Notre combat culturel conservateur

Jean Renaud, (ci-dessous) généreux ami du mouvement pro-vie et directeur de la rédaction de la revue Égards, a présenté

une conférence percutante à notre congrès. Il nous a montré à quelle hauteur se situe ce combat pour la vie contre la mort. En voici de courts extraits (le texte intégral sera publié dans le prochain numéro de la revue Égards) :

« Souvent dans notre combat culturel, nous avons tendance, à cause de leurs succès apparents, à emprunter les voies de l’adversaire, celles, pour reprendre l’expression d’Alain Besançon, de « la falsification du bien ». Une certaine obsession des médias peut bien être respectable en elle-même.

Mais nous ne devons jamais surestimer l’importance de ces moyens extérieurs. Ni devenir des idolâtres de la quantité. Privilégier la médiatisation, c’est choisir la désincarnation. La prétendue culture Internet, par exemple, qui excite infiniment le monde conservateur, n’est en réalité qu’une psychose internet, le domaine de l’autisme et du bavardage, d’une schizophrénie salivaire, tapageuse et morne.

Beaucoup de gens de droite croient qu’en s’installant dans la blogosphère, ils ont trouvé une patrie. Et ils comptent le nombre de visiteurs sur leur site, comme si un site était une cité. Internet n’est pas une patrie, tout au plus un signal de détresse, un S.O.S. dérisoire dans un océan de turpitudes.

Si l’on oublie, au nom d’une efficacité apparemment mesurable, la primauté due au substantiel, au spirituel, au fond des choses, on tombe dans l’activisme. Un combat culturel conservateur qui se complaît dans l’activisme se défigure lui-même. L’activiste est impuissant à accueillir ; il croit que le plus important est ce qui vient de lui. Il surestime l’effort aux dépens du silence et de la contemplation. (…)

Les principes et les soubassements métaphysiques d’une contre-culture canadienne-française se trouvent évidemment dans le christianisme et le catholicisme, et en particulier dans le Catéchisme de l’Église catholique. Une culture véritable peut s’abriter à l’ombre d’une telle cathédrale de rationalité et de foi ; une étude suivie et généralisée de ce grand ouvrage de la part des chrétiens et même des incroyants les aiderait à comprendre le monde moderne mieux qu’il ne se comprend lui-même.

Car les antidotes aux poisons moraux (rancœur, étatisme, dégoût de l’existence, nihilisme, etc.) qu’apportent avec eux la télévision, l’éducation normalisée, l’évolution des niveaux de vie, l’informatique, l’État moderne, ne se situent ni dans la fuite ni dans le déni. Nous devons comprendre le monde actuel avant de le condamner et intégrer l’héritage intellectuel de la modernité à une conception du monde réconciliée avec la Création. (…)

Pour ce faire, la vertu de force est exigée, une vertu dont les chrétiens évangéliques ont donné un bel exemple en accueillant ce congrès. Ce beau courage devrait inspirer tous les catholiques du Québec, ou du moins les faire rougir. Un supplément d’âme est également requis, un surcroît de vie intérieure capable de nous soutenir dans les marécages moraux du libéralisme et de nous empêcher de succomber à cette tristesse amère qui altère les puissances de l’âme et mène au nihilisme. (…)

Nous sommes tous un peu impressionnés, sinon intimidés, par le nombre, par la quantité, par la masse, par ce qui fait du bruit, par le tapage. Nous oublions que le grand mystère de la vie et aussi de la culture consiste dans la puissance et la fragilité du germe, du grain de sénevé, du presque rien dans lequel se dissimule presque tout.

La remarque en est souvent faite par Gary Caldwell : l’espace public québécois est si modeste; notre communauté si petite, que cette contre-culture, si elle agissait sur quelques familles, transformerait petit à petit toute la société québécoise.

La culture dépend de ce que nous sommes. Et ce que nous sommes découle de ce que nous aimons. Au culte du moi, si vain et si décevant, il faut substituer une piété altruiste et patiente, fondatrice et gardienne des foyers et des cités, une vénération du réel créé et du Créateur, une soumission joyeuse envers les lois écrites et non écrites, ces anges tutélaires des cœurs et des cerveaux désireux de s’affermir, de se régler et de s’ordonner. Le combat culturel est un combat spirituel.

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