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Réflexions sur l’avortement : une réplique à Richard Martineau

En mai 2008, Richard Martineau, chroniqueur pour le Journal de Montréal et co-animateur de l’émission Les Francs-Tireurs à Télé-Québec, publia un article sur l’avortement intitulé « La grosse question. » Cet article, bien qu’il énonce des positions assez divergentes des nôtres, démontre quand même une volonté de questionner le bien-fondé du statu quo québécois par rapport à l’avortement. Je lui ai envoyé une lettre qui, je l’espère, l’aidera à approfondir sa réflexion, lettre que je reproduis en partie ci-dessous. Avant chaque réponse, je cite la partie de son article à laquelle je me réfère.
 

La responsabilité personnelle

Pour [Pier Paolo Pasolini, cinéaste italien], l’avortement était une autre façon pour l’État de traiter les individus comme des objets, des objets que l’on prend et que l’on jette, en se foutant totalement de ce qu’ils ressentent.

Le capitalisme, selon Pasolini, ne vise qu’un seul et unique but : le plaisir individuel. Tout ce qui entrave la jouissance (comme un bébé, par exemple) est un obstacle dont il faut se débarrasser.

Pasolini ne comprenait pas comment on pouvait à la fois être CONTRE la peine de mort et POUR l’avortement. Pour cet humaniste, c’était un non-sens, une contradiction idéologique. On ne peut pas, d’un côté, dire : «Tu ne tueras point», et de l’autre, affirmer qu’il n’y a aucun problème à tuer un fœtus de seize semaines.

Si on est contre le meurtre, on est contre toutes les formes de meurtres.

—Richard Martineau, mai 2008

M. Martineau, dans votre article publié en 2008, vous parlez d’avortement et de Pasolini. Vous avez écrit : « Le capitalisme, selon Pasolini, ne vise qu’un seul et unique but: le plaisir individuel. Tout ce qui entrave la jouissance (comme un bébé, par exemple) est un obstacle dont il faut se débarrasser. »

Or, dans plusieurs de vos articles, vous parlez du manque de responsabilité personnelle au Québec. Mais l’avortement n’est-il pas le signe (je dirais presque le sacrement) de la déresponsabilisation ?

Avorter, ce n’est pas juste manquer à nos responsabilités envers l’autre pour plus facilement jouir du moment présent, c’est carrément tuer l’autre pour pouvoir jouir du moment présent. Multipliez par 30 000 par année ce geste de tuer un autre pour pouvoir vivre comme on veut (et ici je parle de l’homme qui fait pression auprès de sa blonde pour qu’elle avorte comme de la femme qui décide d’elle même), et on comprend très bien, qu’à force de répéter ce signe/symbole/sacrement de la déresponsabilisation personnelle, pourquoi le Québec devient une nation d’irresponsables. C’est une vraie pédagogie de la déresponsabilisation.

En effet, comment convaincre un Québécois qu’il doit être responsable, qu’il doit prendre l’initiative dans divers domaines quand on lui permet de tuer un être humain (un être qui dépend complètement de lui) au lieu d’en prendre soin ?
 

Souveraineté

M. Martineau, vous vous êtes prononcé à plusieurs reprises pour l’indépendance du Québec. Pourtant l’avortement n’est-il pas une des causes principales du fait que le Québec ne soit pas indépendant, et cela sans parler de l’effet de dénatalité des « Québécois de souche » associé au taux élevé d’avortement ? Car qui dit indépendance et auto-détermination dit sacrifice du bonheur à court terme ; et le fait d’avorter à tour de bras répand le message qu’il faut à tout prix jouir de l’instant présent, et éviter le sacrifice de soi, jusqu’à en sacrifier un autre au lieu de se donner soi-même. Qui donc dans ce Québec jouissif et irresponsable, ayant été soumis à la « pédagogie abortive », ne reculerait pas devant la possibilité d’un Québec souverain, si cette indépendance risquait d’entraîner pendant un certain temps une baisse de leur qualité de vie ? Si les Québécois sont prêts, en envisageant les sacrifices qu’ils devront assumer, à tuer leur propre enfant avant qu’il naisse, ne le seraient-ils pas encore plus à tuer dans l’œuf tout projet de souveraineté qui entraverait leurs petits plaisirs immédiats ?
 

Arnaque intellectuelle

Vous me direz qu’un fœtus n’est pas un être humain. Ah non ? C’est quoi, alors ? Une boule de graisse ? Personnellement, je ne suis pas contre l’accès à l’avortement. Mais je crois qu’il doit être mieux encadré.

Et, surtout, je crois qu’il faut faire une différence entre un avortement pratiqué à moins de trois mois de la conception (ce que j’appelle «une interruption de grossesse») et un avortement pratiqué à plus de trois mois de la conception (ce que j’appelle «une interruption de vie»). Ce n’est pas du tout la même chose.

Il y a une différence entre un embryon et un fœtus. Mettre ces deux entités dans le même paquet est une arnaque intellectuelle.

—Richard Martineau, mai 2008

Dans le même article de 2008 cité plus haut, vous écrivez : « [...] je crois qu’il faut faire une différence entre un avortement pratiqué à moins de trois mois de la conception (ce que j’appelle “une interruption de grossesse”) et un avortement pratiqué à plus de trois mois de la conception (ce que j’appelle “une interruption de vie”). Ce n’est pas du tout la même chose. »

Je suis curieux de savoir pourquoi vous croyez qu’il y a une différence essentielle entre l’embryon et le fœtus. Je dirais plutôt que l’arnaque serait de les différencier, car de la manière dont vous parlez il se passe quelque chose de quasiment magique entre la seconde avant 3 mois et la seconde après (les hommes du moyen âge croyaient que c’était à ce moment – à 3 mois de gestation – que l’âme pénétrait dans le corps, ce moment étant celui où le fœtus est assez fort pour que ses mouvements soient ressentis par la mère).

Les « pro-vie », eux, constatent simplement qu’à partir du moment où il y a contact entre sperme et ovule, nous ne parlons plus de « vie spermatozoïde », ni de « vie cellulaire » (de l’ovule), mais bien de vie humaine (comme pour tous les animaux sexués, la vie humaine débute au contact des gamètes). Donc « embryon » et « fœtus » (et « bébé », « enfant », « ado », « vieillard », etc.) ne sont que des étiquettes pour désigner les étapes du développement de l’être humain conçu au contact du sperme et de l’ovule.
 

« Égalité homme-femme », ressentiment, néo-féminisme

La seule « raison » valable qui justifierait de différencier le fœtus de 11 semaines (que l’on peut, selon vous, tuer sans vergogne) de celui de 12 semaines (qui, selon vous, si j’ai bien compris, devrait être reconnu comme personne juridique), n’est pas vraiment une raison métaphysique, mais une motivation politique : la préservation d’un « acquis social ».

Comme pour les Britanniques avant 1807 (pour qui la traite d’esclaves contribuait au « bien commun », mais aux dépens des noirs), et comme pour les Canadiens en 1909 (pour qui le système démocratique, ne permettant pas le vote aux femmes, « fonctionnait bien », mais aux dépens des femmes), il existe aujourd’hui au Québec un certain statu quo qui fait l’affaire de bien des gens, mais qui opprime un groupe d’êtres humains. L’acquis social que l’on veut absolument conserver est « l’égalité homme-femme » : pour que la femme puisse avoir autant d’autonomie que l’homme, il lui faut la garantie qu’elle puisse baiser autant que l’homme et, comme l’homme, ne subir en contrepartie de son acte aucune suite néfaste. Car l’homme peut prendre la fuite quand il y a une grossesse dont il refuse d’assumer les conséquences. Donc, pour que la femme puisse jouir de la même « liberté », elle aussi doit pouvoir fuir. Mais dans son cas fuir veut dire tuer.

Bref, d’une certaine façon, nous revenons au thème de la responsabilité personnelle : pour préserver « l’égalité homme-femme » – pour que la femme puisse être aussi irresponsable que l’homme –, on doit lui permettre de tuer son enfant à naître, qu’importe la raison, car déjà on permet à l’homme d’abandonner sa femme enceinte, qu’importe la raison.

Question : n’y aurait-il pas intérêt pour une société dite « progressiste » de distinguer entre égalité homme-femme positive et égalité homme-femme négative ? Parlons-nous vraiment de progrès quand nous parlons du fait qu’une femme peut maintenant être aussi irresponsable que le plus irresponsable des hommes ? N’est-ce pas un nivelage vers le bas, une égalité négative ? Une société progressiste ne tenterait-elle pas plutôt de construire, par l’éducation et par la loi, une société d’égalité positive, où les hommes et les femmes seraient encouragés et appuyés (par les moeurs, les coutumes, et finalement par la loi) à prendre soin du fruit de leurs relations amoureuses ? Comme cela l’acquis social que serait l’égalité positive homme-femme n’existerait pas aux dépens d’un groupe opprimé, comme l’étaient les « acquis sociaux » douteux du passé.

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