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La liberté et la responsabilité d'une génération à l'autre

Un texte paru sur le site adpgranby.org du 4 juin 2012:

 

 

Le jeune soldat est assis dans sa tente. Durant ce moment de repos, il écrit une lettre à son épouse et lui répète combien il l’aime et combien il aimerait être de retour à la maison pour assister à la naissance de leur deuxième enfant. Bien sûr, le jeune père de famille n’avait pas planifié d’être envoyé au front en plein moment de guerre, mais il le fait malgré tout. Et il sait qu’il a une bonne raison de se battre. Et dans quelques mois, son épouse accouchera et il aura une raison de plus. C’est ce qui lui permet d’espérer. Il veut croire qu’il fait tout ceci pour eux. Il veut croire qu’un jour cette guerre prendra fin et qu’il pourra retourner aux projets qu’il entretient avec sa femme de voir leurs enfants grandir et avoir une vie heureuse.

À côté de lui, son camarade écrit aussi. Il promet à sa fiancée qu’ils se marieront dès son retour et qu’il pense à elle tous les jours. Quelques minutes auparavant, il a lu la lettre que ses parents lui ont écrite. Eux lui disaient combien ils étaient fiers de lui en ajoutant qu’ils priaient pour qu’il leur revienne en vie. Ils ajoutent que toute la famille était triste qu’il ne soit pas parmi eux au souper de l’Action de grâces, mais qu’ils espèrent qu’il pourrait être de retour pour Noël.

C’était la Seconde Guerre mondiale. À cette époque, la vie en communauté était appréciée. Tous se connaissaient dans le quartier, et lorsqu’une nouvelle famille emménageait dans le voisinage, on allait souvent frapper à sa porte pour lui offrir une tarte aux pommes qu’on avait cuisinée nous-mêmes à la maison. Les repas communautaires le dimanche après l’église n’étaient pas rares. Et si une famille vivait un malheur, tel un incendie, il n’était pas rare que tous mettent la main à la pâte et l’aide à reconstruire sa maison. La nouvelle d’un nouveau bébé était toujours une réjouissance, et les enfants, jeunes et moins jeunes, connaissaient la discipline et les bonnes manières. Ces gens n’étaient ni nous, ni nos parents. Il s’agit davantage de nos grands-parents et leurs parents à eux.

Plus tard (environ 25 ans) arrivèrent la guerre du Vietnam et le mouvement appelé « Peace and Love ». Ce dernier amena avec lui une certaine révolution sexuelle qu’on appela plus poliment « l’amour libre ». Et « libre », il l’était. Mais libre de quoi au juste ?

Comparons avec les générations des paragraphes précédents, qui elles, se responsabilisaient envers leur pays, leurs familles, leurs parents, leurs enfants, et même leurs fiancées. La génération de « l’amour libre », elle, se voulait libre d’avoir des relations « amoureuses » (lire ici : sexuelles) libres de toutes les responsabilités qui accompagnaient par nature de tels actes. Des responsabilités comme l’engagement, la fidélité, être redevable, etc. C’est ainsi que l’acte du mariage a perdu beaucoup de sa valeur aux yeux de cette génération, de même que l’abstinence. La contraception est devenue de plus en plus répandue, et même là, la responsabilisation n’a pas suivi — avec le temps l’avortement est devenu presque aussi acceptable que la simple contraception. Certains regroupements féministes ont grandement profité durant cette époque. La promotion des droits des femmes, un idéal qui aurait pu servir à grandement ajouter de la force à la nation, a été pervertie en quelque chose de plus sournois, de plus dénaturé, qui a volé aux femmes beaucoup de leur noble héritage sous prétexte de les rendre… libres !

Libres, nous le fûmes ! Des mères qui ont tout de même enfanté ont dû apprendre à recourir aux tribunaux pour recevoir du soutien financier de certains pères qui ne se sentaient pas très « responsables »…

Le docteur Spock (psychologue) nous a influencés à ne pas dicter de discipline à nos enfants, mais à plutôt les laisser « libres ». (Quel beau mot — il s’utilise à toutes les sauces…) Nous avons ainsi créé la première génération d’enfants-Rois…

[Note : Aujourd’hui on semble reconnaitre le problème de comportement des enfants,mais étrangement, on semble aussi innocents quant à ce qui a pu en être la cause...] Évidemment cela n’empêche pas certains militants de tenter de rendre toute forme de punition corporelle (la petite tape sur les fesses y compris) un geste criminel punissable par la loi.

Cette dé-responsabilisation nous a laissé avec une société de je-me-moi. Un monde qui ne veut pas entendre parler de faire des sacrifices. Un monde où l’individu est le centre de l’univers et lui impose ses droits. Une société de revendications continuelles accompagnée d’une impression quasi omniprésente de toujours mériter tout ce que nous désirons, et d’avoir le droit de le laisser tomber dès l’instant où nous n’en voulons plus. On s’en débarrasse telles des poubelles que l’on met au bord de notre demeure sans vouloir se soucier d’où elles seront empilées. C’est ainsi que nous traitons la liberté, héritage que nous ont procuré nos grands-parents par leurs sacrifices et leur sens des responsabilités.

C’est ici le fléau de la liberté sans responsabilisation. La liberté obtenue sans s’être accompagnée du sens des responsabilités sera souvent temporaire et toujours illusoire. Si ce n’est pas nous qui la perdons, ce sera la génération suivante. Plus tôt notre société réalisera l’importance de ce principe, et plus elle aura de chance de préserver une réelle liberté. La vraie liberté se gagne par le sens des responsabilités.

Stéphane Gagné

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