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Réflexion sur l'apport des croyants au débat sur l'euthanasie

Sur le site de Ouest-France.fr du 1er novembre 2013 :

 

(Martin Luther King en 1964)

(Photo Library of Congress, sans copyright)

 

 

(...)

L'habitant de la société de consommation, à force de s'employer à fabriquer de lui-même une image valorisante, oublie d'apprivoiser sa fragilité. Lorsque survient la maladie ou les épreuves de la vie, alors ses repères factices s'effondrent : il ne peut plus « paraître », il est exclu du jeu, il n'est plus « utile». Devant son miroir brisé, démuni, il devient extrêmement vulnérable.Dans de telles circonstances, la possibilité de l'euthanasie et, dans certains pays, du suicide assisté pose un grave problème. Comment, dans des moments de grande vulnérabilité, résister aux sirènes mensongères ? Celles qui murmurent que lorsqu'un individu n'est plus « utile » ou qu'il « coûte cher » à la société, l'acte ultime de sa liberté serait d'accepter qu'il soit mis fin à ses jours ?

 Relever la visière du quotidien

Ce qui est présenté comme un acte de liberté ou comme un sacrifice nécessaire est, en réalité, une terrible aliénation, une soumission de l'être humain au conditionnement d'une société aveuglée par son matérialisme. Cette aliénation est combattue par les sources des religions monothéistes. En rappelant la Présence divine, elles ouvrent un espace de liberté entre la personne et la pression de la société. Elles invitent « ceux qui croient au ciel comme ceux qui n'y croient pas » à relever la visière du quotidien, à s'interroger, à se tourner vers l'infini, à refuser les jougs qui la réduiraient à n'être qu'un pion au milieu d'une masse manipulable, à reconnaître que la vie déborde de toute part les constructions humaines. Les racines des religions démasquent l'imposture des systèmes qui prétendent s'ériger en guide des consciences. Il est donc important que les grandes religions puissent prendre part au débat public. En France, le Comité national d'éthique se prononce sur ces questions. En septembre, une grande partie de ses membres a été renouvelée. Le Monde a qualifié « d'évolution marquante », le fait que « plus aucun religieux ne fera partie du Comité. » (1) Que signifie leur éviction ? Les critiques se sont concentrées sur deux points : certains y voient une manoeuvre en vue des prochains débats sur la fin de vie, la PMA etc. ; d'autres, le retour d'une laïcité sectaire empêchant les grandes religions de prendre part au débat public. Les mois à venir apporteront les réponses à ces questions. Cependant, les discussions éthiques sont l'affaire de tous car elles dessinent la société de demain ainsi que la ligne de démarcation entre la pression publique et la liberté de la personne fragile. Il serait dangereux de se priver du questionnement de ceux qui considèrent que l'être humain est sacré et qui refusent que sa mort puisse être déterminée en fonction des modes du moment, des contingences économiques ou des pressions sociales. (1) Le Monde, 21 septembre 2013.

Jeanne Emmanuelle Hutin

 

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