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Quand un économiste évoque le possible « léger effet bénéfique à long terme » de l’élimination des personnes âgées par le coronavirus…

Par Jeanne Smits (Le blog de Jeanne Smits) ― Photo : Ake/rawpixel

Jeremy Warner, analyste économique du Telegraph de Londres, a choqué de nombreux lecteurs de sa chronique du 3 mars sur les effets économiques du coronavirus. Ce sont les vieux et les plus fragiles qui mourront, a-t-il affirmé, évoquant un possible « léger effet bénéfique à long terme ».

Le journaliste analysait les effets de l’épidémie du COVID-19 sur l’offre de biens qui connaîtra une baisse mécanique dès lors que la baisse de production en Chine fera sentir ses effets à retardement, compte-tenu du délai d’acheminement par containers de cinq à six semaines.

D’autres pandémies, comme celle de la grippe espagnole, ont eu des effets économiques dépresseurs à long terme. Aux États-Unis, selon les calculs des Centers for Disease Control, un épisode infectieux similaire entraînerait aujourd’hui, au niveau de population actuel, quelque 270.000 décès — et une chute initiale de 1,5 % du PIB.

« Il y a cependant quelques différences clefs, la moindre n’étant pas le fait que la grippe espagnole touchait prioritairement la population en âge d’activité professionnelle maximale [de 25 à 49 ans], alors que le coronavirus tue d’abord les vieillards. Lors de l’épidémie de la Première Guerre mondiale il y eut donc des effets durables sur l’offre, et de nombreuses familles subirent la perte de leur principal soutien de famille.

Il y a peu de chances que cela se produise cette fois-ci. Pour dire les choses sans circonlocutions, depuis une perspective économique totalement désintéressée, le COVID-19 pourrait même révéler un léger effet à long terme en éliminant de manière disproportionnée des personnes dépendantes âgées. »

Voilà qui a au moins le mérite d’être clair. Warner a choisi d’utiliser le verbe « to cull », qui en anglais signifie la réduction d’une population animale par l’abattage sélectif.

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Face au barrage de commentaires outrés sous son article, l’accusant de considérer des êtres humains comme de simples unités économiques, Jeremy Warner a précisé le lendemain : « A la réflexion, je n’aurais pas dû employer le mot “cull”. Mais je ne me repends pas en ce qui concerne l’argument économique que j’essayais d’avancer. Toute réduction des personnes en âge d’activité professionnelle maximale entraîne un choc sur l’offre bien plus important que lorsqu’il s’agit de retraités âgés. Évidemment, pour ceux qui sont frappés il s’agit d’une tragédie humaine quel que soit leur âge, mais l’article concernait l’économie, et non la somme des misères humaines. »

Ce n’est pas faux. La froide prise en considération des effets économiques d’une épidémie ou de quelque autre événement n’est pas tabou — même si dans le domaine de l’humain, il paraît justement inhumain de ne pas l’assortir d’une réflexion sur les priorités des uns et des autres. Il s’agit de ne pas franchir le pas entre le constat et le souhait, justement parce que toute activité et même tout désir humain doit être soumise à une considération morale. Et cela va mieux en le disant.

C'est pour la même raison que l'interview sur la surpopulation récemment donnée par Alain de Benoist à Boulevard Voltaire était à ce point choquante, d'autant qu'il s'exprimait, lui, d'un point de vue soi-disant moral. Rappelons qu'il suggérait que « les épidémies » pourraient peut-être régler la question de la surpopulation.

Peut-être la chronique de Jeremy Warner pourra-t-elle cependant avoir elle-même un « léger effet bénéfique » en faisant prendre conscience du fait que d’autres réalités du jour, comme l’inflation des légalisations de l’euthanasie à travers le monde et de la hausse des euthanasies dans les pays où elle est déjà légale peuvent bien être voulues pour des motifs économiques.

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