes de tous les siècles, nous pouvons mettre dans sa bouche ces paroles : « Si vous saviez, vous tous qui peuplez la terre aujourd’hui, la valeur infinie du don que je vous fais en vous donnant ma vie, pour que vous ayez en vous d’une façon surabondante la vraie vie, vous iriez avec enthousiasme vers la source d’eau vive que j’ai ouverte dans mon Église ; vous viendriez en foules avec joie puiser aux fontaines du salut qui jaillissent dans les sacrements que j’ai institués ; vous vous presseriez, avec des cœurs contrits et humiliés, auprès des fonts baptismaux et des confessionnaux de vos sanctuaires, pour obtenir l’absolution de vos péchés de manière à me recevoir dignement dans la sainte Eucharistie. Et une fois entrés en possession de ma vie, quel soin ne prendriez-vous pas pour conserver ce divin trésor ? »
L’invitation que Jésus adresse à tous les hommes à aller vers Lui, pour être libérés du poids insupportable de leurs esclavages et goûter le vrai bonheur, demeure aujourd’hui toujours aussi actuelle et retentit avec la même force : « Venez, dit-il avec insistance, venez, vous tous qui êtes fatigués et qui ployez sous votre fardeau, et je vous soulagerai » (Mt 11 28), c’est-à-dire je renouvellerai vos âmes, je vous donnerai une vie nouvelle.
Comment s’accomplit ce mystère de résurrection spirituelle ? Jésus nous le révèle dans le dialogue qu’il tint avec Nicodème : « En vérité, en vérité, je te le dis, nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (Jn 3 5). C’est d’abord par le baptême que l’Esprit de Jésus rend la vie à nos âmes. Des prophètes de l’Ancien Testament, comme Élie et Élisée, ont pu par leurs prières obtenir que la vie soit rendue à des corps raidis par la mort, mais jamais ils n’ont pu ressusciter des âmes, car il n’appartient qu’à Dieu seul de faire une œuvre aussi merveilleuse qui dépasse en excellence et en puissance l’œuvre entière de la création matérielle de l’univers. Après le baptême, une âme peut, hélas, retomber dans la mort spirituelle par le péché. Alors encore, seul l’Esprit de Notre Seigneur Jésus Christ, dans son infinie miséricorde, peut lui rendre à nouveau la vie par l’intermédiaire de ses prêtres. Comment ne pas être remplis d’admiration et de reconnaissance devant la grandeur du ministère de salut que le divin Sauveur confie à ses prêtres, lorsqu’il leur communique son Esprit en vue de la rémission des péchés : « Recevez le Saint Esprit : ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur sont remis, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20 22-23). À ce divin Esprit du Père et du Fils, unique source de paix et de joie pour tous les hommes, tout honneur et toute gloire !
Le plus grand danger que courent actuellement tous les peuples, soumis à une dictature sanitaire mondiale avec ce qu’elle comporte de manipulation des consciences par la peur, c’est d’oublier que la vie de l’âme est infiniment plus importante que la vie du corps. Nous allons tous mourir ; c’est la condition humaine à laquelle personne ne peut échapper. La question essentielle qui se pose alors à toutes et à chacune des créatures humaines est celle-ci : quand l’heure de ma mort corporelle aura sonné, mon âme, guérie de tout virus spirituel, c’est-à-dire délivrée de tous ses péchés, sera-t-elle prête à entrer dans le bonheur de la vie éternelle ?
J.-Réal Bleau, ptre.
Les Évangiles sont des reportages, n'en déplaise aux mous

Par François Gilles (Campagne Québec-Vie) — Image (montage) : Diesel43/Wikimedia Commons/Roman Kraft/Unsplash
Par cet article, je commence une série de chroniques/commentaires, recevant ce mandat avec une grande reconnaissance. On m’a pratiquement donné carte blanche pour écrire sur différents sujets avec un lien avec la mission de Campagne Québec Vie. Le premier élément que je voudrais apporter ici est donc ce témoignage d’ouverture de la direction de Campagne Québec Vie. Personne n’est semblable, et il y aura toujours des différences de point de vue sur les jugements à apporter devant telle ou telle situation. La marque de confiance que l’on me donne témoigne de ce que l’on croit d’abord à ma volonté d’être honnête intellectuellement et de ma capacité de dialogue franc. Je le mentionne ici comme ayant toute son importance. Si l’on me choisit avec ces demandes, cela dénote l’importance qu’elles ont pour Campagne Québec-Vie.
Des catholiques ont parfois une image négative du mouvement parce que des affirmations polémiques sur la situation dans l’Église y sont souvent prononcées. Si les lecteurs pouvaient avoir la chance de visiter les bureaux de CQV, ils y trouveraient la douceur d’un dialogue où ils seraient certainement vraiment écoutés, ce qui ne veut pas dire automatiquement approuvés. Mais le véritable dialogue n’a rien à voir avec l’absence de convictions. Au contraire. Quoi de plus ennuyant et stérile qu’une conversation entre deux personnes relativistes ? Entre cela et un documentaire en direct, en contemplation silencieuse par caméra cachée, sur l’hibernation des marmottes, je choisis le deuxième, j’y aurai du moins appris quelque chose…
« Les Évangiles sont des reportages, n’en déplaise à certains… »
C’est le titre d’un livre comme ce pourrait l’être de plusieurs livres sérieux de théologie, contredisant ce que l’on retrouve parfois chez certains diplômes en sciences religieuses québécois.
Lire la suiteMgr Viganò : le Christ-Roi a été « détrôné », non seulement « dans la société, mais dans l’Église »

Billet de blogue d’Augustin Hamilton (Campagne Québec-Vie) — Photo : Museo del Prado/Wikimedia Commons — Mise à jour : 2 novembre 2020
Voici la traduction intégrale, par mes humbles soins, d'un message de Mgr Carlo Maria Viganò envoyé à l'occasion de la retraite annuelle de l’équipe du site canadien de nouvelles LifeSiteNews. Dans son propos, Mgr Viganò souligne la portée du règne social du Christ-Roi sur l’État et l’Église, dénonçant le rejet dont il est l’objet par la société laïciste et relativiste, et par une partie importante de la hiérarchie ecclésiastique. Un texte intéressant qui aide à comprendre combien il importe de reconnaître le Règne de Jésus-Christ dans notre cœur, notre famille, notre société, dans l’Église et dans le monde entier :
Te adoret orbis subditus
O ter beata civitas
cui rite Christus imperat,
quæ jussa pergit exsequi
edicta mundo cælitus !
O trois fois heureuse la cité
Où règne pleinement le Christ,
Et qui s’empresse d’obéir
Aux lois que le ciel dicte au monde.
Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les conduisit à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voilà que Moïse et Elie leur apparurent conversant avec lui. Prenant la parole, Pierre dit à Jésus : « Seigneur, il nous est bon d’être ici ; si vous le voulez, faisons-y trois tentes, une pour vous, une pour Moïse et une pour Elie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit, et du sein de la nuée une voix se fit entendre, disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances : écoutez-le. » En entendant cette voix, les disciples tombèrent la face contre terre, et furent saisis d’une grande frayeur. Mais Jésus, s’approchant, les toucha et leur dit : « Levez-vous, ne craignez point. » Alors, levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul. Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur fit ce commandement : « Ne parlez à personne de cette vision, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité des morts » (Mt 17, 1-9).
Permettez-moi, chers amis, de partager avec vous quelques réflexions sur la royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ, manifestée dans la Transfiguration que nous célébrons aujourd’hui, après d’autres épisodes significatifs de la vie terrestre du Seigneur : des Anges survolant la Grotte de Bethléem à Son Baptême dans le Jourdain en passant par l’adoration des Mages.
J’ai choisi ce thème parce que je crois qu’il peut, d’une certaine manière, résumer le point central de notre engagement et du vôtre en tant que catholiques ; non seulement dans la vie privée et familiale, mais aussi et surtout dans la vie sociale et politique.
Tout d’abord, ravivons notre foi dans la royauté universelle de Notre Divin Sauveur.
Il est vraiment le Roi Universel, c’est-à-dire qu’il possède la Souveraineté absolue sur toute la création, sur le genre humain, sur tous les peuples, même sur ceux qui sont en dehors de son bercail, la Sainte Église catholique, apostolique et romaine.
Chaque personne est vraiment une créature de Dieu. Chaque personne lui doit tout son être, tant dans sa nature dans son ensemble que dans chacune des parties individuelles qui la composent : corps, âme, facultés, intelligence, volonté et sens. Les actes de ces facultés, ainsi que les actes de tous les organes du corps, sont des dons de Dieu, dont la domination s’étend à tous ses biens en tant que fruits de Son ineffable libéralité. La simple considération du fait que personne ne choisit ou ne peut choisir la famille à laquelle il appartient sur terre est suffisante pour nous convaincre de cette vérité fondamentale de notre existence.
Lire la suiteNous attacher de plus en plus profondément à la Grande Tradition de l’Église

Par l’Abbé J.-Réal Bleau (pour le 11e dimanche après la Pentecôte) ― Photo (rognée) : Web Gallery of Art/Wikimedia Commons
La grande Tradition de l’Église, c’est-à-dire la tradition apostolique, participe à l’infaillibilité même du Fils de Dieu qui en est la source. Car Notre Seigneur Jésus-Christ a voulu établir son Église sur les apôtres qu’Il s’était choisis, et auxquels il donna la mission d’aller dans le monde entier et de prêcher l’Évangile à tous les hommes (Marc 16, 15). Ainsi, la véritable Église est celle qui se répandit dans l’univers par la prédication apostolique, et qui ne reçut jamais de doctrine étrangère à celle des apôtres. Les apôtres, eux, prêchèrent l’Évangile tel qu’ils l’avaient reçu de la bouche de Jésus-Christ, c’est-à-dire de Dieu lui-même. Ce dont témoigne aujourd’hui saint Paul aux Corinthiens, qu’il appelle à une fidélité absolue à la divine doctrine qu’il leur a enseignée. (Cf. I Cor. 11, 23-26 ; 15, 1-10).
La mission divine donnée aux apôtres n’était pas précisément de communiquer la Parole de Dieu par écrit mais plutôt de vive voix comme un dépôt sacré de vérités que des pères transmettraient à leurs enfants de bouche à oreille avec le plus grand soin, afin que rien d’impur n’y soit mêlé, que rien n’en soit retranché et que rien n’y soit ajouté. Ce n’est qu’après de nombreuses années de prédication que l’essentiel de leur enseignement fut mis par écrit. Durant toute leur vie, ils se sont vraiment consacrés à enseigner, à former de vrais disciples de Jésus, parmi lesquels ils choisirent, pour prolonger leur mission apostolique, ceux qu’ils jugèrent aptes à être de fidèles témoins de la doctrine. « Ce que tu as entendu de moi, en présence de nombreux témoins, écrira saint Paul à Timothée, confie-le à des hommes sûrs, qui soient capables d’en instruire les autres » (II Tim. 2, 2). Ces hommes sûrs, fidèles à l’enseignement reçu des apôtres, furent les premiers évêques. Héritant de la mission même des apôtres auxquels ils succédaient, ils devaient à leur tour transmettre intégralement à leurs successeurs le trésor des divines vérités dont ils étaient les dépositaires, et cette transmission fidèle, selon la volonté de Notre Seigneur Jésus-Christ devait se perpétuer de génération en génération jusqu’à la fin du monde.
Il ne fait donc aucun doute que le Verbe de Dieu incarné entendit subordonner entièrement la propagation de son Église à une grande loi de tradition ou d’enseignement. Lorsque nous confessons notre foi à la sainte Église catholique, nous affirmons que la sainte Église en laquelle nous croyons est aujourd’hui la même que celle des temps apostoliques, qu’elle demeure essentiellement liée aux Apôtres et à leurs légitimes successeurs en tout ce qui concerne la foi, la morale et le culte.
Un chrétien s’éloignerait-il de cette tradition apostolique, il ne serait plus un membre vivant de l’Église catholique. Car la fidélité à l’enseignement des apôtres est la condition de l’unanimité dans la vraie foi, c’est-à-dire de son caractère universel ou catholique, dont on trouve les expressions les plus solennelles dans le Credo des apôtres, le Credo de Nicée-Constantinople et l’enseignement infaillible du Magistère de l’Église au cours de siècles. Il n’y eut jamais de plus fort argument pour confondre les hérétiques que cet argument de tradition, auquel recoururent depuis saint Irénée, le premier grand théologien, tous les authentiques défenseurs de la foi.
Pour beaucoup aujourd’hui, les anciennes traditions de l’Église sont dépassées et n’ont plus aucune valeur. C’est pourquoi, selon eux, il faudrait que l’Église s’en dépouille comme d’un manteau usé et change ses lois et ses coutumes pour les adapter au monde actuel. Il faudrait, pense-t-on, que l’Église rejette ses anciens dogmes, renonce à sa vielle morale dont personne ne veut plus et fabrique une liturgie « cool », respectueuse de toutes les traditions religieuses, même païennes, comme celles de l’Amazonie, qui vénèrent la déesse Pachamama. Autant dire que pour entrer en dialogue avec une société qui n’accepte plus de vérité absolue, il faudrait que l’Église se suicide en quelque sorte, en renonçant à la condition même de sa nature d’unique vraie religion : sa grande Tradition d’origine divine et apostolique. Pour ne pas faire naufrage dans la foi et parvenir au port du salut éternel, il nous faut tous plus que jamais demeurer fermement attachés à la Grande Tradition de l’Église.
J.-R.B.
Sous la conduite de Jésus et de Marie ne pas céder aux tentations du monde actuel

Par l’Abbé J.-Réal Bleau (9e dimanche après la Pentecôte) ― Photo (côtés flous rajoutés) : Pikist
Dans l’épître d’aujourd’hui, saint Paul nous exhorte à la vigilance, en nous rappelant les terribles châtiments dont Dieu frappa les Juifs à cause de leur ingratitude et de l’abus qu’ils firent des grâces divines. De quels bienfaits extraordinaires Dieu n’avait-il pas gratifié son peuple privilégié ? Il l’avait délivré de l’Égypte et de la servitude qu’il y subissait. Il avait ouvert la mer devant ses pas. Il l’avait nourri au désert d’une façon miraculeuse. Il avait fait jaillir l’eau du rocher pour l’abreuver. Il l’accompagnait partout pour le protéger et le défendre, signifiant sa présence par une nuée, qui devenait lumineuse durant la nuit. Mais les Juifs répondirent à tant de bonté par des crimes énormes, et surtout en professant un culte idolâtrique, en se livrant à l’impureté, et en murmurant contre Dieu. Dieu punit avec rigueur les responsables de ces crimes. Ils ne purent parvenir à la terre promise mais moururent tous, soit engloutis dans le ventre de la terre, soit consumés par le feu, soit victimes de la peste, soit mordus par des serpents. Seuls, parmi les israélites sortis d’Égypte, Caleb et Josué méritèrent d’entrer dans le pays que Dieu avait promis de donner à son peuple. « Toutes ces choses, nous avertit saint Paul, leur sont arrivées en figure, et elles ont été écrites pour notre instruction, à nous qui touchons à la fin des temps » (1 Cor 10 : 11).
Car nous connaissons aujourd’hui les mêmes tentations que les Juifs. Mais nous ne pouvons y succomber sans être beaucoup plus responsables qu’eux, à cause de la rédemption surabondante accomplie par Notre Seigneur Jésus-Christ et sa grâce toute-puissante, qui nous est constamment offerte. C’est en Jésus, le Verbe de Dieu incarné et rédempteur, que nous avons traversé, par le baptême, une eau qui nous a purifiés de toutes nos souillures. C’est Jésus, vrai Dieu et vrai homme, qui se fait lui-même notre nourriture et notre breuvage, pour que revêtus de sa force, nous soyons victorieux de tous nos ennemis. C’est Jésus, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, qui est notre Chef et notre Pasteur, pour qu’en le suivant dans le désert de cette vie, nous arrivions sous sa conduite jusqu’à la céleste patrie.
Nous ne pourrons entrer, nous aussi, dans le royaume du ciel qui nous a été préparé, en continuant d’abuser, avec une noire ingratitude, des grâces immenses dont nous avons été et sommes toujours comblés par Dieu, bien davantage que les Juifs de l’ancienne loi. Nous sommes vraiment inexcusables, en cédant aujourd’hui aux tentations d’impureté, de cupidité, de révolte et surtout d’éloignement de la foi en Jésus-Christ, même si la société actuelle largement soumise au pouvoir tyrannique du Père du mensonge nous les impose en quelque sorte.
Le nombre et la force des tentations que nous subissons doivent nous conduire plutôt à un attachement toujours plus profond à Jésus et à son Église. La victoire sur le règne universel ou nouvel ordre mondial satanique, que veulent établir de plus en plus visiblement les ennemis de Dieu, repose dans une confiance sans bornes en la miséricorde infinie de Jésus, le Christ-Roi, et de Marie, Reine de l’univers. Et cette confiance sans bornes doit s’exprimer par une consécration renouvelée et fervente de nos personnes et de nos familles à leurs très saints Cœurs, les seules sources vives de la vraie paix et du véritable bonheur du monde entier.
J.-R.B.
Prière à la glorieuse sainte Anne

Par l’Abbé J.-Réal Bleau (pour la fête de sainte Anne) ― Photo (rognée) : WikiArt
La gloire de sainte Anne vient toute entière de son élection divine à être la mère de la Mère de Dieu. Épouse de saint Joachim à l’âme angélique, après une longue et pénible épreuve de stérilité — avec toutes les humiliations que cela pouvait signifier dans la culture juive —, c’est en son sein très pur que sa bien-aimée enfant, tant désirée, a été conçue sans péché. L’immaculée conception de la Vierge Marie s’est accomplie en sainte Anne, qui en a ressenti un bonheur indicible. Par l’immaculée conception de Marie se levait dans le plan divin l’aurore de la rédemption du monde.
En sainte Anne est apparue ainsi la première réalisation, à la fois mystique et concrète, de l’espoir multiséculaire du renouvellement de toutes choses, d’une nouvelle création de l’univers, appelé par l’infinie bonté du Créateur à passer des ténèbres où il était plongé à la splendeur de la lumière de Celui, le Verbe incarné, qui seul, pourra dire : « Je suis la Lumière du monde ». Sainte Anne était illuminée par la vive lumière, dont était remplie la petite enfant qu’elle portait en elle depuis le moment béni de sa conception, et dont la naissance allait déjà apporter au monde la Paix de Dieu, l’Alliance nouvelle et éternelle de l’humanité avec Dieu.
Soyez donc grandement louée, glorieuse sainte Anne, d’avoir persévéré dans la patience et la douceur, dans le renoncement complet à vous-même, en face des afflictions dont votre âme a été longtemps et douloureusement abreuvée. Car ce sont ces vertus qui vous ont valu d’être choisie parmi toutes les femmes d’Israël pour être la mère de la Mère du Messie, la mère de la Mère du Roi des rois, le Libérateur et Sauveur de tous les peuples, la mère de la Mère de Dieu incarné en votre enfant, pleine de la Grâce et de toutes les grâces dès sa conception.
En vous, bonne et douce sainte Anne, Dieu nous a donné le modèle parfait des épouses et des mamans chrétiennes, surtout dans leur mission si délicate d’éducatrices. C’est pourquoi les mères chrétiennes, avec leurs familles, vous ont prié dès les premiers siècles de l’Église avec la certitude d’obtenir par vos suffrages les grâces nécessaires pour accomplir leurs devoirs sacrés dans un esprit de renoncement joyeux et d’inlassable charité. Tout le peuple chrétien a toujours eu pour vous une dévotion tout à fait spéciale, enracinée dans la ferme assurance de votre bonté maternelle sans borne et de la toute-puissance des prières que vous adressez à votre enfant bien-aimée, Marie immaculée, et à votre petit enfant, Jésus, que vous avez eu, sans doute l’immense joie de porter et de bercer dans vos bras et de consoler dans ses peines de nourrisson.
Quant à nous, enfants de la Nouvelle-France, dont vous avez été proclamée la patronne principale, dès le début de la colonisation de notre immense pays par les grandes et saintes âmes qui l’ont fondé, nous avons toujours éprouvé les bienfaits innombrables de votre très aimante et puissante protection, qui étaient souvent d’authentiques miracles en faveur des démunis, des malades, des navigateurs, des missionnaires et de tant de pauvres pécheurs que vous avez conduits par la main à la réconciliation avec Jésus.
Aujourd’hui, notre peuple si comblé de faveurs célestes au cours de son histoire, est en train de perdre la foi, le plus précieux de tous les trésors que nous ont légués nos ancêtres venus de France, la Fille aînée de l’Église. Arrêtez, bonne sainte Anne, nous vous en supplions, cette course insensée de notre pays vers sa ruine, vers l’apostasie, vers la plus profonde de toutes les noirceurs, dont il est impossible de sortir sans une intervention absolument gratuite de la miséricorde infinie de Jésus, Lumière de la Lumière éternelle, notre divin Sauveur.
« Dieu tout-puissant et éternel, qui avez daigné choisir sainte Anne pour être la mère de la Mère de votre Fils unique, faites, s’il vous plaît, que comme nous célébrons sa mémoire, ainsi nous parvenions par ses prières, à la vie éternelle. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ainsi soit-il. »
J.-Réal Bleau, ptre
De l’esclavage à la vraie liberté

Par l’Abbé J.-Réal Bleau (pour le septième dimanche après la Pentecôte) ― Photo (modifiée) : Wikimedia Commons
Saint Paul, l’Apôtre des nations, nous adresse aujourd’hui la parole. Il veut nous pousser à une vie de plus grande ferveur. Il nous dit : « Souvenez-vous que vous êtes passés de l’esclavage du péché à la liberté des enfants de Dieu. Lorsque vous étiez sous l’esclavage du péché, tous vos membres étaient les serviteurs du péché. Et vous marchiez vers la mort. Mais maintenant que vous êtes devenus libres à l’égard du péché, que tous vos membres soient au service de Dieu seul, afin d’avoir en héritage la vie éternelle ». (Rom. 6, 19-23)
C’est comme si l’Apôtre nous disait : « Vous avez été affranchis de la servitude du péché par le baptême, mais votre faible volonté en demeure esclave en bien des occasions. Dépêchez-vous donc de secouer totalement le joug du péché, car le Seigneur vient, et ne pourront entrer dans son Royaume que les hommes parfaitement libres de toute affection au péché ». Si nous y pensons, que de travail avons-nous tous à faire, avec la grâce de Dieu, pour nous libérer de toutes nos mauvaises tendances, de celles dont nous ne sommes parfois même pas conscients, de nos fautes manifestes, de nos gros défauts et des imperfections qui nous asservissent !
De son côté, le divin Maître, Notre-Seigneur Jésus-Christ nous dit : « Ce n’est pas ceux qui crient : Seigneur ! Seigneur ! qui entreront dans le royaume des cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père, celui-là entrera dans le royaume des cieux » (Mt 7, 21). Vous voulez être vraiment libres et entrer dans le royaume de la parfaite liberté, une seule chose importe : faire la volonté du Père.
Celui qui fait la volonté d’un autre agit comme un serviteur. Et le serviteur qui résignerait complètement sa liberté entre les mains de son maître en deviendrait l’esclave. C’est bien ce que fit Jésus pour nous. Il se fit l’esclave de la volonté du Père ; Il remit complètement sa liberté entre Ses mains par pur amour. « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jn 4, 34) dira-t-il. Et encore : « Je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jn 5, 30). Et encore : « De Celui qui m’a envoyé, je fais toujours ce qui Lui plaît » (Jn 8, 29). Dans sa terrible agonie, Jésus gémira : « Mon Père, s’il est possible que ce calice s’éloigne de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux ! » (Mt 26, 39). Il nous donne l’exemple d’une totale dépossession de Lui-même. Elle va jusqu’à l’anéantissement. Et Jésus nous indique ce chemin de l’abandon complet de tout notre être à la volonté du Père, quelles que soient les circonstances de notre vie, dussent-elles nous faire partager l’immense souffrance de sa croix, comme la voie la plus directe pour entrer dans le royaume de la vraie liberté. Il y a là un grand mystère. Pour parvenir à la plus haute liberté, celle du parfait amour, il faut la sacrifier à Dieu et n’avoir plus de volonté que la sienne. On comprend que cette sorte d’esclavage ou de dépendance absolue à l’égard d’un Dieu qui n’est qu’Amour s’identifie avec la suprême liberté spirituelle.
Pour que tu sois vraiment libre, conseillerais-je à mon meilleur ami, il faut que dans le don de toi-même à Dieu, tu consentes à perdre entièrement ta liberté. Non pas cependant en la sacrifiant à l’arbitraire d’une autorité humaine totalitaire, d’ordre politique, social, économique ou même sanitaire. Cela, jamais ! Un chrétien doit résister à toute forme de dictature que ce soit. Mais si tu obtiens la grâce de perdre ta liberté en l’écoulant dans la volonté du Père, alors tu seras libre de la liberté même de Dieu.
Demandons tous cette grâce insigne d’une parfaite liberté, celle du Christ Jésus devant l’autorité religieuse et civile de son temps, qui outrepassait ses pouvoirs, la liberté des véritables enfants de Dieu, parce qu’elle est une condition nécessaire de la sainteté chrétienne. Et demandons cette grâce par l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, Notre-Dame de Fatima qui, elle, la plus divine des créatures, s’est proclamée la petite servante du Seigneur, « ancilla Domini », sa petite esclave d’amour, comme disait saint Louis-Marie Grignon de Montfort.
J.-Réal Bleau, ptre.
L’immense Grâce de notre Baptême

Par l’Abbé J.-Réal Bleau ― Photo : Christopher Michel/Flickr/Wikimedia Commons
Saint Paul nous parle aujourd’hui du sens profond du baptême que nous avons eu le bonheur de recevoir : celui d’un passage de la mort à la vie dans le Christ. Sans ce sacrement, le plus important de tous, nous serions tous comme des morts ambulants, morts spirituellement et marchant tristement vers la mort éternelle, qui consiste en la privation de Dieu pour l’éternité. « Par le baptême, nous explique l’Apôtre, nous avons été ensevelis avec le Christ dans la mort, afin que nous aussi, comme le Christ est ressuscité des morts par la Gloire du Père, nous menions une vie nouvelle » (Rom 6 : 4).
En nous faisant participer réellement à la mort du Christ sur la croix, par laquelle Il a triomphé de la mort, le baptême nous a délivrés de l’esclavage du péché, principe premier de toute mort, d’abord celle de l’âme et même celle du corps. En fait foi la Parole de Dieu adressée à Adam : « ... Tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras certainement » (Gn 2 : 17). Le baptême prend ainsi le sens d’une délivrance de la condamnation à mort pesant sur l’homme pécheur depuis la prévarication d’Adam.
Le baptême ne fait pas que délivrer tous ceux qui le reçoivent d’une condamnation future à la mort éternelle (privation de Dieu pour l’éternité) ; il les fait passer actuellement de la mort à la vie, en les admettant par la miséricorde surabondante de Dieu à entrer dans la vie divine de Jésus ressuscité. Le baptême est ainsi le grand sacrement de la résurrection spirituelle qui incorpore les baptisés à Jésus ressuscité et leur donne de ne plus faire qu’un corps avec Lui, le Fils unique de Dieu. Par le baptême, Dieu, dans sa bonté paternelle infinie, divinise en fait les hommes en leur faisant part, en Jésus-Christ, de sa divinité. Il se venge ainsi de la méchanceté du père de tous les maux et de la mort même Satan, dans son plan de destruction de la grande famille des enfants de Dieu.
En nous incorporant à Jésus-Christ, le baptême nous fait l’obligation de ne plus jamais nous détacher de Lui par le péché, d’être toujours resplendissants de la vie nouvelle qu’Il apporte au monde. Mais si nous avons le malheur de nous replonger dans la tristesse de la mort de l’âme en consentant au péché, la miséricorde infinie de Dieu nous donne, dans le sacrement de pénitence, un nouveau baptême qui nous rend la vie divine que nous avions perdue, et qui nous fait éprouver la joie très pure d’une nouvelle résurrection. Comment remercier assez le Seigneur pour l’immensité de son amour absolument gratuit pour nous !
J.-R. Bleau, ptre
Les plus illustres Princes du Divin Roi
Par l’Abbé J.-Réal Bleau (pour la fête de saint Pierre et saint Paul)
Les deux apôtres Pierre et Paul, comme des flammes ardentes, ont illuminé l’Église naissante. C’est par leur courage allant jusqu’à l’effusion de leur sang qu’ils ont fait resplendir la lumière du Christ dans la Rome maîtresse de l’univers mais en même temps plongée dans les ténèbres du paganisme.
Saint Pierre fut, en tant que premier Vicaire de Jésus Christ sur la terre, le détenteur d’un pouvoir infiniment supérieur à celui des plus puissants empereurs romains. Parce qu’il fut le premier des apôtres à proclamer la foi en Jésus Fils de Dieu et Messie envoyé par le Père pour sauver l’humanité entière, Jésus lui manifesta, de son côté, son identité personnelle correspondant à sa mission providentielle. « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église… ». C’était la réponse du Sauveur à l’homme auquel Dieu le Père avait révélé l’identité de son Fils unique. La foi de Pierre en la divinité de Jésus Christ et en l’œuvre du salut du monde qu’Il venait accomplir demeure le fondement solide de la seule véritable Église, que toutes les forces du mal conjuguées ne pourront jamais détruire. La foi de Pierre, comme une arme invincible a renversé la puissance de la Rome païenne et en a fait la plus glorieuse de toutes les villes, la Ville éternelle, d’où devait s’étendre dans le monde entier la souveraine autorité du Christ, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs.
Saint Paul, une fois converti du judaïsme à la foi chrétienne, n’eut d’autre ambition que de prêcher jusqu’aux confins de la terre qu’il n’y a d’autre Nom donné aux hommes par lequel ils puissent être sauvés que le saint Nom de Jésus, devant lequel s’agenouillent toutes les créatures au ciel, sur terre et dans les enfers. Il ne voulait tirer aucune gloire de ses travaux apostoliques, plus admirables que les exploits des plus grands héros, mais ne se glorifier que dans la croix de Jésus-Christ. Il montrait Jésus crucifié et ressuscité comme étant la seule source de salut, de vie, et de résurrection. Les plus grandes épreuves n’ont jamais refroidi son ardeur à suivre et à imiter Jésus, ni ralenti son élan à le faire partout connaître et aimer.
Saint Pierre nous rappelle aujourd’hui que, pour obtenir la grâce d’une foi victorieuse de tout ce qui peut s’y opposer, il faut toujours d’abord obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Il faut, certes, obéir aux autorités civiles et religieuses légitimes, mais dans la mesure où elles ne contreviennent pas aux lois divines qui sont au-dessus de toutes les lois humaines. C’est l’autorité suprême de Dieu, du Christ-Jésus, le Fils unique de Dieu qui doit avant tout guider notre conduite dans l’observance des lois et de toutes les consignes pouvant venir des autorités humaines qui nous gouvernent.
Quant à lui, saint Paul nous recommande de tout faire, quelques soient nos actions, au nom de Jésus, de nous référer constamment à Jésus, de l’imiter au point que ce ne soit plus nous qui vivions, mais Lui en nous et nous en Lui, auquel seul soit rendu tout honneur et toute gloire !
Saint Pierre et saint Paul, illustres Princes du divin Roi, glorieux vainqueurs dans le combat de la foi que vous avez soutenu dans la plus entière fidélité à la grâce, aidez-nous de votre prière du haut du ciel afin que nous aussi, dans la crise affreuse que traverse l’Église actuellement, nous conservions la vraie foi et puissions partager avec vous la joie infinie de notre divin Sauveur.
J. -R. Bleau, ptre.
Louange et prière à notre patron national : saint Jean-Baptiste

Par l’Abbé J.-Réal Bleau (pour la fête de saint Jean-Baptiste) ― Photo (rognée) : Web Gallery of Art/Wikimedia Commons
La naissance de saint Jean-Baptiste a été célébrée dans l’Église avec une particulière solennité dès les premiers siècles. L’Église-mère de Rome, la Basilique Saint-Sauveur du Latran, est en même temps dédiée à saint Jean-Baptiste. Au jour de sa naissance, on y célébrait au moins trois messes, commençant par une messe de minuit, comme la coutume s’était établie pour la Nativité du Sauveur lui-même.
La raison de cette dévotion spéciale de l’Église primitive à saint Jean-Baptiste est son rôle de Précurseur immédiat du Christ, par lequel il surpasse en dignité tous les prophètes de l’Ancien Testament. Revivait en lui, au témoignage de Notre-Seigneur Jésus lui-même, l’esprit du prophète Élie, unanimement considéré par le peuple d’Israël comme le prophète par excellence.
Outre sa mission unique de Précurseur, qui le distingue parmi tous les amis de l’Époux divin du nouveau peuple de Dieu, Jésus a déclaré saint Jean-Baptiste le plus grand des hommes nés de la femme. Il apparaît au terme de l’Ancienne Alliance comme l’âme la plus élevée qu’elle ait pu produire, résumant en lui toutes les vertus caractérisant l’Attente d’Israël, et tout particulièrement l’esprit de pénitence. « Faites pénitence, prêchait-il à la foule de ceux qui venaient se faire baptiser par lui, car le Royaume de Dieu est proche. »
La pénitence qu’il réclamait comme étant la condition indispensable pour accueillir le Christ signifiait une conversion profonde du cœur, s’exprimant par un repentir sincère de tous ses péchés avec la volonté de se conformer totalement à la volonté de Dieu. Son baptême, bien que n’étant pas un sacrement pouvant remettre les péchés, était un signe extérieur de la contrition intérieure, qui dispose l’âme au pardon divin.
Dieu n’a pas les mêmes critères de grandeur que les hommes. À ses yeux, on est grand dans la mesure qu’on se fait petit, qu’on s’abaisse. Jésus, à la fois Dieu et homme, est Celui qui s’est le plus abaissé : il ne peut exister d’abaissement plus prodigieux que l’incarnation du Fils de Dieu. C’est pourquoi aucun homme ne peut lui être comparé. Il est infiniment au-dessus de tout ce que le monde ne pourra jamais considérer de grand. Saint Jean-Baptiste était pénétré de cette vérité. À cause de sa réputation extraordinaire de sainteté, plusieurs de ses disciples l’honoraient comme étant le Christ. Mais lui, de leur rétorquer vivement : Je ne suis pas le Christ ; je ne suis même pas digne de m’incliner à ses pieds pour délier les courroies de ses sandales. Je ne suis qu’un souffle qui s’évanouit, la voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur. Il doit grandir de plus en plus dans votre estime. Quant à moi, il faut que je diminue, que je m’efface totalement devant Lui. Allez donc à Lui. Lui seul est l’Agneau sans tache envoyé par Dieu pour porter sur lui et expier tous les péchés du monde, et ainsi sauver l’humanité entière.
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