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La découverte de tombes d’enfants à Kamloops demande une enquête rigoureuse et non une attaque sournoise et non fondée contre l’Église


Pensionnat de Kamloops.

Par Michael Haynes — Traduit par Campagne Québec-Vie — Photo : Wikimedia Commons

Kamloops, Colombie-Britannique, 9 juin 2021 (LifeSiteNews) — La triste découverte de 215 tombes d’enfants non marquées au pensionnat indien de Kamloops a suscité beaucoup de chagrin et d’indignation, ainsi que des attaques virulentes contre l’Église catholique.

Malgré cette réaction rapide, de nombreuses questions subsistent sur cette affaire. L’auteur canadien Michael O’Brien, lui-même ancien élève de l’un de ces pensionnats, a mis en garde contre le danger d’accuser l’Église de meurtre avant d’avoir obtenu des informations réelles sur les tombes récemment découvertes, y compris sur le contexte de la période des pensionnats.

Rosanne Casimir, chef de la Première nation Tk'emlups te Secwépemc, a révélé le 28 mai que les corps de 215 écoliers, dont certains n’avaient que trois ans, avaient été découverts sous terre grâce à un radar à pénétration de sol. Casimir a mentionné que c’était un « fait connu dans notre communauté », ce qui a mené à la recherche et à la découverte des corps.

Casimir a également noté que « ces enfants disparus sont des décès non documentés », ajoutant que de nombreuses questions restaient sans réponse, et laissant entendre qu’il était possible de trouver d’autres corps en attendant une enquête plus approfondie. Elle l’a décrit comme une « perte inconcevable, dont on parlait, mais qui n’avait jamais été documentée au pensionnat indien de Kamloops ».

Mme Casimir a noté que l’enquête était en cours depuis le début des années 2000, précisant que les récits d’anciens élèves avaient alimenté le désir de rechercher les tombes.

À la suite de cette découverte, des attaques virulentes ont été lancées contre l’Église catholique, qui dirigeait le pensionnat alors que l’État le finançait, et le sentiment anticatholique dans les médias grand public est à son comble.

Le système des pensionnats

Le pensionnat de Kamloops, situé dans le sud de la Colombie-Britannique, a été géré par l’Église catholique de 1890 à 1969, date à laquelle le gouvernement fédéral a pris en charge la gestion de l’établissement et l’a transformé en externat jusqu’à sa fermeture en 1978. À son apogée, Kamloops comptait plus de 500 enfants inscrits dans les années 1950 et était autrefois la plus grande école du réseau de pensionnats.

L’école a été confiée à la direction des Oblats de Marie Immaculée en 1893, sur ordre du gouvernement. Cependant, en 1910, le directeur a signalé que le gouvernement ne fournissait pas suffisamment de fonds pour nourrir correctement les enfants. Un rapport similaire a été fait dans les années 1920.

En 1924, le bâtiment a été partiellement détruit par un incendie.

L’école faisait partie du système national des pensionnats du Canada, dans le cadre duquel des enfants autochtones étaient injustement retirés de leur famille¹ et emmenés dans ces écoles dans le but supposé de les éduquer et de les assimiler à la culture non autochtone. Ces écoles étaient en grande partie gérées par l’Église catholique, bien qu’elles ne fussent en aucun cas exclusivement sous la responsabilité de l’Église catholique, puisque d’autres confessions chrétiennes géraient également certaines de ces écoles.

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Les enfants placés dans ces écoles étaient empêchés de parler leur langue maternelle ou de s’adonner à leurs pratiques culturelles familiales. Lorsque la fréquentation des écoles est devenue obligatoire dans les années 1920, les enfants ont été retirés de force de leur famille et les parents ont été menacés de prison s’ils n’obtempéraient pas. À leur arrivée au pensionnat, les enfants voyaient rarement leur famille, et beaucoup même disparaissaient ou ne revoyaient jamais leur famille.

Le système des pensionnats a pris fin avec la fermeture de la dernière école en 1996. Les rapports suggèrent que plus de 150 000 enfants ont fréquenté les écoles pendant leur fonctionnement.

Les récits d’abus physiques, émotionnels ou sexuels étaient très répandus dans ces écoles. En ce qui concerne Kamloops, un ancien employé² de l’établissement, Gerald Moran, a été reconnu coupable en 2004 de 12 chefs d’accusation d’abus sexuels et condamné à trois ans de prison.

La Commission nationale de vérité et de réconciliation a ensuite été créée à la suite d’un accord juridique entre les survivants³ des pensionnats, l’Assemblée des Premières Nations, les représentants des Inuits, le gouvernement fédéral et les organismes religieux. Dans un long rapport publié en 2015, la Commission a interrogé des milliers de témoins, dont de nombreux anciens élèves des pensionnats, et a révélé que les enfants autochtones qui fréquentaient les pensionnats mouraient plus souvent que les enfants d’âge scolaire de la population générale.

Le rapport fait état de 3 200 élèves décédés alors qu’ils fréquentaient ces écoles, bien que le New York Times ait récemment rapporté que ce chiffre était d’au moins 4 100. Les causes de ces décès vont de la négligence à la maladie, en passant par des accidents ou de mauvais traitements.

Le Centre national pour la vérité et la réconciliation a recensé les dossiers de 51 enfants décédés à Kamloops entre 1900 et 1971, mais ce nombre est bien inférieur aux 215 corps récemment découverts.

Kamloops et l’Église catholique

À la suite de la découverte récente de tombes anonymes, de nombreuses personnalités ont attaqué l’Église catholique. Des appels à la responsabilité et des souhaits de réparation ont été lancés à tous les niveaux de la société. Des accusations de meurtre et de génocide ont été lancées contre l’Église depuis la découverte.

Dans une récente allocution télévisée, le premier ministre pro-avortement Justin Trudeau a fustigé l’Église catholique pour son rôle à Kamloops et dans le système scolaire en général. Il a déclaré : « Il est clair que nous attendons de l’Église qu’elle assume la responsabilité de son rôle dans cette affaire et qu’elle soit là pour aider au deuil et à la guérison, notamment en fournissant les documents nécessaires. Nous attendons tous encore que l’Église catholique fasse cela. »

M. Trudeau avait déjà attaqué formellement le pape François il y a quelques années, l’accusant de ne pas avoir présenté d’excuses personnelles pour le rôle que l’Église avait joué dans le système des pensionnats.

Au cours des derniers jours, la hiérarchie catholique a fait des déclarations de tristesse et de sympathie. Le pape François s’est exprimé lors de l’Angélus de dimanche, déclarant qu’il « se joint aux évêques canadiens et à toute l’Église catholique au Canada pour exprimer sa proximité avec le peuple canadien, qui a été traumatisé par cette nouvelle choquante. »

La Conférence des évêques catholiques du Canada a publié sa propre déclaration, écrivant qu’elle « s’engage à continuer de marcher côte à côte avec les peuples autochtones dans le présent, en recherchant une guérison et une réconciliation plus grandes pour l’avenir. »

L’archevêque d’Edmonton, Mgr Smith, a également exprimé son « profond regret et ses profondes condoléances » aux familles des enfants, rappelant ses propres excuses présentées à la Commission de vérité et réconciliation.

Il a été soutenu par l’archevêque de Vancouver, Michael Miller, qui a parlé de la « nécessité permanente de mettre en lumière chaque situation tragique survenue dans les pensionnats administrés par l’Église. Le passage du temps n’efface pas la souffrance qui touche les communautés indigènes concernées, et nous nous engageons à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour guérir cette souffrance. »

Michael O’Brien met en garde contre les jugements hâtifs

Dans le sillage de cette soudaine poussée de rhétorique anticatholique, fondée sur la découverte tragique, mais encore inexpliquée, des tombes non marquées, LifeSite s’est longuement entretenu avec l’auteur catholique canadien bien connu Michael O’Brien qui a lui-même passé trois ans dans l’un des pensionnats. O’Brien a par la suite témoigné devant la Commission de vérité et réconciliation lors des nombreuses audiences menées en vue de la rédaction du rapport final.

M. O’Brien a mis en garde contre l’utilisation des récentes nouvelles comme tremplin pour attaquer l’Église catholique.

O’Brien a révélé qu’il avait effectivement été témoin d’abus lorsqu’il était à l’école, mais de la part d’employés laïcs et non du clergé ou des religieuses.

Il a également attiré l’attention sur le principal problème sous-jacent, à savoir l’abus institutionnel d’enfants retirés de leur famille par les autorités publiques, puis emmenés dans ces écoles, soulignant les « effets psychologiques et sociaux à long terme de cette situation ».

Mais dans le cas spécifique de l’école de Kamloops, il a réitéré l’appel à la prudence. « Où sont les faits connus à ce jour ? », a-t-il demandé. « Pour le moment, il n’y a que des insinuations et des sous-entendus. »

Les tombes de Kamloops dans leur contexte : les taux de mortalité infantile

Son avertissement est en effet bien fondé. Alors que le chef Casimir a mentionné les rumeurs existantes de tombes non marquées, il n’a pas expliqué pourquoi elles pourraient être là. Toutes sortes de causes de la mort des enfants peuvent être proposées, et les accusations et explications concernant les corps ne pourront être étayées par des faits qu’après des examens médico-légaux.

Un autre point soulevé par O’Brien est l’absence apparente d’enquête sur les registres de mortalité pendant les années d’exploitation de Kamloops, afin de déterminer le niveau attendu de décès d’enfants qui serait normal pour cette période. Certaines statistiques montrent que pour la mortalité infantile (c’est-à-dire les décès des enfants âgés de moins d’un an), le taux était de 187 décès pour 1 000 naissances en 1900. Des taux de mortalité élevés ont également été observés entre 1910 et 1920, coïncidant avec l’épidémie de grippe espagnole.

À une époque marquée par une mortalité infantile aussi élevée et, de plus, dans une école qui était la plus grande en son genre, un tel nombre ne serait pas inattendu au cours de ses 80 ans d’existence ; cependant, des questions demeurent quant à la raison pour laquelle ces 215 décès n’apparaissent pas dans les registres officiels.

Par ailleurs, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans atteint 296,75 décès pour 1 000 naissances en 1900. Ce chiffre n’est passé sous la barre des 100 décès pour 1 000 naissances qu’en 1935, les taux de mortalité infantile étant constamment élevés de 1910 à 1920.

« Toute discussion sur la mortalité infantile et l’expérience des enfants et des familles confrontés à des problèmes médicaux potentiellement mortels doit être replacée dans le contexte de l’amélioration de la santé des enfants au cours du siècle dernier », a écrit le National Center for Biotechnology Information. À titre d’exemple de cette évolution de la mortalité démographique : en 1900, 30 % de tous les décès aux États-Unis concernaient des enfants âgés de moins de cinq ans, contre seulement 1,9 % en 1999.

En fait, l’inquiétude concernant la mortalité infantile nationale du Canada était telle que le politicien ontarien Newton Rowell a soulevé la question devant la Chambre des communes en 1919. De plus, les Premières nations elles-mêmes ont toujours été moins résistantes aux maladies infectieuses, comme les épidémies de grippe, de rougeole et de variole.

M. O’Brien a également demandé qu’un examen soit effectué sur les tombes et le nombre de corps retrouvés. Les registres officiels font état de 51 enfants, et avec la dernière découverte, on sait que quelque 266 enfants sont morts ou ont été enterrés à l’école. À une époque marquée par une mortalité infantile aussi élevée, et dans une école qui était la plus grande de son genre, un tel nombre ne serait pas inattendu au cours de ses 80 ans d’existence ; cependant, des questions demeurent quant à la raison pour laquelle ces 215 décès n’apparaissent pas dans les registres officiels.

« Le ministère des Affaires indiennes refusait d’expédier les corps des enfants chez eux pour des raisons de coût »

O’Brien a noté que les difficultés de transport abondaient pendant les années de fonctionnement de Kamloops. Cela signifiait que les corps des enfants décédés, quelle qu’en soit la cause, ne pouvaient très souvent pas être rendus à leurs familles et étaient donc enterrés sur le terrain de l’école. Il a été soutenu en cela par le National Post, qui a noté que le « ministère des Affaires indiennes du gouvernement refusait d’envoyer les corps des enfants à leur famille pour des raisons de coût. »

En fait, le National Post a écrit que les tombes non marquées n’étaient pas rares dans les pensionnats, affirmant que ce n’était « pas du tout un secret que les sites des pensionnats indiens regorgeaient de tombes d’enfants morts. »

Les cimetières des pensionnats étaient parfois utilisés par les habitants de la région même après la fermeture de l’école, mais le plus souvent les cimetières ont été envahis par la végétation, endommagés par les feux de prairie et les inscriptions funéraires en bois détruites au fil du temps.

« Tant que nous ne connaîtrons pas davantage de faits, nous ne pourrons faire que des insinuations »

Après une enquête plus approfondie sur le contexte des pensionnats, la découverte récente de 215 tombes non marquées ne permet à la société de tirer aucune conclusion, si ce n’est la simple présence physique des tombes.

En l’absence de preuves médico-légales, et sans qu’aucun corps n’ait été exhumé, rien ne peut être avancé sur la façon dont les enfants sont morts, ni sur le moment de leur mort. Compte tenu du taux de mortalité élevé en général et du taux de mortalité encore plus élevé des Premières nations, il faut s’attendre à des taux de mortalité infantile plus élevés à l’époque des pensionnats ─ et aux tombes qui les accompagnent ─ qu’aujourd’hui.

Les mises en garde d’O’Brien ont été appuyées par le National Post, qui a souligné que les tombes tombent facilement en ruine avec le temps et sous l’effet de forces extérieures comme les ravages de la nature ou le développement des terres.

S’il est indéniable que les pensionnats ont causé de grands dommages de multiples façons, comme l’a décrit de manière souvent pénible et limitée le rapport de la Commission vérité et réconciliation et comme en témoigne l’atteinte portée par le gouvernement aux droits parentaux des parents des Premières nations, il faut veiller à ne pas utiliser la découverte des 215 tombes comme un moyen d’attaquer aveuglément l’Église sans aucune preuve à l’appui.

Les écoles, financées par l’État et dirigées par diverses églises, et pas seulement par l’Église catholique, demeurent une période sombre de l’histoire du Canada. Toutefois, M. O’Brien a mis en garde contre le fait de « projeter sur le passé notre conscience actuelle ».

« Tant que nous ne connaîtrons pas davantage de faits, nous ne pouvons qu’insinuer », a-t-il expliqué.


¹Si l’Église au Canada a tenu de tels pensionnats, il ne faut pas oublier que ce n’est pas elle qui retirait les enfants de leur foyer, mais les autorités publiques. — A. H.

²Tiens, un employé, ce n’est donc pas un prêtre. — A. H.

³Pourquoi « survivants » ? Malgré ce qu'on a à redire sur ces pensionnats, ce n'étaient pas des camps d'extermination. — A. H.

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