Par Heidi Klessig, M.D. — Traduit par Campagne Québec-Vie — Photo : roungroat/Rawpixel
14 juillet 2026 (LifeSiteNews) — Imaginez une unité de soins intensifs remplie de patients. Les écrans brillent, affichant des tracés d'électrocardiogrammes, des mesures de la tension artérielle et des taux d'oxygénation. Les respirateurs vrombissent tandis que l’air est pompé dans et hors des poumons, et les sondes d’alimentation administrent goutte à goutte des nutriments. Mais ces personnes ne vont pas mieux. Ce sont des « néomorts » : des personnes atteintes de lésions neurologiques graves dont les familles ont accepté que les médecins utilisent leur corps vivant à des fins expérimentales.
Dans un récent « podcast », le bioéthicien Arthur Caplan a fièrement proclamé avoir été le pionnier de l’utilisation de personnes gravement handicapées à des fins de recherche au sein du Centre de santé universitaire Langone Health, dans des services qu’il qualifie de « bioemporia ». Selon lui, il aurait découvert le concept de « néomorts » et de « bioemporia » dans un essai rédigé par le Dr Willard Gaylin, psychiatre, pour le magazine Harper’s en 1974, intitulé « Harvesting the Dead » (Récolter les morts). Dans cet article, le Dr Gaylin soulignait les risques éthiques inhérents au concept de mort cérébrale, suggérant (avec ironie) qu'il serait possible de stocker ces personnes atteintes de lésions neurologiques (qu'il a baptisées « néomorts ») dans des centres appelés « bioemporia », où l'on pourrait mener des expériences sur elles à notre guise. Selon l'article satirique de Gaylin :
« Dans la discussion qui suit, le mot “cadavre” conservera son sens habituel, par opposition au terme “néomort”, qui désignera le “nouveau cadavre”. L'endroit où ce dernier est conservé s'appelle “bioemporium”. Tout ce qui est possible avec un ancien cadavre embaumé peut être fait avec un néomort, et même encore beaucoup plus. Les étudiants en médecine un peu réticents pourraient s'exercer aux examens physiques de routine : auscultation, percussion thoracique, examen de la rétine, examens rectaux et vaginaux, etc. Le néomort pourrait servir à la plupart des essais de médicaments et de procédures chirurgicales que nous pratiquons aujourd'hui habituellement sur des détenus, des enfants atteints de retard mental et des volontaires. Parmi les formes évidentes d'expérimentation, on pourrait citer les traitements de maladies qui seraient d'abord provoquées chez le néomort. Nous pourrions tester des antidotes en injectant du poison, provoquer des cancers ou des infections virales afin de valider et de comparer les thérapies en cours de développement. »
Caplan admet que l’article de Gaylin se voulait une critique de la mort cérébrale, mais affirme qu'il l'a marqué lorsqu'il était étudiant et l'a incité à mettre en pratique les idées qu’il contenait : « Gaylin craignait beaucoup que cela puisse arriver, mais cela ne signifie pas pour autant que ces idées étaient erronées. »
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Il affirme qu'il existe désormais un « bioemporium » à l'université de New York (NYU), et que des dizaines d'autres voient le jour partout dans le pays, utilisant des personnes dites « en état de mort cérébrale » pour des essais cliniques et d'autres fins de recherche. Dans le podcast, Caplan admet que les personnes chez qui un diagnostic de mort cérébrale a été posé ne sont pas biologiquement mortes, mais que leur « mort » est une construction sociale, ce qui explique pourquoi elles peuvent être maintenues artificiellement en vie pour ces expériences.
Il est hautement improbable que les familles de ces personnes soient informées que leurs proches ne sont que « socialement morts » lorsque les médecins obtiennent leur « consentement » pour ces expériences. Lorsqu'une personne inscrite au registre des donneurs d'organes souffre d'une infection ou d'une autre pathologie l'empêchant de faire un don, sa famille est contactée et on lui demande si les médecins peuvent maintenir le patient sous assistance respiratoire afin de réaliser certains tests. Selon Caplan :
« Nous avons commencé par dire que cela pourrait faire progresser la transplantation. Nous allons mener des recherches, peut-être sur un organe artificiel ou un médicament immunosuppresseur. Si vous nous donnez votre autorisation — il souhaitait devenir donneur d’organes, mais ne le peut pas ; il souhaitait clairement aider —, faisons-le de cette manière. Si nous le gardions pendant 72 heures, nous donneriez-vous votre autorisation ? Beaucoup de gens l’ont fait. »
L’empressement du Dr Caplan à maintenir des personnes gravement malades sous assistance respiratoire à des fins d’expérimentation contraste fortement avec son opinion lorsque les parents de Jahi McMath, une jeune fille déclarée en mort cérébrale, ont souhaité la maintenir sous assistance respiratoire pour préserver sa vie. À l'époque, il avait écrit : « La maintenir sous respirateur artificiel revient à profaner son corps. »
On sait depuis longtemps que les personnes en état de « mort cérébrale » (vivantes sur le plan biologique, mais déclarées décédées sur le plan légal) constituent d'excellents sujets d'expérimentation. Depuis des années, des personnes atteintes de lésions cérébrales sont utilisées comme hôtes de xénogreffes dans le cadre d'expériences portant sur des foies et des reins de porcs génétiquement modifiés. C'est précisément parce qu'elles sont si stables sur le plan physiologique que ces personnes peuvent être maintenues sous assistance respiratoire pendant des semaines, voire des mois, le temps d'évaluer leurs réactions face à des organes animaux étrangers. Une fois l'expérience terminée, la personne est sacrifiée et sa dépouille est envoyée au service de pathologie pour subir des analyses anatomiques macroscopiques et microscopiques approfondies.
L’année dernière, des scientifiques ont été vivement critiqués pour avoir proposé de créer des « bodyoïdes », c'est-à-dire des clones humains dépourvus de conscience, cultivés dans des utérus artificiels, à des fins de recherche. Poussez-vous, les bodyoïdes, l’ouverture de bioemporia remplis de néomorts permet aujourd’hui de mener de telles expérimentations sur de véritables êtres humains, sans attendre.
Le Dr Gaylin avait anticipé notre répulsion à l'idée d'expérimentations sur des personnes atteintes de troubles neurologiques. Il concluait ainsi son article prophétique de 1974 :
« Et pourtant, une fois tous les avantages exposés, le potentiel de sauvetage de vies clairement établi, les objectifs humanitaires évidents, la technologie prête, les motivations pures et les coûts matériels justifiés, comment concilier nos émotions ? Où, dans ce grand livre des comptes où sont inscrits les membres, les foies et les reins, ainsi que les coûts, devons-nous peser et inscrire la répugnance suscitée par l'ensemble de cette entreprise philanthropique ? L’analyse coûts-bénéfices est toujours la moins satisfaisante lorsque les coûts sont mesurés dans un domaine et les bénéfices dans un autre. Elle est particulièrement biaisée lorsque les avantages sont spécifiques, matériels, apparents et immédiats, tandis que le prix à payer est général, spirituel, abstrait et futur. C'est ce qui pousse les gens à troquer la liberté contre la sécurité, la fierté contre le confort, la dignité contre de l'argent… Préserver la vie est un argument de poids en faveur de n'importe quelle mesure, mais pas si cette mesure détruit les qualités mêmes qui font que la vie vaut la peine d'être préservée. »
Les personnes en état de mort cérébrale ne sont pas mortes. Ce ne sont pas des « néomorts » ; ce sont des êtres humains. Utiliser des personnes encore biologiquement vivantes à des fins d'expérimentation constitue un scandale moral qu'il faut dénoncer et auquel il faut mettre fin.