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En voie de produire et entretenir des humains esthétiquement "parfaits"

Si la fécondation in vitro tentent d'éliminer les candidats qui ont un handicap, le botox et les stéroïdes visent à corriger ceux qui n'ont pas eu la "chance" d'être dépisté avant la naissance. Sur le site du journal La Presse du 18 septembre 2012, cet article de Marie-Claude Lortie:

 

 

(...) Avez-vous lu la stupéfiante série publiée la semaine dernière dans La Presse sous la plume d'Hugo Meunier?

On y apprenait que de plus en plus de jeunes hommes utilisent des stéroïdes pour gagner rapidement de la masse musculaire à des fins esthétiques.

Ils avalent des comprimés et s'injectent ces substances obtenues illégalement, dans un but qui n'a rien à voir avec la force de leur frappe au baseball ou leur temps sur 100 m à la course. Ce qu'ils veulent, c'est devenir rapidement des colosses baraqués façon Occupation double. Ou avoir des abdos d'acier qui mériteraient une sortie sans chemise au Beach Club de Pointe-Calumet.

Évidemment, le tout est assorti d'heures incalculables au gym et d'un régime pour assurer que le moins de gras possible cache la définition de ces deltoïdes et chers quadriceps...

Et en plus des stéroïdes, on vend aussi - légalement cette fois - toutes sortes de poudres et gels aux oméga-3, vitamines, créatine, protéines, glutamine, qui promettent là encore une silhouette de mannequin Calvin Klein. Sans oublier les «boost de testostérone», les mélanges «pré-workout».

Alors que les obsédées du poids féminines vident leurs portefeuilles en achetant des livres de régime, des fioles de thé, des diurétiques et mille recettes de «detox» plus charlatanesques les unes que les autres, les gars, eux, cherchent aussi follement, à la porte d'à côté, avec leur carte de crédit, le muscle dodu, solide, rêvé...

Voilà 30, 40 ans qu'on s'intéresse et qu'on cherche à comprendre l'anorexie et la boulimie, un problème particulièrement féminin. On a eu le temps de tirer des leçons.

De chercher des pistes de solution.

Pourtant, on n'a pas changé grand-chose dans nos relations avec nos corps et nos assiettes.

En fait, la situation a même empiré.

Non seulement le recours aux régimes minceur n'est pas découragé, ceux-ci sont même plutôt insidieusement encouragés par des politiques de santé publique qui mitraillent des messages anti-obésité qui sont essentiellement anti-calorie. Officiellement, on veut bien faire pour endiguer notre prise de poids collective, mais en réalité, on parle de contrôle alimentaire de la même façon que ces régimes amaigrissants supposément décriés.

De plus, les images corporelles véhiculées dans les médias - à la télé comme au cinéma, autant dans la publicité que dans les reportages mode et compagnie - ne sont pas plus diverses qu'il y a 40 ans. À part une Beth Ditto et quelques autres tailles "" affichées ici et là, les mannequins sont toujours ultra minces, comme si entre ces deux extrêmes, il n'y avait rien.

Et s'il y a un nouveau modèle corporel qui s'est ajouté, ce n'est pas celui de la normalité, c'est un idéal à la fois filiforme et extra pulpeux sorti de l'imagination des réalisateurs de films pornos, biologiquement improbable, bancal.

Voilà 30, 40 ans, donc, qu'on n'arrive pas à aider autant qu'il le faudrait ces femmes qui ont des relations destructrices avec leur corps, leur poids, la nourriture.

Et que s'est-il passé?

Le problème s'est étendu.

Encouragés par ces politiques publiques anti-obésité et qui se veulent pro-santé mais diffusant sans suffisamment de discernement des messages encourageant la pratique du sport et la lutte contre les calories, on s'est mis à féliciter les jeunes hommes de commencer à 13 ou 14 ans la musculation et le contrôle alimentaire.

Pendant ce temps, le marché de la beauté, des vêtements, de la coquetterie s'est étendu aux hommes, avec, en prime, toutes sortes d'images, supposément vendeuses, mais surtout déstabilisantes, troublantes. «Et si je n'étais pas assez beau», se demandent-ils aussi.

Les voilà donc qui, eux aussi, s'inquiètent de leur apparence, de leur taille, de leurs formes, qui cherchent des solutions rapides, flambent leur argent chez les charlatans, les vendeurs de rêve.

Les voilà eux aussi pris dans notre piège.

Quel désastre!

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