Franc-tireur ou tueur à gages
Nous reproduisons ce texte intéressant publié dans le numéro du 14 août 2005 de La Lettre conservatrice : « Qui se ressemble s’assemble. Le journaliste Patrick Lagacé rejoindra, l’an prochain, Richard Martineau à Télé-Québec et deviendra ainsi un Franc-tireur (il remplace Benoît Dutrizac, remercié par la direction de Télé-Québec).
Est-ce pour soigner son image auprès de son acolyte que le Franc-tireur recrue a rencontré Luc Gagnon, président de Campagne-Vie et directeur de la revue Égards, quelques jours après l’adoption par les Communes du projet de loi C-38 sur les « mariages » de conjoints de même sexe et qu’il a pondu par la suite un texte à l’ironie lourde et facile (1).
Selon Patrick Lagacé, personne au Québec ne s’énerve avec la question du « mariage » des conjoints de même sexe, pas plus d’ailleurs qu’avec celles de l’avortement et du pot, personne sauf…Luc Gagnon. L’auteur de la rubrique « Légendes urbaines » dans le Journal de Montréal a donc rencontré the homme (2) que le « mariage » des homosexuels dérange au Québec.
« Pis, M. Gagnon (3) ? Pas trop ébranlé par le vote des Communes mardi ? demande Patrick Lagacé. Luc Gagnon répond (crispé selon le journaliste) : « Je vis un deuil… C’est une étape. Ce sera très difficile de revenir en arrière. Mais on continue le combat. » Ouvrons une courte parenthèse, Luc Gagnon n’est pas seul à penser ainsi, son deuil est partagé par l’équipe de La Lettre conservatrice.
Le journaliste continue en écrivant : « Écouter Luc Gagnon, c’est comme écouter un pasteur born-again qui a voté Bush en 2004. Il parle de Dieu. Il parle des dix commandements. Il parle de décadence, de morale, de l’Évangile. Il parle de trucs vieillots. » Pour un peu Patrick Lagacé réserverait à Luc Gagnon le sort de la pauvre Aurore et ferait avaler à ce dernier une copieuse tartine au savon. Qui a encore idée, en 2005, au Québec, de parler de tels sujets ?Patrick Lagacé ridiculise son sujet d’entrevue, mais il ne le sous-estime pas. Comment le pourrait-il d’ailleurs, Luc Gagnon est une dynamo au sein de la mouvance conservatrice québécoise.
Taxé de « gars de droite », partisan de Harper et de Mario Dumont, le ton du discours de Luc Gagnon, selon le journaliste, n’est pas « débile » et ce n’est pas lui qui clamera « qu’il faut pendre les avorteurs et brûler les sodomites. » Souhaitant un retour du Québec aux « vraies valeurs », Luc Gagnon évoque l’exemple américain en disant que : « Ça peut changer vite (au Québec). La droite religieuse n’était pas à la mode aux États-Unis, dans les années 1970 et 1980… ».
Au-delà du persiflage de Patrick Lagacé, il nous reste cette impression d’assister à un rite d’initiation, comme chez les motards par exemple. Le journaliste a ramené à Richard Martineau la dépouille d’un ennemi. Le voilà devenu un full patch. La gogoche locale comme substitut de bande criminelle, nous ne sommes peut-être pas très loin de la vérité.
Si Luc Gagnon prêche dans le désert, Patrick Lagacé, lui, est sourd au fait que le Québec connaît déjà un renouveau de la droite intellectuelle, renouveau dont Luc Gagnon est un artisan important. Qui parlait de l’étincelle qui embrase la prairie… »
(1) « M. Gagnon prêche dans le désert », Le Journal de Montréal, 30 juin 2005, p. 8
(2) Patrick Lagacé oublie que 5 députés bloquistes et 2 députés libéraux ont voté contre le projet de loi C-38. Cela fait déjà 8 Québécois opposés au projet de loi.
(3) Le lecteur appréciera le ton familier, créateur de proximité et de chaleur. Patrick Lagacé et Luc Gagnon ont probablement gardé les cochons ensemble dans une vie antérieure.

