Une analyse des discours sur l'avortement pendant la campagne présidentielle française actuelle

Le site du journal La Nef du mois d'avril 2012 nous apporte cette analyse de la situation française:

 

(Les avortements de "conforts"?)

 

En proposant de dérembourser les « avortements de confort » si la situation budgétaire l’imposait, Marine Le Pen s’est attiré les foudres des dirigeants politiques de toutes obédiences. Force est pourtant de reconnaître qu’au-delà de la faisabilité technique d’une telle mesure, les « IVG de convenance » dénoncées par la candidate du Front National sont bien une réalité. Dès 2009, le directeur du laboratoire d’éthique médicale de l’Université Paris-Descartes, le docteur Grégoire Moutel, avait tenté d’alerter les pouvoirs publics sur la multiplication des « avortements de confort […] et d’une véritable consommation de l’IVG » (1). « Beaucoup de professionnels, qui ne sont pas du tout des militants pro-vie, changent aujourd’hui de regard après avoir vu trop de glissement sur la pratique. À l’origine, les indications de l’avortement impliquaient une détresse de la femme, elles sont aujourd’hui plus de l’ordre du confort, ce qui n’est pas dans l’esprit de la loi », avait-il assené. Son propos était resté jusqu’ici lettre morte.
Si la gauche et la droite, en réaction aux déclarations de Marine le Pen, se sont crues obligées de rappeler que l’IVG était un « droit » des femmes, on observe cependant des nuances dans les discours de leurs responsables. François Hollande a, une fois de plus, campé sur une position outrancière en annonçant sa volonté de rembourser intégralement les avortements et de doter chaque établissement hospitalier public d’un centre d’IVG (2). Dans une surenchère ruineuse pour les finances publiques, il a par ailleurs promis de généraliser pour les mineurs la délivrance gratuite et anonyme de l’ensemble des moyens contraceptifs existants. La secrétaire d’État à la Santé, Nora Berra, s’est dite opposée au nom du gouvernement à toute hausse de la prise en charge de l’IVG ainsi qu’à la mise en place de la gratuité et de la confidentialité de la contraception pour ne pas « exclure et déresponsabiliser les parents au moment où l’adolescent en a sans doute le plus besoin » (3). On n’oubliera toutefois pas de rappeler que la droite n’a eu de cesse ces cinq dernières années de faire le choix du « tout contraceptif », une option consternante quand on sait que l’utilisation exponentielle de ces produits débouche sur un recours accru à l’IVG en cas d’échec, l’avortement apparaissant en définitive comme le meilleur moyen de finaliser son « projet contraceptif ».

Sur le fond, les ténors de la gauche sont unanimes pour réaffirmer que l’avortement doit être vu comme une donnée structurelle normale de la vie sexuelle et reproductive des Françaises alors que, de l’autre côté de l’échiquier politique, les voix sont de plus en plus nombreuses à s’élever pour qualifier l’avortement d’épreuve, voire de drame qu’il faudrait avant tout éviter. On retrouve cette différence d’appréciation chez les experts eux-mêmes dont plusieurs se sont récemment affrontés à coups de tribunes interposées. La sociologue-démographe Nathalie Bajos s’en ait ainsi pris violemment à ceux qui s’alarment du recours croissant à l’IVG chez les jeunes femmes car « la question de savoir si ce nombre est trop élevé ou non relève du registre de la morale » (4). Elle rejette sans autre forme de procès l’argument des « séquelles psychiques » ou syndrome post-avortement qui participe selon elle de l’élaboration d’un nouveau « discours normalisateur » renforçant le contrôle de la société sur le corps des femmes. Au contraire, martèle-t-elle, l’avortement constitue un « événement fondateur de leur vie d’adulte ». Israël Nisand, lui-même favorable à l’IVG, a réagi vertement en accusant l’« énormité » et l’aveuglement idéologique qui consiste à dire que l’IVG est un rituel de passage : « Nous voyons chaque jour dans nos consultations des femmes qui nous disent leur souffrance psychologique et leur mal-être parfois de nombreuses années après » (5). Ce genre d’aveu ne peut-il pas être lu comme un début de remise en cause du conformisme étouffant qui sévit en la matière ? Profitant de la polémique, Christine Boutin demande, en cas de victoire de la droite aux prochaines élections nationales, la création d’une mission parlementaire chargée de réévaluer la législation actuelle. Dans une optique de désescalade dans la culture de mort, sa proposition n’est pas inintéressante. Ne devons-nous pas méditer à nouveau le conseil que donnait aux élus le bienheureux Jean-Paul II au n. 73 d’Evangelium vitae ? Le grand pape indiquait en effet que « lorsqu’il ne serait pas possible d’éviter ou d’abroger complètement une loi permettant l’avortement » et à condition de faire montre d’une « opposition personnelle absolue à l’avortement connue de tous », il pourrait être licite d’« apporter son soutien à des propositions destinées à limiter les préjudices d’une telle loi […]. Agissant ainsi, en effet, on n’apporte pas une collaboration illicite à une loi inique ; on accomplit plutôt une tentative légitime, qui est un devoir, d’en limiter les aspects injustes ».

(1) Grégoire Moutel, « De plus en plus d’avortements de confort », Le Figaro, 25 février 2009.
(2) Marine Lamoureux, « François Hollande entend faciliter l’accès à l’avortement », La Croix, 9 mars 2012.
(3) Nora Berra, « Contraception : méfions-nous des réponses trop simples », Atlantico, 22 février 2012.
(4) Nathalie Bajos et al., « Faut-il s’inquiéter du recours à l’avortement chez les jeunes ? », Libération, 1er mars 2012.
(5) Israël Nisand et al., « Faut-il s’inquiéter du recours à l’avortement des jeunes ? OUI ! », Libération, 1er mars 2012. 

Nous sommes ici dans la politique française et sur les tactiques d'actions, sujets à discussions. Encore une fois, la libre parole des Français, combien habitués aux échanges d'idées, nous épate. Qui oserait parler des "avortements de conforts", pourtant bien réels eux aussi, au Québec?

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