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Lettre d’un médecin à un bébé prématuré qui est mort

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Par Anthony Tackman, MD (LifeNews) - traduit par Campagne Québec-Vie

Cher bébé prématuré, cher ange,

On fait face à ça plutôt souvent. Ou peut-être pas si souvent que ça; peut-être que ça semble plus fréquent que ça ne l’est en réalité. Mais au moins quelques fois en une année, du moins pour les papiers en tout cas. 

Des femmes enceintes tombent malades. Parfois très, très malades. Et je serai à jamais reconnaissant aux obstétriciens et aux infirmières obstétriques parce qu’ils font un travail difficile, très difficile. Souvent une femme va arriver pour accoucher en urgence et des fois elle aura besoin d’une opération et demandera une anesthésie générale. Dans la plupart des cas, elle se réveillera tôt juste après, mais pas toujours. Des fois, elle ne s’en remet pas. Des fois, elle a besoin de l’USI et il y a des exemples rares et tragiques où elle ne se réveille plus du tout.

Un bébé est accouché. Des fois, très prématuré. Des fois, extrêmement prématuré. Des fois, trop petit pour avoir une voie respiratoire et pour lui placer un respirateur. Trop petit pour le brutaliser avec des tentatives vigoureuses de réanimation : trop petit. Il ou elle peut gémir comme un agneau quelques temps mais le plus souvent, ils font un tout petit son qu’on peut vraiment entendre. Et des fois il n’y a aucune famille.

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Maman est inconsciente, Papa n’est pas disponible ou est en dehors de la ville, et dans certains cas je les ai vraiment vus fuir la salle d’accouchement au lieu de rester avec leur bébé parce que c’est trop bouleversant pour eux d’attendre alors que leur bébé meurt. Il n’y a aucune condamnation là. On ne peut jamais savoir ce que c’est, à moins d’être à leur place. Mais aucun bébé n’a jamais été laissé pour mourir seul. Nos infirmières ont tendance à être comme des saintes à cet égard. Ce monde peut en être un glacial et cruel, mais ce bébé ne va pas mourir seul. Pas là.

Des fois, les infirmières sont submergées par leurs tâches multiples et le médecin tiendra le bébé parce qu’aucun bébé ne sera laissé seul en cet instant de la vie. Jamais. La salle est noire, le bébé est enveloppé, il y a une chaise berçante et on se berce, et on se berce. On observe la complexité et la beauté indescriptible de chaque main et pied minuscules. On prend son stéthoscope et on écoute la petite cage thoracique. C’est lent mais ça bat encore.

Une heure passe. Le bébé peut ouvrir les yeux si ses paupières ne sont pas collées. Pas très sûr de l’acuité visuel; peut-être pas vraiment, mais j’aime à penser qu’il sait que quelqu’un est là. Plusieurs halètements mais peu de respirations affectives réelles. On se berce, lentement. Il est enveloppé dans des couvertures. On essaie de le tenir assez près pour qu’il puisse écouter notre cœur battre. Ce n’est pas le battement de cœur de sa mère, mais c’est quelque chose. Au moins c’est quelque chose d’humain.

Une autre heure passe. Le temps file plus vite qu’on l’aurait pensé en se berçant dans l’obscurité. La peau se refroidit, on essaie encore le stéthoscope et le cœur est toujours là, lent. Une âme qui veut être là désespérément et qui essaie de s’accrocher. Une âme seule sur la corde raide entre deux éternités. Un peu plus de halètements durant plusieurs instants courts suivants, les yeux se fixent et la lumière s’éteint.

C’est tout à fait triste. Il y a tellement de choses à propos de cet appel qui sont juste dures à expliquer. Tellement de choses qui deviennent plus difficiles d’année en année, pas plus facile. Des fois, je pense vraiment que nous sommes les malchanceux qu’on laisse derrière et ceci n’est qu’une courte escale vers une éternité d’une beauté à couper le souffle. J’aime à le penser en tout cas. Mais on reconnaît  qu’en ce petit instant au sein d’une immensité infinie de temps, ce bref instant durant lequel ces anges nous visitent, on est béni démesurément. Une lueur du divin en ce monde glacial, cruel et décadent. Mais aucun enfant ne viendra en ce monde et mourir seul. Pas là. Jamais.

Bonne nuit, mon ange. Ta Vie a eu un sens. Je te le jure, elle en a eu. Tu es une bénédiction pour nous tous et tu seras toujours pour moi une bénédiction spéciale. 

Anthony Tackman, M.D. est un spécialiste de néonatologie en exercice en Caroline Maritime. Réimprimé sous l’autorisation de l’Institut Lozier.

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