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"La majorité silencieuse et souffrante" des personnes prostituées

Un bon article de l'éditorialiste Marie-Andrée Chouinard paru sur le site du journal Le Devoir du 4 juin 2012:

 

 

Sur fond de division, le Conseil du statut de la femme (CSF) a choisi de porter la voix d’une majorité silencieuse et souffrante, celle pour qui la prostitution n’a rien d’un choix éclairé, mais tout de l’exploitation destructrice. La banalisation de cette violence faite aux femmes nous a fait oublier qu’il était possible de tout mettre en oeuvre pour sortir les prostituées d’un enfer.

Utopique, l’abolition de la prostitution ? Et pourquoi donc ? Derrière des paravents commodes tels que « le plus vieux métier du monde » ou le « libre choix », la société s’est engourdie, au point de considérer la prostitution comme une fatalité ; pire : un mal nécessaire. Banalisée et ignorée, cette atteinte à la dignité des femmes doit être dénoncée d’abord, attaquée ensuite.

C’est l’option choisie par le CSF dans son avis La prostitution : il est temps d’agir, malgré la sensibilité extrême du sujet divisant le milieu féministe. Des voix puissantes se font entendre pour défendre le libre choix des « travailleuses du sexe ». Ces voix organisées dénoncent la victimisation des prostituées. Elles s’opposent aussi à la criminalisation qui cible surtout les femmes, négligeant les clients et les proxénètes - un point qui rallie tout le monde ! -, ce qui laisse le « moteur » de l’industrie du sexe tourner en toute impunité.
 

Mais cette voix défendant le « travail du sexe », comme si la putain était toujours femme d’affaires autonome, tonne pour une minorité. Dans l’anonymat et le silence, une vaste majorité souffre dans ce destin morose. Une majorité dont le consentement à son emploi du temps ne traduit pas un choix, mais bien le désert côté options.

Qui fait cette majorité ? Ce sont les femmes filmées avec sensibilité et respect par la cinéaste Ève Lamont dans L’imposture, des filles qui n’ont pas fait le choix de la rue, mais y ont atterri après un parcours rimant avec détresse sociale, toxicomanie, pauvreté. Des femmes heurtées de multiples manières : âmes meurtries ; corps violé et violenté, dignité bafouée ; invisibles pour la société et l’État, elles font tourner une industrie milliardaire, qui recrute chez les mineures et mène à la traite des humaines. Lorsqu’on leur demande, elles le disent : elles auraient voulu, elles veulent, en sortir. Mais comment ? Pour faire quoi ? Avec quel argent ? Grâce à quelle thérapie ? En guise de soutien, le Québec offre le néant à ces femmes : nulle politique sociale, presque aucun service ciblé.

Prôner l’abolition de la prostitution, à contre-courant du vent de décriminalisation soufflé par le jugement Himel, en Ontario, ne suffit donc pas. Bien que le Code criminel relève du gouvernement fédéral, le Québec peut faire des miracles sur le terrain. En harmonie avec son plan d’action pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2011-2015, il pourrait d’abord et avant tout contrer les effets désastreux de la banalisation en sensibilisant la population à l’exploitation sexuelle : non, la vente du corps de la femme n’est pas un fait de société normal !

Il pourrait aussi soutenir financièrement des organismes, encore trop rares, dont la mission est de tendre une main vers ces survivantes pour les sortir de la rue. Des conditions de soutien devraient être mises en place : thérapie, désintoxication, réinsertion, formation à l’emploi. La Suède a pris ce pari de l’abolition en 1999, mais en l’assortissant d’éducation et de services sociaux et en montrant du doigt le client plutôt que la prostituée. Pourquoi pas ici ?

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