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Au “Rome Life Forum”, les cardinaux Burke et Caffarra parlent des liens de Fatima avec la crise de la famille, du respect de la vie, du mariage

cardinal_burke.jpgLe Cardinal Burke

Par Le blog de Jeanne Smith

De toutes les rencontres de leaders du monde pro-vie organisées dans le cadre du Rome Life Forum depuis 2014, celle qui s’est déroulée jeudi et vendredi au pied du Vatican aura été la plus riche, la plus formatrice. Face à l'idéologie du genre et à la diffusion de la culture de mort, les organisateurs, réunis dans le collectif Voice of the Family, ont voulu mettre en évidence les soubassements philosophiques, historiques, spirituels de ces constructions anti-humaines. Je reviendrai plus longuement sur tout cela, mais pour l'heure, il faut parler avant tout des conférences données pour clôturer le colloque par le cardinal Raymond Burke et le cardinal Carlo Caffarra, qui ont en commun d'avoir signé les fameux « Dubia » demandant au pape François de lever les « doutes » que fait naître l'exhortation Amoris laetitia à propos de l'enseignement de l'Eglise sur la foi et les sacrements. Chacun a évoqué Fatima à sa façon. Le cardinal Caffarra a authentifié de vive voix, et en rattachant à cette confirmation de l'ensemble de sa conférence, les paroles de sœur Lucie sur la bataille finale de Satan contre l'Eglise, portant sur la famille et le mariage.

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Ce témoignage, il l’avait donné il y a plusieurs années lors d’un entretien avec une revue de propagation de la spiritualité du saint Padre Pio, mais c'est à ma connaissance la première fois qu’il en a tiré une méditation et qu’il a exprimé en direct le message de l’aînée des voyantes de Fatima.

Le cardinal Burke, quant à lui, a demandé que le pape, en union avec tous les évêques du monde, consacre la Russie au Cœur immaculé de Marie, en la nommant expressément.

Il faut d'abord noter que les deux cardinaux ont honoré de leur présence une réunion – et pour le cardinal Burke, ce n’était pas la première fois – dont la première édition en 2014 est née du constat de la terrible confusion et de la manipulation qui ont entouré les deux synodes sur la famille. Voice of the Family, le collectif qui chapeaute l’ensemble, rassemble des organisations et des médias comme LifeSiteNews, SPUC – la première organisation antiavortement au monde, née au Royaume-Uni au cours des années 1960 – Human Life International et bien d’autres. Aucun d’eux ne fait mystère de son souci face au texte d’Amoris laetitia, des interprétations qui en sont données en certains endroits et des prises de position objectivement hérétiques qui se multiplient dans son sillage.

Etait également présent Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana au Kazakhstan, qui a témoigné devant les assistants de son émotion d’avoir pu assister le 13 mai dernier, en la cathédrale Notre-Dame de Fatima d’Astana, à la consécration explicite de la Russie au Cœur immaculé de Marie par tous les évêques catholiques de la région, y compris de Russie elle-même.

Le cardinal Burke, après avoir exposé l’ensemble du message de Fatima et médité sur les demandes de la Vierge, a appelé les fidèles catholiques à travailler à la « consécration de la Russie au Cœur immaculé de Marie ».

N’aurait-elle donc pas été faite, cette consécration ? On sait qu’elle a été réitérée à plusieurs reprises au fil des ans, de manière toujours incomplète puisque jamais la Russie n’a été nommée comme Notre-Dame l'avait demandé le 17 juillet 1917 en termes clairs :

« Pour empêcher cela, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la communion réparatrice des premiers samedis du mois. Si l'on écoute mes demandes, la Russie se convertira et l'on aura la paix ; sinon, elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l'Eglise. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, plusieurs nations seront anéanties. A la fin mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira, et il sera donné au monde un certain temps de paix. Au Portugal, se conservera toujours le dogme de la foi, etc. Cela, ne le dites à personne, sauf à François. »

Le cardinal Burke n’a pas hésité à prendre à cet égard une position qui peut paraître controversée, eu égard à la consécration du monde au Coeur immaculé de Marie par le pape Jean-Paul II le 25 mars 1984, dont on sait qu’elle avait évité de nommer la Russie, même si le saint pontife s’était senti intérieurement poussé à le faire, en raison de pressions de son entourage craignant des difficultés diplomatiques avec les orthodoxes.

Le cardinal Burke a déclaré : « La consécration demandée est à la fois une reconnaissance de l’importance que revêt la Russie dans le plan de Dieu et est un signe de profond amour pour nos frères et sœurs en Russie. Certainement, le pape saint Jean-Paul II a consacré le monde, y compris la Russie, au Cœur immaculé de Marie le 25 mars 1984. Mais aujourd’hui, de nouveau, nous entendons l’appel de Notre Dame de Fatima à consacrer la Russie à son cœur immaculé, en accord avec son instruction explicite. »

Le mot « explicite » renvoie évidemment à la mention de la Russie faite par Notre Dame elle-même. Et on peut dire que la demande du cardinal vient confirmer, s'il le fallait, dans notre monde littéralement déconstruit par les idéologies révolutionnaires que l’on retrouve toutes – comme l’ont montré les conférences précédentes du colloque – à la révolution bolchevique de 1917, que la Russie ne s’est pas « convertie ».

Jean-Paul II, comme l’a rappelé le cardinal Burke, avait fait une première consécration en 1982 au cours de laquelle il avait proclamé : « L’appel de Marie ne vaut pas pour une seule fois. Son appel doit être entendu génération après génération en accord avec les “signes des temps” toujours nouveaux. Il faut y retourner sans cesse. Il faut toujours y répondre de nouveau. »

Le cardinal n’a pas voulu s’engager dans la controverse autour du troisième secret de Fatima, dont certains jugent qu’il n’a pas été totalement dévoilé en l’an 2000. On notera qu'il a évoqué la « thèse monumentale » de frère Michel de la Sainte Trinité pour qui le triomphe du Coeur immaculé de Marie avait pour premier objet « la victoire de la foi, qui mettra fin à un temps d’apostasie et de grande défaillance des pasteurs de l’Eglise », a-t-il déclaré. Il a ajouté que ce troisième secret se dirige avec une force particulière vers ceux qui ont la charge d’enseigner la foi.

« L’enseignement de la foi dans son intégralité, et ce avec courage, est au cœur de la charge des pasteurs de l’Eglise : le pontife romain, les évêques en communion avec le siège de Pierre, et leurs collaborateurs principaux, les prêtres. Pour cette raison, le troisième secret vise, avec une force particulière, ce qui exerce la charge pastorale au sein de l’Eglise. Leur défaillance dans l’enseignement de la foi, dans la fidélité à l’enseignement et à la pratique constantes de l’Eglise, que ce soit à travers une approche superficielle, confuse ou même mondaine, ainsi que leur silence, mettent en mortel danger, au sens spirituel le plus profond, précisément les âmes que leur consécration confie à leurs soins spirituels. Les fruits empoisonnés de l’échec des pasteurs de l’Église se constatent dans la sorte de culte, d'enseignement et de discipline morale qui n’est pas en accord avec la loi divine », a déclaré le cardinal Burke.

Ce sont des mots exceptionnellement durs, qui pointent avec beaucoup de « réalisme » – un mot employé par le cardinal lui-même – la profondeur et la gravité de la crise actuelle.

Le cardinal n’a pas manqué de souligner que les fidèles eux-mêmes devaient participer à leur manière à la résolution de cette crise, selon les moyens donnés à Fatima, d’abord par l’Ange du Portugal, puis par la Sainte Vierge Marie : « Prière, pénitence, réparation » – le tout dans un esprit eucharistique en raison de « la nature essentiellement eucharistique de la prière et du sacrifice » – rendues urgentes dans le cœur des fidèles comme dans celui des pastoureaux par la vision de l’enfer mais avec l’espérance du secret rappelant « la grâce jamais défaillante de Dieu ».

Il a également rappelé qu'il y avait deux formes de châtiment pour les péchés des hommes : les malheurs matériels, la guerre, la destruction, mais aussi « les châtiments spirituels causés par la rébellion de l’homme. »

La situation est telle, a déclaré le cardinal Burke, que nous « sommes comme les premiers disciples après la Pentecôte » qui demandent quoi faire dans un monde qui ne croit pas : aujourd’hui, c’est une « culture oublieuse de Dieu et de sa loi ».

Il n’y a pas de « formule magique » : Fatima nous a montré qu’il y a des réponses ordinaires, constantes et quotidiennes par lesquelles les fidèles « doivent étendre le culte divin à chaque aspect de la vie de tous les jours », à travers « la nature extraordinaire de la vie ordinaire, l’incomparable beauté de la vie chrétienne » qui se donne « la liberté et le bonheur ».

La nouveauté est sans doute dans cet autre constat du cardinal : « Aujourd’hui, l’Église est en proie à la confusion et à l’erreur y compris à propos de certains de ses enseignements les plus fondamentaux. » Des erreurs et des confusions « non corrigées » pour le moment, a-t-il précisé, alors que nous voyons au sein de l’Eglise « l’étreinte sentimentale de la culture sécularisée ».

« Ce n’est pas sans raison que les fidèles ressentent de la confusion, qu’ils se sentent désorientés, jusqu’à éprouver un sentiment d’abandon. (…) A Fatima, nous trouvons les moyens donnés par Notre Dame de répondre à cela :

– Dire le chapelet chaque jour ;

– Porter le scapulaire brun ;                                                                                                                 

– Réparer les offenses à son Cœur immaculé au moyen de la dévotion des premiers samedis ;

– Faire des sacrifices pour sauver les pécheurs ;

– Convertir toujours davantage nos vies au Christ. »

Et pour finir cette demande qui s’adresse au pontife romain de consacrer la Russie à son Coeur immaculé en union avec tous les évêques du monde.

Mais là encore, les fidèles peuvent jouer un rôle en signant ici l’appel lancé par le cardinal Burke.

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