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Le Canada devant l’Association médicale mondiale : fidèlement ou faussement représenté sur le sujet de l’euthanasie ?

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Par le Collectif des médecins contre l’euthanasie

À l’automne dernier, les 16 et 17 novembre 2017, des médecins, des juristes, des experts en soins palliatifs et en éthique médicale, des théologiens et des philosophes venus de plus de trente pays se sont réunis à la Aula Vacchia del Sinodo du Vatican pour les rencontres européennes de l’Association médicale mondiale (AMM) sur les dilemmes éthiques posés par la fin de vie.

La politique de l’Association médicale mondiale au sujet de l’euthanasie est sans ambiguïté : « L’euthanasie, c’est-à-dire le fait d’agir délibérément pour mettre fin à la vie d’un patient — même à sa demande ou à celle de ses proches – est contraire à l’éthique. »

Jusqu’à tout récemment, l’Association médicale canadienne (AMC) adoptait la même position. Cependant le Dr Jeff Blackmer, voix politique du Bureau d’éthique et vice-président de l’AMC, a entrepris une vigoureuse action de lobbying pour faire modifier la politique de l’AMM [à ne pas confondre avec l’AMM (Aide médicale à mourir, c’est-à-dire l’euthanasie) — NDLR]. Cela étonne puisque le Dr Blackmer a lui-même admis qu’une importante majorité de médecins canadiens se sont opposés à la légalisation de l’euthanasie dès le départ et que la profession médicale canadienne demeure profondément divisée à ce sujet.

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Pourquoi donc le Dr Blackmer ne choisit-il pas une approche plus nuancée et représentative du malaise ressenti par les médecins canadiens? Pourquoi ne manifeste-t-il pas plus de respect envers les médecins étrangers dont le vécu et les opinions sont fréquemment différents des nôtres? Bref, comment un porte-parole de l’AMC peut-il prétendre s’appuyer légitimement sur le consentement involontaire des médecins canadiens — confrontés à une réalité légale déplaisante — pour se donner le mandat de promouvoir la nature éthique de l’euthanasie au niveau international?

Nous pourrions donner une réponse charitable à cette question en disant qu’il s’agit d’un malentendu, c’est à dire d’une confusion entre les termes « éthique » et « légal ».

Le fil Twitter du Dr Blackmer révèle le sens qu’il donne à sa récente intervention lors de la rencontre de l’AMM :

Je participe à une réunion organisée par @medwma portant sur #EOL care (soins de fin de vie) et #euthanasia au #TheVatican. @CMA_Docs heureux de représenter les médecins canadiens. La politique actuelle de l’AMM affirme que les médecins participants (à l’euthanasie) agissent à l’encontre de l’éthique. Nous travaillons avec d’autres pour essayer de changer cela. – @jblackmerMD 16 nov 2017

Et quelques jours plus tard :

Que ce soit parfaitement compris : l’AMC défend le droit de tous ses membres de décider de participer ou non à l’ #euthanasia. Nous avons dépensé des milliers d’heures à protéger la liberté de conscience. Et nous défendrons nos membres qui choisissent de poser cet acte légal. – @jblackmerMD 19 nov 2017

Dans son premier tweet, le Dr Blackmer s’est exprimé de façon naturelle en prétendant représenter la position éthique des médecins canadiens. Toutefois, suite à l’apparition, dans les médias sociaux, d’une certaine polémique autour de la légitimité d’un tel mandat, il s’est limité à transmettre la position de l’AMC sur la légalité de l’euthanasie.

Laissant temporairement de côté l’écart entre les politiques de l’AMC et la diversité d’opinion des médecins canadiens, le Dr Blackmer semble insinuer que le caractère « éthique » d’un acte médical vient du seul fait qu’il soit « légal ». Mais est-ce vrai ?

La plupart des gens voient les choses très différemment. La loi et l’éthique sont reliées sans être identiques. L’éthique se situe au premier plan, puis vient la loi qui, dans le meilleur des cas, reflète la vérité éthique. Cependant, la loi ne peut pas interdire toute conduite contraire à l’éthique. Telle est l’expérience pénible d’innombrables personnes qui affirment sincèrement — et souvent à raison — avoir été manipulées, blessées, trahies et abusées par d’autres, qui, néanmoins, n’avaient rien fait d’illégal — ce qui ne signifie aucunement qu’ils n’avaient rien fait de mal.

Voici la plus importante distinction pratique que nous pouvons établir entre l’éthique et la loi : les gens ne s’entendent pas sur la moralité des gestes. Mais il ne peut y avoir qu’une seule loi. Les désaccords portant sur le caractère éthique de la loi deviennent donc inévitables. De plus, les théories légales actuelles n’exigent même pas, de manière explicite, que les comportements permis soient aussi éthiques. Certains facteurs — comme la réduction des risques et le respect des droits protégés par la Charte — sont invoqués pour justifier la décriminalisation de certains comportements dont le caractère éthique n’a jamais fait l’objet d’un consensus.

L’euthanasie en est un exemple incontestable. Certains la diront éthique, d’autres non. Certains pays ont décrété qu’il serait moins injuste — tout comme dans le cas de l’alcool ou du cannabis — de permettre l’euthanasie que de l’interdire. D’autres législateurs ont affirmé le contraire. Au Canada, l’euthanasie volontaire est maintenant permise, mais ce serait faux de prétendre — comme le font ses promoteurs — que cette pratique est devenue « éthique ». Ce n’est pas vrai. Dans ce cas, la loi n’a rien à dire au sujet de l’éthique.

D’autres pays ont choisi d’autres lois.

Pour exprimer ce différend en termes quantitatifs, notons que l’euthanasie n’est légale qu’aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg, en Colombie et au Canada. Ayons l’honnêteté de reconnaître, dans ces faits, que le Canada a adopté une position juridique extrême. En effet, même si tous les médecins et toute la population de ces quelques pays étaient absolument convaincus de la moralité de l’euthanasie, il serait à tout le moins arrogant de leur part d’affirmer la supériorité de leur point de vue légal par rapport à celui du reste de l’humanité. Une petite dose d’humilité serait sans doute de mise chez ces gens formant seulement 1,5 % de la population mondiale.

Par ailleurs, les conditions vécues dans d’autres pays sont très différentes des nôtres. Dans les pays industrialisés, la prospérité des baby-boomers, qui envisagent le suicide assisté pour échapper à leur angoisse existentielle, contraste fortement avec la persévérance, les sacrifices et la lutte quotidienne — pour la vie et pour la famille —, propres à la presque totalité de l’humanité.

Dans la plupart des pays, le discours pro-euthanasie demeure une abomination. Pour quelle raison? Parce que les soins médicaux sont dispendieux contrairement à l’euthanasie. Tous les citoyens des pays en développement et/ou gouvernés de manière autocratique comprennent intuitivement le danger qui apparaît ici : si l’euthanasie est définie comme un traitement médical, ils n’atteindront jamais la qualité des soins que nous prenons pour acquis au Canada. Ces peuples ne sont pas intéressés à l’euthanasie. Ils ne cherchent pas à obtenir le « droit » de mourir; ils demandent plutôt une aide médicale pour survivre. L’expression et la promotion efficaces de leurs besoins légitimes passent par le choix éthique du refus de l’euthanasie et du maintien de son interdiction. Devant ces faits, la présentation de l’expérience canadienne auprès des instances internationales devrait se faire sur un ton beaucoup plus mesuré.

De retour chez nous, rappelons qu’il existe, au sujet de l’euthanasie, une très grande divergence d’opinions et de convictions : d’abord entre les médecins canadiens et, ensuite, entre les médecins et la position unifiée de l’AMC. Les médecins canadiens sont loin d’être convaincus de la nature éthique de l’euthanasie. Plusieurs sont totalement opposés à cette pratique tandis que d’autres la défendent avec conviction. D’autres médecins — n’ayant pas de position claire et précise et ne voulant pas imposer leur opinion aux autres — refusent simplement de participer à l’euthanasie (à divers degrés et de différentes façons), sans doute parce qu’ils sont incertains de son caractère éthique.

Dans notre société canadienne postmoderne sophistiquée, on a tendance à s’abstenir d’imposer ses valeurs éthiques personnelles aux autres. Les actions des organismes — tel l’AMC — qui représentent les politiques canadiennes à l’étranger, devraient être empreintes de cet esprit. Il est tout à fait approprié que le Dr Blackmer explique à ses homologues étrangers que certains médecins canadiens croient bien faire, au niveau éthique, en pratiquant l’euthanasie. Cependant, compte tenu de l’absence de consensus parmi les médecins canadiens et de l’opposition farouche de la plupart des associations médicales nationales (non seulement dans les pays en développement mais aussi aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France et en Australie), il semble qu’une attitude de modération et de retenue serait de mise. Le fait de promouvoir ouvertement la supériorité éthique d’une politique qui représente un compromis chaudement disputé même chez nous, paraîtrait présomptueux, voire même irrespectueux, aux yeux de nos collègues étrangers. L’AMC devrait adopter une position neutre en ce qui concerne l’éthique de l’euthanasie et elle devrait définitivement s’abstenir d’encourager l’AMM à adopter une position radicalement favorable à l’euthanasie.

De quelle façon le Canada et l’AMC devraient-ils donc s’acquitter de leur devoir de présentation d’un pluralisme nuancé dans leurs discussions nationales et internationales? Voici deux autres tweets du Dr Blackmer :

À propos des débats de l’AMM sur les politiques d’euthanasie volontaire, au Vatican : « C’est comme discuter des droits de l’homme en Corée du Nord » disait @jblackmerMD. @CMA_Docs. – @jblackmerMD 19 Nov 2017

Suivi de ceci :

J’ai décidé, comme principe général, de bloquer sur Twitter toute personne qui compare les médecins canadiens qui pratiquent l’ #euthanasia aux #Nazis, de quelque manière que ce soit. Qu’il n’y ait ni surprises, ni malentendus, ni sentiments blessés. – @jblackmerMD 19 Nov 2017

Il s’agit clairement d’un double standard distinguant ceux qu’on pourrait comparer à de dangereux totalitaires (les chrétiens ainsi que ceux qui ont un penchant moral traditionnel) et ceux qui sont dispensés de cette étiquette (les partisans de l’euthanasie, bien sûr). Il s’agit d’un phénomène beaucoup plus grave que celui de lancer des insultes. Le problème se situe à un autre niveau. En effet, la manière la plus efficace d’obtenir un résultat politique précis est de contrôler, en partant, les sujets qui pourront être discutés, ou non, ainsi que ceux qui pourront, ou non, prendre part au débat. Malheureusement, contrairement à sa manière habituelle de contribuer prudemment aux discours publics, le Dr Blackmer publie maintenant des tweets informels qui trahissent son empressement à obtenir un double résultat : soit bannir complètement certaines lignes de pensée ou encore bannir les personnes qui défendraient ces idées.

Pourtant, plusieurs personnes s’opposant actuellement à l’euthanasie s’inspirent d’analyses historiques de données fondées sur la pratique de l’euthanasie dans le passé. Or, aucune histoire de l’euthanasie ne peut ignorer l’exemple évident du régime nazi allemand. Cette idée a été largement discutée, encore récemment par Catherine Frazee, Officier de l’Ordre du Canada vivant avec un handicap. Aucun discours crédible ne peut prétendre ignorer de telles voix.

Évidemment, le Dr Blackmer a le privilège de bannir tous ceux qu’il veut de son fil Twitter personnel comme bon lui semble. Toutefois, en tant que porte-parole de l’AMC devant une assemblée de l’Association médicale mondiale, il porte bel et bien la responsabilité de présenter un portrait complet de la profession médicale canadienne et non pas celui d’une seule faction. Nous avons reçu de nos membres et supporters de nombreux commentaires critiques au sujet de cette représentation tendancieuse des opinions — pourtant subtiles et variées — des médecins canadiens.

Où se trouvent donc le respect et l’espace que méritent les opinions divergentes? Nous tenons bien haut l’étendard du respect mutuel devant les différences et nous nous attendons à ce que l’Association médicale canadienne adopte la même attitude en retour puisqu’elle prétend représenter équitablement les médecins canadiens. Les déclarations futures de l’AMC — surtout celles qui sont faites au niveau international — devraient refléter le fait qu’aucun consensus n’existe parmi les médecins canadiens au sujet de la nature éthique de l’euthanasie — un problème tout à fait distinct de sa légalisation.

Rendons l’euthanasie impensable.



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